Lyhanna, onze ans: l’État doit rendre des comptes. Par Sarah Cattan

Il existe des moments où un pays devrait s’arrêter quelques secondes.
Pas débattre, pas commenter, pas analyser : s’arrêter.

Lyhanna avait onze ans.Onze ans. L’âge où l’on oublie son manteau à l’école. Où l’on claque une porte avant de revenir cinq minutes plus tard demander un goûter. Elle avait l’âge des cahiers décorés, des bracelets d’amitié, des colères minuscules et des vies immenses encore intactes.

Aujourd’hui, un prénom d’enfant est devenu un drame national de plus et plonge chacun de nous dans une fureur indicible.

Me revient à l’esprit cette phrase ancienne, paysanne, presque biblique dans sa simplicité :
« Où en sommes-nous rendus ? »

Ma belle-mère disait cela non pour jouer les déclinistes professionnels, mais lorsqu’elle sentait qu’un seuil moral avait été franchi. Quelque chose qui touchait non à la politique, non à l’économie, mais au cœur même de la civilisation : la protection des enfants.

Une société se juge d’abord à ce qu’elle protège encore. Elle se juge à ce qu’elle considère comme sacré. Or nous vivons désormais dans un monde où des parents apprennent à leurs enfants à envoyer leur position GPS, où l’on géolocalise l’innocence comme un colis fragile dans un univers devenu menaçant.

Le pire est peut-être là : dans cette habituation progressive à l’insupportable. Chaque nouveau drame provoque quelques jours d’émotion, les chaînes d’information vont tourner, les réseaux s’exciter, les experts défiler. Et la mort de Lyhanna finira absorbée par la mécanique du commentaire continu, au lieu de demeurer un scandale absolu.

Où est passée cette capacité presque archaïque à être collectivement bouleversés, à se dresser pour dire qu’il existe des événements inacceptables.

Restent les larmes. Pas les indignations performatives. Les larmes qui montent lorsqu’on regarde une chambre qui ne servira plus, des chaussures laissées dans une entrée, une brosse à cheveux oubliée.

Et cette douleur qui le dispute à l’infâmie : celle de se dire que quelque chose de fondamental s’est défait définitivement: une civilisation ne meurt pas seulement quand elle s’effondre économiquement ou politiquement. Elle commence à mourir lorsqu’elle ne sait plus protéger ses enfants.

© Sarah Cattan

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9 Comments

  1. Songez au martyre de Lola.
    A toutes les adolescentes françaises victimes de viols racistes commis par des « racisés » et faisant ensuite face à l’omerta mise en place par le pouvoir politique, les médias et les associations racistes « antiracistes ».
    Ainsi qu’à tous les scandales de pédophilie étouffés, notamment en région parisienne.
    Songez aux milliers de petites Anglaises victimes de la traite des Blanches organisée par les barbares islamistes avec la complicité de l’Etat anglais.
    J’en suis physiquement malade rien que d’y penser.
    France, UK, Allemagne, Suède…
    L’Europe de l’Ouest est devenue l’incarnation de la barbarie absolue et de la déchéance humaine complète. Quand les Russes dénoncent la décadence humaine et civilisationnelle de L’Europe de l’Ouest, ils sont dans l’euphémisme et non dans l’exagération. Ils nous témoignent de la compassion et non de la haine.
    Des pays qui sacrifient leurs enfants ne méritent plus d’exister : civilisationnellement, ceux d’Europe de l’ouest sont déjà morts.

    • Bonjour. Pardon, sans doute que ma remarque va vous blesser dans votre compassion et j’en suis désolé, mais l’empire russe n’a pas à nous faire de leçon et si notre civilisation est bien malade, ça n’est pas l’euthanasie, venue de l’islam ou de l’Est, qui va nous soigner. Avec vous.

      • Vous faites erreur. La Russie moderne ressemble à ce qu’était l’Europe de l’Ouest avant que celle-ci ne sombre dans la barbarie islamiste. De nombreux Israéliens sont russophones, ne l’oubliez pas, et malgré les tensions diplomatiques actuelles, un rapprochement civilisationnel entre Israël et Moscou reste possible et selon moi souhaitable : le monde civilisé se trouve désormais à l’Est. Bien à vous.

        • Bonjour. Je partage avec vous le constat de la mauvaise passe de notre Europe et de son embryon démocratique. Mais je ne comprends pas que vous espériez en le Kremlin (alliés des mollahs, les drones shaed sauront nous le rappeler). Notre faiblesse en Europe ne devrait pas nous faire jalouser la brutalité des régimes totalitaires. Entre la charia et le nouveau kgb, il reste tsahal.

  2. Lyhanna victime d’un homme qui aurait dû être en prison . Que faire sinon prier pour que cette petite fille martyrisée repose en paix et pour sa famille qui souffre tellement.

  3. Ma fille va avoir 27 ans, elle parait à peine 20 ans. Elle vit et travaille à Paris. Depuis des années, j’ai peur pour elle, elle le sait. Je lui ai dit de prendre des précautions, de ne jamais sortir seule le soir. MAIS OU VA T ON !!!

    • Il existe des pays où les femmes sont libres de sortir et de s’habiller comme elles veulent sans avoir peur d’être agressées. A n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. C’est la marque des pays civilisés. En Europe, c’est très simple : direction l’Est. De nombreux pays asiatiques également, même si aller vivre en Corée du Sud ou au Japon implique un très fort potentiel d’adaptation. Néanmoins, les Européens qui s’y expatrient sont également de plus en plus nombreux.

    • @Olivier Hury. Je comprends et partage votre inquiétude. Je suis angoissée par ce qu’est devenu ce pays. Je suis « une maman poule », une fille de 24 ans, un fils de 28 ans. Depuis déjà quelques années, avec mon mari, nous les avons conditionné à être méfiants, observateurs. ils savent qu’ils ne doivent pas sortir seuls le soir, éviter certains endroits et quartiers, être vigilants dans les transports, observer les gens. C’est la triste réalité de ce pays. Et la perspective de 2027 ne nous inclinent pas à l’optimisme.

  4. Quelle tristesse, Lyhanna, une petite fille de 11 ans victime d’un barbare, c’est effroyable. On pense aux parents, à leur peine incommensurable, qu’elle repose en paix🙏. Effectivement la liste de tous ces enfants, de tous ces jeunes, en dit long sur notre civilisation qui commence à mourir, lorsqu’elle ne sait plus protéger les plus faibles. Le texte de Sarah Cattan est très juste et résume bien cela. L’Etat doit rendre des comptes, les Juges sont la seule catégorie de fonctionnaires à ne pas être responsables de leur administration, cela doit changer. Ils doivent être sanctionnables.

    Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789)

    Article 15:

    La société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

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