À l’occasion de la nouvelle année 5787, Tribune Juive s’est entretenue avec Victor Wintz, Directeur Général du Magen David Adom Europe.

Après des années marquées par la guerre, les attaques terroristes et une mobilisation exceptionnelle des équipes de secours israéliennes, il revient sur le rôle du MDA, son développement en Europe et les défis des prochains mois.
Tribune Juive : Le Magen David Adom vient de publier les chiffres de son activité pour l’année 5786. Que retenez-vous de cette année ?
Victor Wintz : D’abord une réalité assez vertigineuse : les équipes du Magen David Adom ont été engagées près de 1,9 million de fois en un an, soit une intervention toutes les 16,5 secondes. Plus de deux millions d’appels ont été reçus par le 101, avec un temps moyen de réponse de deux secondes ou moins.
Mais derrière ces chiffres, il y a surtout des femmes et des hommes. Des secouristes, des médecins, des paramedics, des salariés et des milliers de bénévoles qui ont continué à sauver des vies dans une période extrêmement difficile pour Israël.
Depuis le 7 octobre 2023, le MDA a dû faire face à des situations que personne ne souhaitait imaginer. Nous avons appris une chose : l’impensable peut arriver et, lorsqu’il arrive, nous devons être prêts.

TJ : Le Magen David Adom est souvent présenté comme « la Croix-Rouge israélienne ». Est-ce suffisant pour comprendre son rôle ?
V.W. : Pas complètement. Le Magen David Adom est le service national d’urgence médicale préhospitalière d’Israël. Lorsqu’une personne compose le 101, ce sont nos équipes qui interviennent.
Mais le MDA, c’est aussi la collecte et la gestion du sang, la formation aux premiers secours, des milliers de véhicules d’intervention, des unités mobiles de soins intensifs, des motos et scooters médicalisés, des hélicoptères et une capacité technologique extrêmement importante.
Et il y a quelque chose auquel je tiens beaucoup : nous sauvons une vie, pas une identité.
Juifs, musulmans, chrétiens, druzes, religieux, laïcs… lorsqu’une ambulance arrive, personne ne demande à la victime qui elle est ou ce qu’elle pense. Elle a besoin d’être sauvée. C’est tout.
TJ : Après plusieurs années de guerre et de crises, les équipes ne sont-elles pas épuisées ?
V.W. : Bien sûr qu’elles sont éprouvées. Certains de nos secouristes ont vécu des scènes terribles. Certains ont perdu des proches. Et pourtant, quelques heures ou quelques jours plus tard, ils étaient de nouveau dans une ambulance.
C’est probablement ce qui me bouleverse le plus au MDA.
Aujourd’hui, près de 39 200 volontaires, salariés et membres des services national et civil participent à cette mission, auxquels s’ajoutent des milliers de « Life Guardians ». Parmi eux se trouvent énormément de jeunes. Cette année encore, plus de six millions d’heures de volontariat ont été effectuées.
Dans une époque où l’on parle beaucoup de fractures, cette jeunesse qui choisit de consacrer son temps à sauver quelqu’un qu’elle ne connaît pas est une formidable raison d’espérer.

TJ : Quel est précisément le rôle du Magen David Adom France et de MDA Europe ?
V.W. : Notre première responsabilité est de donner au MDA en Israël les moyens de sauver des vies : financer des ambulances, des unités mobiles de soins intensifs, des motos et scooters médicalisés, des équipements, soutenir les services du sang et répondre aux besoins qui nous sont transmis par Israël.
Mais notre travail a profondément évolué.
Nous développons désormais une véritable dynamique européenne. La France reste évidemment centrale, mais nous travaillons avec nos amis au Royaume-Uni, en Suisse, en Belgique, au Luxembourg, en Italie et dans plusieurs autres pays où nous développons actuellement notre présence.
Notre ambition est simple : construire autour du MDA une communauté européenne du sauvetage et de la solidarité.
TJ : Le MDA développe également de plus en plus d’actions directement en Europe. Pourquoi ?
V.W. : Parce que l’expérience israélienne peut être utile bien au-delà d’Israël.
Nous développons des formations aux gestes qui sauvent et réfléchissons notamment à la manière de partager davantage l’expérience du MDA dans la médecine d’urgence, la prise en charge des victimes et la réponse aux situations exceptionnelles.
Il ne s’agit pas d’importer en Europe les peurs d’Israël. Au contraire. Il s’agit de partager une expertise acquise malheureusement dans des circonstances très difficiles.
Savoir sauver une vie devrait être une culture universelle.
TJ : Vous travaillez également sur un projet réunissant des jeunes Français, Marocains et Israéliens. Cela peut surprendre.
V.W. : Et c’est justement pour cela que ce projet me tient énormément à cœur.
Nous travaillons sur un programme que nous avons appelé « Bridges of Life », destiné à réunir des jeunes Français, Marocains et Israéliens autour de la Méditerranée, de l’histoire, de la mémoire, de l’innovation, mais surtout de la rencontre.
Le MDA peut être un formidable langage commun parce qu’avant la politique, avant la religion et avant les différences, il existe quelque chose de très simple : la vie humaine.
Faire se rencontrer des jeunes qui, parfois, ne se seraient jamais parlé est aussi une manière de construire l’avenir.

TJ : À quelques semaines d’une importante saison d’événements en France et en Europe, quel message souhaitez-vous adresser aux donateurs ?
V.W. : Un immense merci.
Depuis le 7 octobre, nous avons vu une mobilisation extraordinaire. Certains ont fait des dons considérables, d’autres ont donné 20 ou 50 euros. Certains ont financé une ambulance ; d’autres ont simplement relayé nos appels.
Il n’y a pas de petit geste lorsqu’il s’agit de sauver une vie.
Et surtout, je voudrais leur dire que leur soutien produit quelque chose de concret. Lorsqu’un scooter médicalisé financé grâce à eux permet à un secouriste d’arriver quelques minutes plus tôt sur un arrêt cardiaque, lorsqu’une ambulance transporte un blessé ou lorsqu’une poche de sang permet une transfusion, leur générosité devient littéralement du temps gagné sur la mort.
TJ : Nous entrons dans l’année 5787. Quel est votre souhait pour le MDA ?
V.W. : Évidemment, je souhaiterais que nos ambulances aient moins besoin de sortir.
Mais notre responsabilité n’est pas de parier sur un monde idéal. Elle est d’être prêts pour le monde réel.
Nous allons donc continuer à investir, à former, à équiper, à développer nos équipes et notre présence en Europe.
Et dans cette période où tant de choses cherchent à nous diviser, je voudrais que nous gardions une conviction extrêmement simple : sauver une vie restera toujours plus fort que tout ce qui cherche à nous séparer.
C’est probablement la meilleure définition du Magen David Adom. Et c’est le message que nous voulons porter pour cette nouvelle année.
Propos recueillis par Sylvie Bensaid

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