
© Alain Granat, Jewpop
Si le réel vous dérange, mangez une pkaila
Alain Granat
Cher Alain Granat,
Je ne te connaissais pas. Mais tu as raison sur tout. Absolument tout.
La fin des Juifs de France ? Lire la suite sur Jewpop https://t.co/B6Fvn2QoHo pic.twitter.com/JCaeyklYeI
— Jewpop (@jewpopblog) June 12, 2026
Je suis effectivement cet homme inquiétant qui arrive au dîner de Chabbat avec un dossier rouge, une carte de Seine-Saint-Denis et trois boîtes de thon. Depuis les émeutes du PSG, j’ai même ajouté une lampe frontale et une batterie externe.
Tu as également raison sur le ton. « Préparez-vous » est sans doute la phrase la plus superflue jamais adressée à des Juifs français. Nous nous préparons depuis environ trois mille ans. C’est même probablement notre principale contribution à l’histoire universelle : avoir inventé le catastrophisme préventif avant les compagnies d’assurance.
Mais la vérité, comme souvent, est ailleurs. Elle est dans cette pkaila que tu ressors à chaque article avec la régularité d’un coucou suisse sous anxiolytiques. Un véritable TOC ! Pas dans les mezouzot disparues, pas dans les écoles qui ferment, pas dans les familles qui déménagent. Non. Dans ta ligne éditoriale habituelle couscous-boulette-pkaila.
C’est devenu un concept statistique à part entière. Les sociologues auront « la pkaila d’Alain Granat ».
Je reconnais volontiers qu’il est excessif de présenter un chauffeur Bolt comme une « variable géopolitique pré-insurrectionnelle ». C’est une faiblesse méthodologique dont je prends toute la responsabilité, un raccourci analytique.
Après, si un jour l’envie te prend de lire un livre avant d’en parler, lis le nôtre. Il contient des chiffres, des cartes, des enquêtes et même des notes de bas de page. Je sais, c’est une pratique un peu vintage.
Mais je dois avouer que lorsque mon livreur Amazon m’a récemment lancé : « Je ne livre plus une certaine communauté », j’ai failli lui répondre : « Embrasse Alain Granat de ma part. »
Tu vois, ce qui est admirable chez toi, le grand penseur venu du froid, c’est que tu as rejoint un cercle finalement assez restreint : celui des gens qui découvrent qu’on peut se moquer publiquement des Juifs et recevoir des applaudissements.
C’est fascinant. Jewpop c’est le blog de Radio Nova.
Oui regarde, t’as pleins de copains en fait :


Et lorsque les vidéos cumulant plusieurs millions de vues ont commencé à appeler Dov Maimon et moi-même à être « décapités », lorsque la presse internationale turque, algérienne et iranienne s’est emparée de l’affaire, lorsque les menaces se sont accumulées, tout cela t’a visiblement échappé. C’est dommage.
Tu écris vite. Trop vite. A la kalach.
Au point de citer sept fois mon nom et six fois celui de Dov dans un seul article et aussi dans l’URL. Et bien sûr en ajoutant les tags #islamistes et #Uber sur Instagram. Les fermes à trolls et leurs bots te remercient. Tu fais des listes de juifs et du Doxxing. Tu les indiques à leurs ennemis en les taguant. Grâce à toi, #Alain Granat, nous bénéficions désormais d’une visibilité remarquable auprès de gens qui ne nous veulent pas forcément du bien.

Finalement, tu as du mal à faire de l’audience mais tu nous rends un formidable service marketing. C’est généreux.
J’ai aussi beaucoup aimé le passage où tu évoques Le Cherche Midi comme un simple « éditeur parisien » et tu mets leur logo dans tes images, en recommandant avec ta finesse habituelle : « Calmons-nous un peu sur l’ambiance « Fauda ».
Sais-tu que le Cherche Midi édite (et réédite !) des dessinateurs de Charlie Hebdo, Cabu, Wolinski, Siné et quelques autres joyeux inconscients qui ont pris au sérieux cette vieille idée française appelée liberté d’expression.
Mais là encore, toi et tes copains qui nous tirent dessus depuis un an sur les réseaux sociaux… ça a dû vous échapper.


Un ami de Sarcelles m’a appelé après avoir lu ton article. Il était plié en deux. « Sarcelles 2042 ». Franchement, Alain Granat, il fallait l’inventer. Tu es le premier humoriste capable de transformer une crise locale qui a failli basculer en pogrom en 2014 en sketch de fin de banquet. Et lors de ces dernières municipales Sarcelles a basculé selon une logique que même toi pourrais peut-être apercevoir en quittant parfois le périmètre Parc Monceau – Saint-Germain-des-Prés.
Le problème, vois-tu, c’est que Sarcelles n’est pas une métaphore. Ce sont les écoles juives du bassin du 95. Des synagogues. Des familles. Près de 25 000 Juifs. Relis-toi avant de titrer.
Je sais Alain Granat pour toi c’est loin très loin. Comme les « bunker casher d’Ajaccio ». Il faut presque un passeport.
Mais là où tu ne te trompes pas, c’est sur une seule chose. La tata pkaila tunisienne.
Elle existe. Tu as raison. Simplement, pour la rencontrer, il faut sortir du périphérique.
Va donc faire un tour en Seine Saint Denis (25 000 juifs), Sarcelles, Créteil, Toulouse, Strasbourg, Nice, Marseille… Tu verras. Elle est formidable.
Et dans six des départements que nous avons étudiés depuis trois ans, elle a déjà déménagé. Cela aussi a dû t’échapper.
Je terminerai avec Frantz Fanon, puisqu’il avait davantage le goût des réalités que des postures :
« Quand vous entendez dire du mal des Juifs, dressez l’oreille, on parle de vous. » (Peau Noire, Masques Blanc, Seuil 1952, p. 98).
Alors oui Alain Granat. Mange ta pkaila. De chez Charles Traiteur.
Profite. C’est délicieux.
Mais prépare-toi quand même.
Car Le Dernier Juif de France mangera de la pkaila.
Didier Meïr Long Valli est co-auteur avec Dov Maimon de « La fin des Juifs de France ? » (Le Cherche Midi, 2025)
On en trouvera une recension sérieuse par Sergio della Pergolla, un expert mondial de la sociologie et de la démographie juive dans la revue de référence Contemporary Jewry : https://lafindesjuifsdefrance.fr/2026/03/16/la-fin-des-juifs-de-france-lu-par-sergio-della-pergola/

© Alain Granat, Jewpop

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