Chaîne TOV • 3 mai 2026 •
Interview : Smadar Chmoueli
Le Général Oren Solomon brise l’omerta sur les enquêtes du 7 octobre

| Intervenant : Général de brigade (rés.) Oren Solomon Fonction : Ancien chef de l’équipe d’enquête de guerre, Division de Gaza — Tsahal Portée : Disparition de classeurs et données informatiques classifiées ; obstruction présumée aux enquêtes sur le 7 octobre ; dissimulation de signes précurseurs Mis en cause : Chef d’état-major Herzi Halevi, procureure militaire en chef, chef de la sécurité de l’information, Eyal Zamir (Directeur général du Ministère de la Défense) |
Il a construit les enquêtes de ses propres mains. Il a compilé des preuves classifiées que personne d’autre n’avait vues. Et un jour, ses classeurs ont disparu. Ce qu’il révèle dans cette interview est, selon ses propres mots, la partie émergée de l’iceberg.
PARTIE I — La disparition des preuves
L’enquête des enquêtes
Oren Solomon n’était pas un enquêteur parmi d’autres. Il dirigeait ce qu’il appelle lui-même « l’enquête des enquêtes » — la seule investigation interne de Tsahal qui ait osé examiner les décisions du Chef d’état-major, du général du Commandement Sud, de l’état-major général, de la branche des opérations et du commandant de la Division de Gaza.
Pour mener ce travail, il disposait de plusieurs équipes d’enquête, dont une équipe restreinte dédiée à la collecte, à l’organisation et à l’édition des documents. Sa méthode était celle d’un enquêteur au sens plein : collecter les matériaux bruts, recouper, vérifier, tirer des conclusions. Pas seulement « voir » des enquêtes comme la Commission Sami Turgeman — les construire de zéro.
« Je les ai construites de mes propres mains. J’ai collecté les matériaux bruts, j’ai pris les conclusions, j’ai recoupé, vérifié, j’ai fait un véritable travail d’enquêteur. »
Des généraux lui transmettaient des documents directement. Des civils qui le connaissaient l’approchaient, estimant qu’il devait savoir. Tout cela alors que l’état-major général, le Chef d’état-major et la branche des opérations tentaient systématiquement de l’écarter et de l’isoler des informations — photos, vidéos, témoignages.
Des milliers de documents — et des pièces d’une sensibilité extrême
L’ensemble de ces matériaux était intégré dans ses ordinateurs de Tsahal — machines classifiées Secret et Top Secret. À l’échelle numérique : des milliers de pages, de présentations, de photos, d’enregistrements radio et de vidéos de surveillance. Pour les pièces les plus importantes, il en faisait des copies imprimées, qu’il classait par thèmes dans des classeurs : renseignement, « Mur de Jéricho » — le nom de code du plan d’attaque du Hamas — et d’autres domaines jugés essentiels.
Parmi les documents les plus sensibles figuraient des pièces récupérées comme matériel de butin auprès du Hamas, contenant notamment l’analyse par le Hamas du phénomène du refus de servir en Israël. Solomon y voyait une importance immense pour les enquêtes — et y décelait, avec le temps, l’idée d’une tentative ou d’une crainte de subversion politique. « Ce ne sont pas juste quelques documents parmi des milliers », insiste-t-il. « Ce sont des documents d’une sensibilité documentaire extrême. »
Le bureau — dans le HML, pas dans un couloir
Ces classeurs étaient rangés dans des armoires verrouillées de son bureau au sein même de la Division de Gaza. Seuls les membres de son équipe détenaient les clés. Solomon tient à préciser : contrairement aux officiers supérieurs qui disposent d’un bureau séparé, lui ne l’avait pas demandé et ne l’avait pas. Il travaillait directement dans le HML — le centre d’opérations — où des dizaines de personnes entraient chaque jour avec autorisation, soldats réguliers, de carrière et réservistes. Il y avait un espace où s’asseoir en tête-à-tête, mais dans l’enceinte commune.
C’est précisément ce contexte qui a alimenté la fausse accusation portée contre lui : l’introduction présumée d’un disque dur externe. Solomon est catégorique — ce n’est pas un espace public au sens ordinaire, mais un espace hautement contrôlé avec accréditations. Cette accusation, selon lui, était fabriquée de toutes pièces.
L’enquête contre lui — et l’objectif réel
Puis est venue l’enquête contre Solomon lui-même. Sans appel préalable, sans confrontation directe, son statut de réserviste actif (Shmap) a été simplement coupé — par derrière, dans le système informatique. Une méthode qu’il qualifie de « vile et méprisable ». Il n’a jamais agi de la sorte avec ses propres soldats, dit-il, et quiconque l’aurait fait à l’un des siens en aurait répondu.
« Jamais de ma vie je n’aurais fait ça à l’un de mes soldats : couper l’accès au système par derrière sans lui parler. »
L’enquête a été classée sans suite. Il a été reconnu non seulement comme disant la vérité, mais totalement irréprochable — sans aucune tâche à son dossier. Mieux : il est apparu avec le temps que c’est quelqu’un d’autre qui avait commis l’acte reproché. Et jusqu’à aujourd’hui, la hiérarchie n’a pas pris la peine de chercher qui — parce que ce n’était pas leur objectif.
« Ce qui les intéressait, c’était de m’écarter, de me mettre en prison et de me faire taire à cause des connaissances que j’ai. »
Solomon décrit cette manœuvre comme une « tentative de neutralisation gravissime ». Et sa conviction ne fait que se renforcer : « Chaque jour je reçois d’autres sources sur cet incident criminel grave. »
Le bureau vidé — et l’hypothèse qu’il s’impose de formuler
Après la clôture de l’enquête, la police militaire (Metzah) lui a indiqué que tout était libéré et qu’il pouvait récupérer ses affaires. Il s’est adressé au commandant du commandement. Long va-et-vient : celui-ci ne rappelait pas, puis rappelait, puis tardait. Solomon n’a pas lâché. Il a finalement obtenu ses cahiers personnels — après insistance. Puis il a envoyé ses officiers vérifier les classeurs.
Le constat était sans ambiguïté : le bureau avait été vidé. Les classeurs avaient disparu.
Solomon formule lui-même l’hypothèse la plus favorable : peut-être l’ancien commandant de division les a-t-il mis dans un coffre-fort pour les protéger, afin qu’ils soient présentés un jour à une commission d’enquête. « Tant mieux, si seulement c’était ça. » Mais ce qu’il comprend, en réalité, est autre chose.
« Selon toute vraisemblance, il y a ici une manœuvre pour effacer, pour entraver les processus d’enquête, et probablement pour détruire ces documents. »
S’y ajoute une inquiétude encore plus grave : il ignore si ses ordinateurs — les machines classifiées Secret et Top Secret — ont également été nettoyés et effacés.
La demande formelle — et l’adresse directe au Ministre
Sa réponse a été immédiate : un courrier officiel adressé simultanément au Chef d’état-major et au Ministre de la Défense. Il leur détaille la situation et leur rappelle que ces classeurs et ces ordinateurs contiennent des informations considérables. Il transpose le raisonnement à une enquête criminelle ordinaire :
« Il y a ici, à Dieu ne plaise, dissimulation de preuves et entrave à la justice. Mais ici, c’est une enquête opérationnelle — c’est encore plus grave qu’une affaire criminelle. C’est la sécurité d’Israël. »
Il va plus loin dans son adresse au Ministre de la Défense : « Puisque vous ne savez pas où ils sont, donnez l’ordre de les saisir. Appelez-moi, regardez — je dirai : ce sont eux, c’est exact. Je peux vous montrer ce qu’ils contiennent. Gardez-les pour la commission d’enquête. » Il espère y être convié — et prévient que personne ne pourra le manipuler ni lui faire tourner en bourrique.
PARTIE II — Les caméras du 7 octobre
Trois acteurs, aucune coordination — et un qualificatif : vol
L’affaire des classeurs n’est pas isolée. Smadar Chmoueli fait le lien avec une révélation du journaliste Nir Dvori : une unité à qui l’on a attribué des grades d’officiers le matin même du 7 octobre a été envoyée vers le festival Nova et l’enveloppe de Gaza pour nettoyer et confisquer toutes les caméras. Elle appelle cela sans détour un vol — les caméras et les matériaux filmés sont des propriétés privées appartenant à des citoyens, dont beaucoup ne sont plus en vie.
Solomon répond : il n’a pas lu l’article de Nir Dvori. Il parle depuis son expérience propre, dans le cadre de ses fonctions — et ce qu’il va raconter pourrait même aggraver l’affaire. Il est catégorique : « Il n’y a pas de coïncidence. » Et il nomme ce qu’il voit :
« Il y a ici un événement qui porte en lui la légalité d’une tentative d’effacer le 7 octobre, d’entraver les enquêtes et de mentir au public. »
Le 8 octobre au matin — dans le chaos
Pour comprendre ce qui s’est passé, Solomon replace la scène. Le 7 octobre, il s’est battu jusqu’à l’après-midi — les téléspectateurs de la chaîne le savent, dit-il. Le soir, il est arrivé au QG de remplacement de la division. Le lendemain, il est retourné au QG principal pour piloter la gestion des combats.
L’état des lieux : chaos total. Personne ne comprenait ce qui se passait — ni les simples soldats, ni les officiers les plus gradés. Le général du Commandement Sud et le Chef d’état-major étaient sous un véritable choc. Quiconque les a vus ou leur a parlé le sait.
On mourait. On se faisait massacrer. Les corps gisaient partout — la majorité n’avait pas encore été ramassée. Des terroristes vivants circulaient peut-être encore dans le secteur. Des attaques supplémentaires depuis Gaza étaient redoutées. Solomon passait d’une unité à l’autre pour renforcer la défense et commencer à reconstituer ce qui s’était passé.
« Il nous a fallu de longues semaines pour comprendre l’ampleur de l’attaque — la quantité de terroristes, la méthode des vagues, par air, mer et terre. Tout cet événement complexe nous a pris des semaines à saisir. »
Trois entités, trois collectes — zéro coordination
Ce même dimanche 8 octobre, un haut responsable du Shin Bet s’approche de Solomon. Aujourd’hui encore plus haut placé, l’équivalent d’un commandant de division. Il lui dit : « Nous devons collecter les matériaux, y compris les caméras des localités et des espaces publics, pour commencer à comprendre. J’ai besoin de ton autorisation et surtout que tu donnes l’ordre aux forces sur le terrain pour qu’ils reconnaissent nos équipes — coordination pour éviter les tirs fratricides. » Solomon a mis cela en place. Le Shin Bet a collecté ses matériaux.
Parallèlement, la Police nationale a envoyé ses enquêteurs de l’unité Lahav 433 — sans en informer le commandement militaire sur place.
Et enfin, « la dernière chose que je ne connaissais pas, que nous ne connaissions pas du tout — et c’est gravissime sur le plan opérationnel » : des unités spécifiques de Tsahal, envoyées par le chef de la branche des opérations, sont entrées dans la zone sans aucune coordination avec la division. Sans que Solomon ni ses équipes le sachent — « jusqu’à ce jour, y compris lors des enquêtes ».
« Des forces de Tsahal sont entrées sans coordination avec nous. Sans que nous le sachions jusqu’à ce jour, y compris lors des enquêtes : la branche des opérations, envoyée par son chef, pour collecter des matériaux. »
Un film pour les Américains — mais pas pour les enquêtes
Solomon a parlé avec des éléments au sein de cette unité de Tsahal. Il a reconstitué une partie de ce qu’est devenu le matériel : ces unités ont préparé un film de présentation destiné aux Américains pour illustrer certains événements du 7 octobre. Soit. Mais la question qui demeure est celle de leur mission réelle — leur « Yéoud », en termes militaires. Puisque jamais ils ne se sont retournés vers les équipes d’enquête pour dire : voici ce que nous avons collecté.
Ni la police, ni le Shin Bet, ni ces unités de Tsahal n’ont transmis leurs matériaux. Des colonels et des généraux responsables d’enquêtes demandaient ces documents — Solomon les orientait. Rien n’est venu. De Lahav 433, grâce à ses relations personnelles avec des gens qui étaient présents, il a obtenu une partie des choses. De l’unité de Tsahal : rien. Ils ne savaient même pas que ces matériaux existaient.
« Jamais ils ne se sont tournés vers nous pour dire : nous avons des documents, voici pour les enquêtes. La réponse est que ce n’était pas là leur mission. »
Solomon pose lui-même la question qu’on lui souffle : sont-ils entrés pour falsifier des preuves ? Sa réponse est nette — et assumée : « Avec votre permission, je ne le pense pas. Et peut-être suis-je naïf — on me le reproche : tu n’es pas naïf, tu ne penses pas qu’il y a eu trahison ? Non. Je vois cela autrement. » Mais les grandes questions demeurent : pourquoi ces collectes ? Qu’advient-il des matériaux ? Et pourquoi n’a-t-on jamais informé les enquêteurs de leur existence ?
Ce qu’on a volé aux familles
Solomon sort ici du registre militaire. « Ce n’est pas seulement éthique ou moral. » Il y a des victimes. Des parents, des frères et sœurs endeuillés. Des blessés. Des survivants. Et parmi eux, des gens qui cherchent les dernières images de leurs proches — filmées dans leurs téléphones personnels, sur les caméras civiles, dans les localités. Solomon était lui-même au festival Nova. Il sait ce que ces matériaux représentent.
Il ne parle pas seulement des images personnelles. Des kibboutzim veulent savoir où sont les caméras de leurs armureries — et ce qu’est devenu l’armement qui s’y trouvait. « Ces choses ont été enlevées au public. » Et Smadar Chmoueli rappelle à deux reprises : « Je rappelle que ce sont des caméras privées. »
« Je ne parle même pas des enregistrements radio et des matériaux militaires de caméras. À mes yeux, ces images reviennent de droit aux familles. » Solomon a interpellé directement le Chef d’état-major entre quatre yeux, en son nom et au nom des familles, pour que ces matériaux leur soient remis. Le chef de la Direction des Ressources Humaines — l’actuel comme le précédent — refuse simplement.
« Il y a des survivants qui disent : nous avions les derniers instants de nos proches dans leurs téléphones personnels, sur les caméras civiles, dans les localités. À mes yeux, cela leur revient de droit. »
PARTIE III — La Marine, le Colonel Paz et Holit
Le Colonel Paz — courageux, bloqué, et instrumentalisé
Le Colonel Eitan Paz commandait la base d’Ashdod dans la nuit du 7 octobre. Selon les informations circulant sur les réseaux, il a reçu l’ordre de ne pas intervenir — le Hamas « ne faisait qu’exercices » — et a décidé de désobéir. Cette nuit-là, il a détruit, selon Solomon, environ neuf bateaux de terroristes, empêchant un désastre bien plus grand.
Solomon confirme connaître Eitan Paz — « un officier sérieux, digne, professionnel et courageux ». Il a assisté à ses présentations d’enquête devant le général et l’état-major à plusieurs reprises. Il tempère certains détails publiés sur les réseaux — « tout ce qui y est écrit n’est pas exact » — mais confirme l’essentiel et le cadre.
« C’est la partie émergée de l’iceberg d’une opération de camouflage de l’enquête de la Marine, menée avec le Chef d’état-major Herzi Halevi et Eyal Zamir. »
Eyal Zamir est nommément mis en cause — en sa qualité de Directeur général du Ministère de la Défense. Le mécanisme décrit par Solomon est systémique : « L’idée fondatrice de tous les hauts gradés de l’état-major : se sauver eux-mêmes, rejeter la responsabilité sur quelqu’un. » Eitan Paz symbolise l’échelon de terrain de la Marine — celui sur qui on peut reporter la faute. Il est bloqué dans sa carrière. Pas de promotion. « Il mérite le Prix de la Sécurité d’Israël. Il est bloqué. C’est le monde à l’envers. »
L’enquête de la Marine a été formellement invalidée par la Commission Sami Turgeman. « Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Nous n’en sommes qu’au début. Nous nous en occuperons pendant de longues années. »
L’enquête sur Holit — rejetée, et Solomon dit pourquoi
Tsahal vient de publier son enquête sur les événements du kibboutz Holit. La communauté l’a rejetée. Solomon est lapidaire : « Quand je raconterai les mensonges et ce qu’il y avait là-bas, le public sera horrifié. Il n’y a pas d’enquête. Je peux tout prouver et tout est prouvé. La Marine ? C’est identique. »
L’appel aux institutions — sans ambiguïté
Il nomme ce qu’il observe : « Éléments de suspicion criminelle, choses extrêmement graves mettant en péril la sécurité de l’État. Obscurcissement et camouflage. Loi du silence et protection mutuelle des officiers supérieurs. » Et il interpelle directement :
« J’appelle le Ministre de la Défense à se réveiller. Vous n’êtes pas de l’ONU. Vous ne pouvez pas rester sur la touche. Vous avez un rôle, une responsabilité sur la sécurité d’Israël et sur le rétablissement de la confiance du public envers Tsahal. »
Il s’adresse de la même façon à la Commission des Affaires étrangères et de la Défense et au Cabinet de sécurité politique : « C’est à vous qu’incombe la responsabilité d’apprendre et de tirer des leçons. Appelez-moi. Je vous présenterai tout. Cela prendra de nombreuses heures. »
Sa demande en matière d’enquête est précise : une commission indépendante, avec des interrogatoires menés par le Shin Bet — pas le Shin Bet qui enquêterait sur lui-même, mais pour Tsahal. Les hauts gradés devront passer au polygraphe. Les témoignages devront être croisés. Et il tient à le préciser : « Je n’ai aucun compte personnel à régler avec quiconque. Ce qui m’intéresse, c’est celui qui a une responsabilité. »
« Probablement que des Chefs d’état-major devront aller en prison — pas seulement pour le désastre et leur responsabilité, mais pour le camouflage et les mensonges, qui sont une atteinte gravissime à la sécurité du pays. »
PARTIE IV — « Le Hamas a-t-il vraiment surpris Tsahal ? »
Herzi Halevi a publié des enregistrements affirmant que le Hamas a pris Tsahal par surprise dans la nuit du 6 au 7 octobre. Face à cela, la journaliste Lina Ein, de la Chaîne 12, a révélé dès novembre 2023 — sur la base d’un briefing militaire — que Tsahal était au courant d’un plan de conquête de deux localités et demie. Deux localités et demie, cela peut représenter deux mille personnes.
Solomon dégonfle la confusion — tout en lâchant ce qu’il appelle lui-même des « bombes atomiques, pour ne pas dire à hydrogène ».
Le scénario de référence — ce qu’il était vraiment
Il existait bien, au sein de la Division de Gaza, un « scénario de référence » (Tarchich Ha’ihous) — un scénario fixe, examiné de temps à autre, mais conclu un an auparavant pour les besoins de la guerre. Ce scénario établissait une logique simple : si une grande guerre éclate, Tsahal en sera prévenu, les réservistes seront mobilisés, la préparation sera faite. Dans ce cadre, le Hamas — selon la « Konseptsia » du renseignement — n’avait ni la volonté ni la capacité d’une attaque : il s’occupait de sa gouvernance et de son économie.
Mais le commandant de la division portait une nuance : « On ne peut pas tout baser sur le renseignement. Il se peut qu’il y ait un raid sur une localité ou deux, par surprise, que le renseignement ne verrait pas. » Des discussions ont eu lieu à ce sujet — Solomon n’y participait pas directement, le sujet relevant de la routine opérationnelle. Et la conclusion, validée au sein de la Division, du Commandement et de l’état-major, avec approbation hiérarchique, était la suivante :
Un raid surprise du Hamas sur une ou deux localités, sans renseignement préalable, était possible. En conséquence, des forces suffisantes devaient être déployées : infanterie, blindés, moyens de collecte, aviation, veilles — une enveloppe complète. L’idée implicite : les habitants de l’enveloppe de Gaza pouvaient se dire qu’en cas de grande guerre, Tsahal alerterait ; et qu’en cas de raid sur une ou deux localités, même sans renseignement, les forces sauraient les repousser.
« Sauf que le 7 octobre, toute cette conception s’est effondrée. Il y a eu une grande guerre, sans alerte et sans préparation. »
Ce scénario de contingence a été mal interprété, déformé, et chacun en a tiré ses propres variantes pour alimenter la narration « Tsahal savait ». Solomon rectifie fermement : « Cela n’a rien à voir avec la nuit du 7 octobre. Cela n’apparaissait dans aucune évaluation de situation de la nuit, ni dans la pensée de personne à Tsahal, ni même au Shin Bet, dans les documents. Cela n’existait pas — point d’exclamation. »
La chaîne de responsabilité — nommée sans détour
Solomon est explicite : « Il y a assez de responsabilités, assez de failles — avant la guerre, pendant la nuit, le jour de l’attaque. Pour le Chef d’état-major Herzi Halevi surtout — il est le premier responsable. Le chef de la branche des opérations. Le commandant du Commandement Sud. Le commandant de l’Armée de l’Air. Et toute la chaîne. Une responsabilité terrible. »
Et concernant Herzi Halevi qui dit « le Hamas a surpris » : « Il ignore tous les signes qui étaient devant lui les jours précédant le déclenchement du massacre. »
Les bombes atomiques — les signes cachés même aux enquêteurs
C’est ici que Solomon prononce sa phrase la plus lourde de l’interview : « Je pourrais rester assis ici et lancer non pas des bombes, mais des bombes atomiques — pour ne pas dire à hydrogène. »
Voilà ce qu’il entend par là. Lors des enquêtes, il croyait avoir découvert l’ensemble des signes précurseurs dont on avait parlé durant la nuit. Mais ces derniers temps, il reçoit des informations de sources très haut placées montrant que même son commandant de division ne connaissait pas, durant la nuit du 7 octobre, certains de ces signes. On ne lui en a pas parlé.
« Lors des enquêtes, alors que nous étions censés avoir accès à tous les documents, on nous a caché des signes significatifs qui existaient les jours précédents — et des signes significatifs durant la nuit. »
L’explication de cette dissimulation, selon Solomon : Herzi Halevi a lui-même dirigé l’enquête sur la nuit. Il a écarté le commandant de la division et Solomon de cet examen — ils n’étaient pas conviés — pour ne pas partager toutes les informations, pour tenter de cacher. « Il a presque réussi. » C’est l’alerte de Solomon qui a forcé la Commission Turgeman à invalider cette enquête. Et jusqu’à aujourd’hui, personne ne sait exactement ce qui s’est passé dans la nuit du 6 au 7 octobre.
CONCLUSION — La vérité sortira
Solomon clôt l’interview en annonçant que ce qui a été dit ici n’est « que la partie émergée de l’iceberg ». « Faire sortir la vérité n’est pas simple. » Il anticipe la réaction du porte-parole de Tsahal : « Il va sûrement sortir maintenant avec d’autres calomnies. » Sa réponse : « Chacune de mes paroles est la vérité. Je les invite au polygraphe. Et s’ils entrent dans les calomnies personnelles, malheur à eux — au porte-parole de Tsahal comme à ceux qui les diffusent. »
« Nous n’abandonnerons pas avant de savoir. La lutte continuera. »
Smadar Chmoueli conclut sur une remarque qui dit tout du rapport de force : « Si le frère du chef du Shin Bet était en prison, que diraient-ils… C’est le pot de terre contre le pot de fer, pour des petits comme nous sur les plateaux. »
Notes éditoriales
[Source] Retranscription intégrale de l’interview diffusée sur la chaîne YouTube « Tov » le 3 mai 2026, animée par Smadar Chmoueli.
[Statut des accusations] Les accusations portées par le Général Solomon — disparition de preuves, obstruction aux enquêtes, dissimulation de signes précurseurs, tentative de neutralisation — sont des déclarations sous sa seule responsabilité. Elles n’ont pas été confirmées de façon indépendante à ce stade.
[Réponse de Tsahal] Aucune réponse officielle du porte-parole de Tsahal n’avait été publiée au moment de la mise en page de ce document.
[Personnes mises en cause] Herzi Halevi (Chef d’état-major) ; Eyal Zamir (Directeur général du Ministère de la Défense) ; procureure militaire en chef ; chef de la sécurité de l’information de Tsahal ; chef actuel et précédent de l’Aka (Direction des Ressources Humaines).
[Terminologie] Shmap = service de réserve actif / HML = centre d’opérations / Lahav 433 = unité d’enquête criminelle nationale / Tarchich Ha’ihous = scénario de référence / Konseptsia = doctrine de renseignement / Metzah = police militaire / Yéoud = mission assignée / Aka = Direction des Ressources Humaines de Tsahal.
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