Je viens de refermer Même la nuit ne veut pas de moi d’Arthur Essebag. Je l’ai lu loin du tumulte, pendant quelques jours de « recharge mentale » à Megève.
Était-ce le bon livre à emporter ? À première vue, on pourrait penser que non pour oublier un instant l’ambiance parisienne.
Aujourd’hui pourtant, je réponds sans hésiter : oui.
J’ai versé des larmes. Des larmes de joie, d’émotion, mais aussi de douleur. Chaque « maux » est d’une sincérité bouleversante. Arthur s’y livre à cœur ouvert. Les sentiments qu’il décrit sont aussi les nôtres. Depuis le 7 octobre, il est devenu, pour beaucoup d’entre nous, une voix. Une présence. Un soutien. Un pansement.
Il a pris énormément de coups pour que l’on puisse continuer à marcher la tête haute.
Chaque chapitre alterne tendresse, souffrance, humour et humanité. Il nous ouvre les portes de son intimité familiale, où chacun trouve sa place pour soutenir l’autre. Cette douceur et cette bienveillance portent un visage : celui de Maréva Galanter, cette colombe blanche qui veille sur les siens avec la force discrète d’une main de fer dans un gant de velours.
Puis vient ce chapitre.
Celui de cette mère qui hurle sur Arthur : « Oui, les otages… moi, mon fils est tombé à Gaza pour les sauver, qui en parle ? »
Une douleur déchirante. On ne sait pas quoi répondre. Il a répondu maladroitement, surpris.
En le lisant, je redécouvre ce sentiment de malaise. Je n’étais plus à Megève et les larmes me coulent en revoyant cette femme en apnée de douleur.
C’était à Neuilly, lors de la séance de dédicace du Bédouin. Cette mère était là. Son chagrin traversait toute la pièce. J’ai tenté de trouver les mots, d’apaiser, de comprendre. Mais face à une telle souffrance, il n’y en a tout simplement pas.
Mon « calmez-vous » était ridicule !
Depuis le 7 octobre, nous avons porté les familles d’otages, espéré leur retour, partagé leur combat. Et nous avions raison de le faire. Chaque vie sauvée est une victoire.
Mais ce chapitre m’a rappelé une autre évidence : 1000 soldats morts pour 131 otages sauvés. Derrière les plus de mille soldats tombés au combat, il y a aussi 1000 familles qui continuent de vivre avec une chaise vide. Des héros dont nous ne connaissons souvent ni le nom, ni le visage, ni l’histoire
Et si, à notre tour, nous devenions le pansement de ces familles ?
Et si nous faisions connaître les noms, les visages et les histoires de ces soldats tombés depuis le 7 octobre ?
Je rêve de constituer une équipe pour recueillir leur mémoire. De commencer par les Franco-Israéliens. Puis, pourquoi pas, de créer une grande exposition où chaque portrait raconterait une vie, une famille, un destin.
J’aimerais aussi donner une seconde vie aux milliers de rubans jaunes que nous avons portés pendant ces longs mois, unis en un symbole de résistance. Les réunir dans une belle œuvre de mémoire où figureraient les jours de captivité, les otages, mais aussi les noms de ceux qui ont donné leur vie pour Israël.
Parce que nos héros méritent d’être connus.
D’être nommés.
D’être honorés.
Et de ne jamais être oubliés.
Lorsque mon tour est venu de faire dédicacer mon livre, je lui ai offert un simple pansement.
Une façon de lui dire merci.
Merci d’avoir été ce pansement collectif lorsque nous étions tous blessés, à terre.
Merci de nous avoir aidés à rester debout.
Yashar… on continue son chemin ❤️
Aujourd’hui encore, je garde toujours un pansement sur moi. Il est devenu, pour moi, le symbole du courage, de la résilience et de cette grande famille à laquelle nous appartenons.
Nous sommes un.
Le livre d’Arthur s’achève sur un dernier chapitre ajouté in extremis intitulé Le pansement.
Je ne vous dirai pas qui est ce pansement.
Il ne se raconte pas.
Il se rencontre.
C’est un guerrier.
Courez acheter le livre.
Merci à la famille Essebag. ❤️
© Patricia Ederhy
Patricia Ederhy est Coordinatrice d’événements

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