Le temps sanctifié, la mémoire transmise

Le chant est une manière de prier deux fois!
Elie Wiesel
Après Un souffle universel. Un shofar raconte, dans lequel il prêtait sa voix à l’instrument le plus emblématique de la tradition juive, René Seror poursuit son cheminement avec un nouvel ouvrage, Et le temps devint chant.

Cette fois, c’est le temps lui-même qui devient le fil conducteur. Non pas le temps qui s’écoule inexorablement, mais celui que le judaïsme sanctifie, rythme et transforme en mémoire vivante.
Au fil des mois du calendrier hébraïque, de Roch Hachana à Eloul, puis des Pirkei Avot et d’une réflexion consacrée à nos racines, l’auteur propose moins un traité qu’une traversée intérieure. Les fêtes n’y sont pas seulement décrites ; elles deviennent autant d’étapes d’une fidélité, où spiritualité, transmission et joie dialoguent avec une simplicité qui ne cherche jamais l’effet.
Dès les premières pages, une voix se fait entendre :
« Je suis le souffle qui revient. Non celui qui commence, ni celui qui finit, mais celui qui traverse les jours comme on traverse les saisons, sans jamais se répéter, sans jamais se perdre. »
Cette phrase pourrait résumer l’ensemble du livre. Elle dit une permanence plus qu’une répétition, une fidélité plus qu’une habitude. Elle rappelle que, dans la tradition juive, le temps n’est jamais un simple calendrier : il est une manière d’habiter le monde.
Ceux qui avaient aimé Un souffle universel retrouveront ici cette même écriture, sobre et habitée, qui préfère la résonance intérieure au discours démonstratif. René Seror ne cherche pas à expliquer le judaïsme ; il cherche à en faire entendre le souffle.
À une époque où le temps semble souvent réduit à l’urgence, à l’immédiateté et au bruit, Et le temps devint chant invite à retrouver une autre temporalité : celle de la mémoire, de la transmission et de la gratitude.
Je ne cacherai pas, enfin, l’affection que je porte à son auteur. René Seror est de ces hommes dont la bienveillance ne s’exprime pas seulement dans les livres. Depuis longtemps, malgré les épreuves de santé qu’il a lui-même traversées, il n’a jamais cessé de porter les autres dans sa pensée et dans sa prière. Il prie notamment pour ma mère. Je ne partage pas sa foi ; je suis agnostique. Mais je reçois ce geste pour ce qu’il est : une présence fidèle, une générosité silencieuse. Et peut-être est-ce aussi cela qui traverse ces pages.
Car certains livres s’expliquent. D’autres accompagnent.
Et le temps devint chant appartient à cette seconde famille. Celle des ouvrages qui nous invitent moins à apprendre qu’à habiter autrement le temps.
© Sarah Cattan

Poster un Commentaire