Réponse notamment à la liste du « Rassemblement des Patriotes ». Par Johann Habib

Apparemment, j’ai réussi à énerver la tête de liste du Front national. J’en suis presque désolé.

Petit rappel: nous sommes dans une campagne pour l’élection des conseillers des Français de l’étranger. Pas dans des élections législatives. Pas dans une présidentielle. Pas dans un débat parlementaire sur la politique étrangère de la France.

Faire campagne aux élections consulaires en promettant de régler le boycott, le statut de Jérusalem ou la politique française à l’égard d’Israël, c’est un peu comme si un candidat aux élections de représentants du personnel promettait de faire voter une loi sur les indemnités de licenciement. Avouez que ce serait ridicule. Eh bien là, c’est exactement la même chose.

À titre personnel, et mes écrits le prouvent, je critique très fortement la politique de la France à l’égard d’Israël. Et pour moi, il n’existe pas d’autre capitale éternelle d’Israël que Jérusalem, unifiée à jamais. Donc ne venez pas me donner de leçons de sionisme. Ceux qui me connaissent savent ce que je fais, personnellement, pour les soldats, les orphelins et savent aussi l’engagement des miens.

Vous ne pouvez pas non plus me reprocher une quelconque complaisance à l’égard des institutions françaises en Israël. J’ai, souvent, exprimé personnellement et publiquement des critiques très claires, notamment sur la programmation orientée de l’Institut français de Tel-Aviv.

Vous reprochez ensuite à un membre de ma liste d’avoir bénéficié de subventions. Vous n’êtes pas sans ignorer apparemment qu’un conseiller ayant un intérêt dans une association demandant une subvention ne participe ni au débat ni au vote.  Et ne doit-on pas s’enorgueillir de compter parmi les siens ceux qui s’engagent bénévolement dans la cité ?

Vous confondez parfois légalité, et moralité. Bien sûr que votre parti est légal. Il est même, aujourd’hui, politiquement représenté. Mais moralement, lorsqu’on sait qui a fondé le Front national, lorsqu’on connaît son histoire, ses racines, ses obsessions anciennes, il ne suffit pas de repeindre la façade et de caresser les Juifs dans le sens du poil pour effacer le passé. Ceux qui veulent y croire y croiront. Pour ma part, je ne suis pas dupe.

 Pour les bourses scolaires, si vous saviez à quel point, à chaque campagne, nous nous battons pied à pied pour obtenir davantage pour les familles françaises d’Israël. Nous demandons, nous insistons pour ajouter des sommes à l’enveloppe prévue. Je ne vois pas où se trouve là une quelconque manœuvre politique.

Vous parlez aussi de l’évacuation des Français pendant la guerre. Savez-vous seulement combien de Français de passage nous avons aidés à rentrer lorsqu’ils le souhaitaient ? Cela se compte probablement par centaines. Les Français vivant en Israël ne voulaient absolument pas partir. Bien au contraire. J’ai reçu des dizaines d’appels de Franco-Israéliens qui voulaient revenir en Israël, coûte que coûte, pour être auprès des leurs ici.

Sur les passeports délivrés à Jérusalem sans la mention Israël, qui vous a dit que j’ai accepté cela ? Pour votre information, même avec l’unanimité d’un conseil consulaire, vous n’y changerez rien. Même lorsqu’on est élu, il faut savoir être modeste et ne pas promettre ce que l’on ne peut pas obtenir dans ce forum.

En revanche, je vous remercie : Vous reconnaissez vous-même qu’aujourd’hui les délais sont rapides, que l’accueil est aimable, et que les documents sont délivrés dans les temps. C’est précisément le résultat d’un travail de terrain mené depuis des années. Nous avons aidé les équipes consulaires à améliorer les services. Nous avons encouragé massivement les Français d’Israël à s’inscrire au consulat, ce qui a permis d’obtenir plus de personnel permanent et même un siège supplémentaire de conseiller des Français de l’étranger.

Mais ce travail-là ne se fait pas avec des slogans. Il se fait au quotidien, auprès des Français vulnérables ou des parents confrontés à des problèmes administratifs ou scolaires.

Alors si vous voulez vous concentrer sur le boycott, le statut de Jérusalem ou les procédures contre les soldats, kol hakavod! Je vous y encourage. Mais vous vous trompez complètement d’élection.

Les Français d’Israël ont besoin d’élus utiles, présents, sérieux, capables de défendre concrètement leurs intérêts.

Pas de candidats qui confondent le conseil consulaire avec une tribune de meeting politique.

© Johann Habib

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2 Comments

  1. Merci à nos deux contradicteurs pour cet echange. Peut etre serait il utile au debat de preciser combien de Français votent en Israel sur combien de residents ayant ce droit de vote. De memoire, la participztion reste tres faible, pour ne pas dire peu signifivative. Sauf erreur
    C’est bien sous la présidence de Nicolas Sarkozy qu’a été instaurée la représentation des Français de l’étranger à l’Assemblée nationale, via la grande révision constitutionnelle du 23 juillet 2008.

    Mais il faut distinguer deux choses :

    les Français établis à l’étranger avaient déjà le droit de vote depuis longtemps pour l’élection présidentielle et certains scrutins nationaux ;
    la nouveauté de 2008 fut surtout la création de députés représentant les Français de l’étranger.

    La Constitution modifiée en 2008 ajoute dans l’article 24 que :

    « Les Français établis hors de France sont représentés à l’Assemblée nationale et au Sénat ».

    Avant cela, ils n’étaient représentés au Parlement que par des sénateurs spécifiques.

    Concrètement :

    réforme constitutionnelle votée en juillet 2008 ;
    création de 11 circonscriptions législatives des Français de l’étranger lors du redécoupage de 2010 ;
    premiers députés élus en 2012.

    Dire que « Sarkozy a institué le droit de vote des Français de l’étranger » est inexact si l’on parle du droit de vote au sens large. C’etait avec l’objectif manifeste d’ajouter des voix le concernant.
    En revanche, il est exact de dire que son quinquennat a créé leur représentation directe à l’Assemblée nationale par des députés élus à l’étranger. A noter que les pays dont les non residents installés à l’étranger votent sont tres peu nombreyx, conxidérant qu’ils ne prennent pas directement part à la vie du pays, dont acte.

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