Il y a quelques jours, j’ai été victime d’un grave accident de scooter. Sur le périphérique, à environ 55 km/h, une voiture m’a percuté légèrement. Je me suis retrouvé projeté au sol, le scooter sur le corps. Puis le temps s’est arrêté.
Derrière moi arrivaient d’autres véhicules. Par un concours de circonstances que je ne saurai jamais expliquer, ils ont tous réussi à freiner à temps. La voiture qui me suivait s’est immobilisée à quelques centimètres seulement de ma tête. Quelques centimètres… entre la vie et la mort.
Je m’en suis sorti avec une côte cassée, une autre fêlée, de nombreuses contusions et une profonde cicatrice intérieure. En réalité, j’aurais pu ne jamais écrire ces quelques lignes.
Et puis aujourd’hui, j’apprends qu’un homme que je connaissais, un père de famille que je croisais régulièrement, dont les enfants fréquentaient la même école que les miens, un homme souriant, agréable et profondément sympathique, est tombé de son vélo. Une chute apparemment banale. Sa tête a heurté le trottoir. Il est tombé dans le coma… et il est parti quelques jours plus tard.
Comment comprendre cela ?
Comment expliquer que l’un survive à un accident qui semblait presque impossible à surmonter, tandis qu’un autre perde la vie à la suite d’une chute qui paraît si simple ?
Je n’ai pas la réponse. Personne ne l’a.
Mais cette épreuve m’a appris une chose essentielle : nous ne maîtrisons absolument rien. Nous faisons des projets, nous bâtissons des ambitions, nous nous inquiétons pour des détails, nous nous disputons parfois pour des futilités… alors qu’en une seule seconde, tout peut s’arrêter.
Une vie entière peut basculer en un instant.
Alors oui, cela oblige à regarder le monde autrement.
Cela oblige à remercier l’Éternel, chaque matin, simplement d’avoir ouvert les yeux. D’avoir la possibilité de respirer, de marcher, d’embrasser ceux que l’on aime, de travailler, de choisir notre chemin. Car la plus grande richesse qui nous est donnée est sans doute celle-ci : le libre arbitre. Celui de décider qui nous voulons être, ce que nous voulons construire et ce que nous refusons désormais d’accepter.
Nous ne sommes pas condamnés à subir ce qui détruit notre paix intérieure. Nous avons le droit — et parfois le devoir — de dire non à ce qui nous éloigne de notre dignité, de notre sérénité ou de nos valeurs. Car remettre ces choix à plus tard, c’est parfois courir le risque de ne jamais avoir le temps de les faire.
Essayons aussi de vivre autrement avec les autres.
Ne restons pas fâchés. Pardonnons lorsque cela est possible. Ne gaspillons pas notre énergie à critiquer ou à juger. Offrons un sourire, un mot bienveillant, une main tendue. Derrière chaque visage se cache un combat que nous ignorons.
Quels que soient nos soucis, aussi lourds soient-ils aujourd’hui, ils finiront par s’apaiser. Rien n’est éternel, ni les épreuves, ni les souffrances. En revanche, le bien que nous faisons autour de nous laisse une trace qui dépasse souvent notre propre existence.
La vie est d’une beauté infinie précisément parce qu’elle est fragile.
Chaque minute est un cadeau. Chaque journée est une grâce. Rien ne nous appartient vraiment. Rien ne nous est définitivement acquis.
Hier est déjà derrière nous. Aujourd’hui est presque terminé. Et demain… personne ne sait s’il nous sera offert.
Alors vivons pleinement le présent.
Aimons davantage.
Remercions plus souvent.
Osons les décisions qui donnent du sens à notre existence.
Et n’attendons pas un drame pour comprendre que le véritable luxe n’est ni l’argent, ni la réussite, ni les apparences, mais simplement d’être vivant, libre, entouré de ceux que l’on aime.
Ce texte n’est ni une leçon, ni une philosophie abstraite. C’est le témoignage sincère d’un homme qui a vu, en quelques centimètres, combien la frontière entre la vie et la mort est infiniment fragile.
Si ces quelques mots peuvent toucher ne serait-ce qu’une personne, l’aider à regarder autrement sa famille, ses amis, ses choix ou simplement la journée qui commence, alors ils auront eu un sens.
Parce qu’au fond, tant que nous sommes en vie, tout reste possible.
Et c’est peut-être cela, le plus beau des miracles.
© Salomon Bruno Haziza

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