Pourquoi l’Accord avec l’Iran est une erreur historique… Par Thérèse Zrihen-Dvir

Au départ, on pouvait croire à de l’amateurisme. On pouvait penser que les fluctuations de Donald Trump n’étaient que le fruit d’une diplomatie à vue, dépourvue de cap. Erreur. Cette instabilité chronique répond en réalité à une logique froide : la souveraineté nationale absolue et la protection exclusive des intérêts américains, au mépris des alliances historiques. C’est le cœur battant de la doctrine « America First ». Une approche purement transactionnelle, matérialisée par une guerre des tarifs douaniers menée de front contre ses adversaires déclarés, Pékin en tête, mais aussi contre ses propres partenaires de l’Union européenne.

Dans cette logique de démantèlement, Trump s’est méthodiquement attaqué aux grands traités et aux institutions multilatérales — de l’OTAN à l’OMS, en passant par les accords climatiques —, tous relégués au rang de dupes économiques conçus pour piller la richesse américaine.

Puis est venu le volet moyen-oriental.  À son arrivée à la Maison-Blanche, le président-homme d’affaires, a appliqué ses méthodes de promoteur immobilier à la politique étrangère. Son premier coup d’éclat ? S’offrir, à coups de concessions historiques, les faveurs des Israéliens et de leur Premier ministre, Benjamin Netanyahou.

Sur l’échiquier régional, la stratégie de Washington semblait limpide : sanctuariser la position militaire et la légitimité sécuritaire de l’État hébreu. En reconnaissant la souveraineté d’Israël sur le plateau du Golan, les États-Unis ont invoqué l’impératif défensif face à l’ancrage militaire de l’Iran et du Hezbollah en Syrie. Mais ce cadeau diplomatique cachait un autre dessein : amorcer une dynamique nouvelle, celle qui allait donner naissance aux fameux « Accords d’Abrahan ».

En distribuant ces jetons politiques sans exiger de contrepartie immédiate, Washington a injecté les bases d’une refonte historique des alliances au Moyen-Orient. Ce surarmement diplomatique d’Israël a servi de levier pour sceller, en 2020, la normalisation des relations avec les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Maroc, reléguant la résolution de la question palestinienne au rang de simple détail de l’histoire.

Pourtant, le véritable public de Trump ne se trouvait pas à Tel-Aviv, mais chez lui, aux États-Unis. Chaque décision extérieure répondait d’abord à des impératifs électoraux domestiques. Il fallait honorer les promesses faites aux deux piliers de sa base : les chrétiens évangéliques, dont le soutien à Israël relève du dogme théologique, et les puissants donateurs juifs conservateurs. Le calendrier ne ment pas : la décision sur le Golan, tombée en mars 2019 à quelques semaines d’élections législatives israéliennes cruciales, a agi comme une bouée de sauvetage politique offerte par Washington pour consolider la stature d’un Netanyahou alors vacillant.

Ces arbitrages n’avaient rien de concessions mutuelles. C’étaient des diktats unilatéraux américains destinés à sceller un alignement total, à redessiner la carte de la région et à maximiser les gains politiques intérieurs. Rien d’étonnant, dès lors, à ce que Trump, en parfait faiseur de rois, ait fini par lancer brutalement à Netanyahou : « Sans moi, il n’y aurait pas d’Israël ». Une lune de miel qui a récemment tourné au vinaigre, le président américain fustigeant son allié sans ménagement : « T’es complètement fou. Sans moi, tu serais en prison. Je sauve ta peau. Tout le monde te déteste maintenant. Tout le monde déteste Israël à cause de ça, tu ne serais pas élu ».

Car en politique selon Trump, tout se paie. L’idéologie, les valeurs démocratiques partagées ou les alliances à long terme n’ont aucun poids face au grand livre des « pertes et profits » immédiats. Chaque relation bilatérale est un contrat de force, commercial ou financier. Il ne faut jamais s’y tromper : même pour un allié, une concession américaine cache un contrat tacite. C’est la loi du donnant-donnant. Un pacte d’intérêts mutuels où chaque partie doit régler sa note, en particulier lorsqu’il s’agit de protection militaire.

Pour Trump, l’incohérence apparente est une arme de déstabilisation massive. Créer des tensions paroxystiques pour forcer l’adversaire, ou l’allié, à capituler à la table des négociations fait partie du manuel. Ce pragmatisme brutal, fondé exclusivement sur le rapport de force, vient de prendre un virage spectaculaire.

Le récent revirement de Donald Trump, passant du costume de « vainqueur » intransigeant à celui de « vaincu » signant un protocole d’accord outrageusement généreux envers Téhéran, s’explique par ce télescopage permanent entre logique transactionnelle et asphyxie économique intérieure.

Mais le président américain commet une erreur de calcul majeure : il ignore les lendemains. Un tel reniement géopolitique risque d’avoir des conséquences tragiques à très court terme, rappelant les heures sombres de l’accord d’Obama avec l’Iran.

Pour la République islamique, le triomphe est total. Le régime théocratique a survécu aux frappes américano-israéliennes, a obtenu la réouverture des vannes de son pétrole et s’apprête à récupérer des dizaines de milliards de dollars d’avoirs gelés. Une bouffée d’oxygène financière qui ira irriguer directement ses milices régionales, Hezbollah en tête. En voulant régler ses affaires courantes, Trump offre une planche de salut à l’Iran, lui permettant de consolider son hégémonie territoriale et de raviver les ambitions de l’ancien Empire perse.

Pourquoi un tel compromis ?

Les motivations de la Maison-Blanche sont prosaïques. D’abord, désamorcer le choc pétrolier mondial provoqué par le blocage du détroit d’Ormuz au début de l’année 2026. Ensuite, relancer les marchés en levant le blocus naval des ports iraniens pour libérer les flux de brut.

Pour Trump, la victoire ne se mesure pas au changement de régime à Téhéran, mais au calme retrouvé sur les marchés financiers, au désengagement militaire américain et à l’affichage d’un cadre de surveillance nucléaire strict — le tout sans débourser un centime pour la reconstruction de la région.

C’est ici que réside l’aveuglement. On ne bâtit rien sur des ruines.

L’Iran de demain ne connaîtra aucune stabilité avec une population prise en otage et des Gardiens de la Révolution libres d’ébranler le Liban, de menacer Israël, la Syrie et l’Occident. Comment espérer une paix durable avec un régime dont le slogan officiel demeure « Mort aux USA, Mort à Israël » ?

C’est le rêve utopique d’une paix chimérique.

Acculé par une opinion publique américaine massivement hostile à la guerre depuis le déclenchement des hostilités début 2026, Trump cherche désespérément à endosser les habits du pacificateur. Après avoir ordonné des frappes massives et mis en scène des opérations spectaculaires — à l’instar du sauvetage des aviateurs américains en avril 2026 —, il utilise aujourd’hui le sommet du G7 à Évian comme théâtre de sa propre gloire, se présentant comme l’homme qui a mis fin au conflit.

Cette stratégie court-termiste suscite une levée de boucliers chez les diplomates et les alliés traditionnels de Washington, horrifiés de voir la Maison-Blanche renflouer une théocratie aux abois. Ces milliards restitués seront inévitablement siphonnés par l’appareil militaire iranien, achevant de déstabiliser la sécurité d’Israël et des monarchies du Golfe.

En fin de compte, ce qui se joue au bout de ce couloir diplomatique dépasse de loin le destin du petit État d’Israël. C’est la crédibilité de tout l’Occident qui s’effondre, entraînant les États-Unis dans sa chute. Une triste trajectoire qui rappelle la formule de mon vieux voisin arabe du coin : Il avait jeûné un mois entier, pour ne dîner que d’une fève.

© Thérèse Zrihen-Dvir

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