What’s in a Word
S’il y a un mot
Qui me fait le plus souffrir
Dans le brouhaha ambiant,
C’est le mot
Génocide.
Comme la pointe d’une dague
Nazie
Qui viendrait remuer
Une blessure béante.
Lors de mes tournées dans les écoles,
Où je raconte
Ce qu’ont vécu mes parents
Durant la Shoah,
On me pose parfois
Cette question :
— Et vous autres, alors ?
Votre génocide
Envers les Palestiniens ?
Je pourrais répondre.
Discuter des chiffres,
Des intentions,
Des définitions.
Expliquer ce qu’est,
Ou n’est pas,
Un génocide.
Mais à quoi bon ?
Les slogans
N’écoutent pas.
Les mantras
N’entendent rien.
Alors je me demande
D’où vient cette douleur
Qui me saisit
Chaque fois que ce mot
Est lancé contre nous.
Et je crois savoir pourquoi.
Car de nos six millions
De disparus,
Il reste peu de choses.
Quelques photographies.
Des noms gravés sur la pierre.
Des lettres jaunies.
Des souvenirs transmis
À voix basse.
Et un mot.
Un seul.
Génocide.
Le mot qui désigne
Le gouffre où ils ont disparu.
Le mot qui porte encore
Le poids de leur absence.
Le mot qui leur sert,
En quelque sorte,
De sépulture.
Alors, lorsqu’il est brandi
Comme une accusation,
J’ai parfois l’impression
Qu’on ne se contente pas
De nous juger.
Qu’on vient aussi remuer
La terre fragile
Qui recouvre nos morts.
Comme si l’on voulait atteindre
Jusqu’à leur mémoire.
Comme si on voulait leur enlever
Le dernier mot
Qui leur appartient.
© Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics (né en 1952) témoigne de ce qui est …
Pour aller plus loin:
Source : Fondation Auschwitz https://t.co/IeWc3L3SsP
— cattan (@sarahcattan_) April 16, 2026
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