Le padel bouscule le tennis

Mardi, 21 heures. Les courts de tennis sont presque vides. À quelques mètres, les pistes de padel affichent complet jusqu’à minuit. Sous la pluie, les uns attendent les beaux jours. Les autres enchaînent les parties derrière leurs vitres.

En 2015, la France comptait 680 licenciés de padel. En septembre 2026, ils sont 173 090. Les terrains ont suivi, et le tennis a mis du temps à comprendre ce qui se passait.

On joue à quatre, à l’abri, et on s’amuse dès la première partie. Un débutant échange des balles le premier soir. Au tennis, le service et la taille du court rendent les débuts plus ingrats.

On vient retrouver trois amis, on discute entre deux points, on prolonge la soirée. On réserve en quelques clics. S’il manque un joueur, une application le trouve.

Le tennis offre autre chose : le duel, la construction du point, la variété des effets. Cette richesse a un prix : du temps, de la régularité, et un partenaire de son niveau, libre le même soir.

Les exploitants ont fait le calcul. Quatre joueurs par piste, des créneaux qui s’enchaînent, une demande forte en soirée, toute l’année. D’anciens courts de tennis deviennent des pistes de padel.

Le tennis n’est pas condamné. Il risque surtout de perdre les adultes, ceux qui n’ont plus le temps de s’entraîner et veulent jouer après le travail.

Le tennis demande de planifier. Le padel se contente d’un message envoyé à trois amis.

C’est cela que le tennis doit comprendre, plutôt que de résister.

Reste le lendemain.

Sur la piste, on recule pour reprendre un lob, on repart, on pivote, on plonge. Pendant une heure et demie, on oublie son âge.

Le lendemain matin, le corps rappelle qu’il n’a pas signé pour une carrière professionnelle.

Le mollet tire. L’épaule proteste. Le tendon d’Achille se rappelle à notre souvenir.

À vingt-cinq ans, on récupère sans y penser. À soixante, on écoute. Rien n’oblige à arrêter, à condition de ne pas confondre plaisir et préparation.

Le kiné et l’ostéo, eux, ne réservent jamais.

Ils savent que vous viendrez.

Paul Germon

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