La vérité la plus dérangeante est souvent celle que les élites refusent de prononcer. Depuis des décennies, les dirigeants communautaires juifs de France répètent le même mantra : tenir bon, dialoguer, attendre que la République protège enfin ses citoyens juifs avec la fermeté qu’elle promet. Mais combien d’alertes faudra-t-il encore ? Combien de synagogues sous surveillance militaire, combien d’enfants contraints de cacher leur étoile de David, combien d’agressions minimisées au nom du “contexte” ?
Car l’antisémitisme français n’est pas une anomalie récente. Il traverse l’histoire du pays comme une vieille fièvre jamais totalement guérie. Dès le règne de Dagobert, les Juifs étaient soumis aux humiliations et aux exclusions. Puis vinrent les expulsions médiévales, les accusations de profanation, l’affaire Dreyfus, Vichy, la collaboration zélée et les rafles organisées par des Français contre des Français juifs. La République aime raconter son récit universaliste ; elle oublie souvent ses rechutes.
Et depuis vingt ans, le sang juif coule à nouveau en France. Il y eut Ilan Halimi, torturé parce que juif. Les enfants de Toulouse assassinés à bout portant par Mohamed Merah. Les victimes de l’Hyper Cacher. Sarah Halimi défenestrée dans l’indifférence glaciale des prudences judiciaires. Mireille Knoll poignardée et brûlée dans son appartement parisien. À chaque fois, la même mécanique : émotion nationale, promesses martiales, puis retour au déni.
La France officielle aime les Juifs abstraits — ceux des commémorations, des musées et des discours du Vel d’Hiv. Elle protège beaucoup moins les Juifs bien réels qui vivent aujourd’hui à Paris, Marseille ou Sarcelles.
Le problème n’est plus seulement sécuritaire. Il est civilisationnel. Une société incapable de défendre sereinement ses propres minorités finit toujours par demander à ces dernières de se faire discrètes. « Évitez les signes visibles ». « Ne provoquez pas ». « Restez prudents ». Voilà le langage d’un pays qui doute de lui-même.
Et pendant ce temps, une vérité demeure taboue : Israël existe précisément pour cela. Non comme un slogan sentimental, mais comme une assurance historique. L’État juif n’est pas une option théorique ; il est la réponse concrète à deux mille ans d’illusions européennes.
Il faut lancer l’alarme. Les dirigeants juifs français commettent une faute stratégique en continuant de présenter la diaspora comme un horizon durable alors que tous les signaux indiquent l’inverse. Demander davantage de protection à un État déjà débordé, fragmenté et paralysé par ses propres contradictions relève moins de la stratégie que du déni.
Il faut avoir le courage de dire ce que beaucoup murmurent déjà autour des tables familiales : l’avenir juif ne se jouera probablement pas à Paris. Il se jouera à Jérusalem, Tel-Aviv, Netanya ou Haïfa.
L’Histoire frappe rarement deux fois avant d’être comprise.
✍️ Abraham Chicheportiche

Poster un Commentaire