De Daesh à Schengen : la menace terroriste remonte pendant que la France regarde vers 2027. Par Francis Moritz

Entre la dispersion des anciens camps de Daesh, la libération de condamnés terroristes et les guerres qui embrasent le Moyen-Orient, une menace diffuse mais réelle réapparaît en Europe. Une actualité chasse l’autre. Les guerres au Moyen Orient font la une de tous les médias, pourtant la menace terroriste n’a jamais été aussi élevée. Il ne se passe pas de jour qu’un lieu juif ou un Juif d’Europe ne soit l’objet d’une agression. À un an de la présidentielle française, ce dossier pourrait redevenir central.

Ce qui est passé, presque inaperçu, sous les radars de l’information :

Al-Hol : la fin d’un verrou sécuritaire

Pendant plusieurs années, les camps du nord-est syrien ont constitué une forme de confinement du califat défait. Après la chute territoriale de l’organisation État islamique (Daesh) en 2019, les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par la coalition internationale, ont détenu des dizaines de milliers de personnes liées à l’organisation djihadiste.

Le camp d’al-Hol, dans la province syrienne de Hassaké, en était le symbole. À son pic, il a accueilli près de 70 000 personnes, majoritairement des femmes et des enfants.

En 2026, il en restait encore environ 23 000 à 24 000, dont plus de 12 000 ressortissants étrangers issus d’une quarantaine de pays.

Mais l’équilibre fragile qui maintenait ce dispositif s’est effondré. À la suite des bouleversements politiques et militaires en Syrie, le camp s’est progressivement vidé. Plusieurs sources diplomatiques et humanitaires évoquent la disparition ou la dispersion de plusieurs milliers d’anciens résidents, partis sans identification ni suivi.

Pour les services de sécurité européens, la conclusion est claire : une partie de l’écosystème humain du califat s’est dissipée dans la région.

L’héritage humain du califat

La chute territoriale de Daesh n’a jamais signifié la disparition de sa base humaine.

Les camps comme al-Hol abritaient un mélange extrêmement complexe :

  • militants idéologiques de l’organisation
  • soutiens logistiques
  • épouses de combattants
  • adolescents radicalisés
  • et surtout des milliers d’enfants nés dans le califat.

Depuis plusieurs années, les rapports des Nations unies et d’organisations humanitaires ont documenté l’existence de réseaux clandestins pro-Daesh à l’intérieur même du camp.

Des assassinats y ont été commis contre des femmes jugées « déviantes ». Des structures d’endoctrinement y ont persisté.

Autrement dit, le camp d’al-Hol n’était pas seulement un lieu de détention : il constituait un incubateur du djihadisme post-califat.

Une erreur stratégique occidentale

Depuis 2019, les autorités kurdes syriennes alertaient régulièrement les gouvernements occidentaux : elles ne pouvaient pas gérer indéfiniment ces populations.

Les camps reposaient sur une contradiction fondamentale.

  • Les FDS n’avaient pas la capacité juridique de juger des ressortissants étrangers.
  • Les États occidentaux hésitaient à rapatrier leurs citoyens pour des raisons politiques et sécuritaires.

Pendant plusieurs années, ce compromis précaire a tenu grâce à la présence militaire occidentale.

Mais lorsque l’équilibre régional s’est dégradé, le système s’est fissuré.

L’Europe se retrouve aujourd’hui confrontée à une situation qu’elle avait précisément cherché à éviter : la dispersion incontrôlée d’une partie de l’héritage humain du califat.

La menace intérieure française

Pour la France, la question ne se limite pas au retour potentiel d’anciens résidents des camps syriens.

La menace est déjà largement endogène.

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) rappelle régulièrement que la menace terroriste visant le territoire français provient désormais en grande partie d’individus radicalisés présents en France, parfois isolés, parfois connectés à des réseaux.

La France reste d’ailleurs placée au niveau « urgence attentat » du plan Vigipirate. On n’en est plus ni au « sentiment d’insécurité » ni au brainwashing des médias » Les faits sont les faits,

Les services de renseignement soulignent plusieurs facteurs de risque :

  • la radicalisation en ligne
  • la circulation de propagande djihadiste
  • et surtout la sortie progressive de prison de personnes condamnées pour terrorisme.

Les sortants de prison : un défi sécuritaire majeur

Le suivi des anciens détenus terroristes constitue aujourd’hui l’un des enjeux les plus sensibles pour les autorités françaises.

Plusieurs centaines de personnes condamnées pour terrorisme islamiste ont purgé ou purgent encore leur peine.

Depuis 2021, plus de 300 détenus condamnés pour terrorisme islamiste ont été libérés en France.

D’autres libérations sont attendues dans les prochaines années.

Les services de sécurité considèrent ces profils comme l’une des principales sources de menace, en raison :

  • du maintien possible d’une idéologie radicale
  • de leur expérience opérationnelle
  • de leurs réseaux relationnels.

Dans certains cas, ces sorties de prison peuvent intervenir sans dispositif de suivi judiciaire renforcé, ce que les autorités qualifient de « sorties sèches ».

Les guerres du Moyen-Orient comme amplificateur

Cette situation intervient alors que le Moyen-Orient traverse une nouvelle phase d’instabilité.

La région est aujourd’hui marquée par plusieurs conflits simultanés :

  • l’affrontement entre Israël et le Hezbollah au Liban
  • la confrontation stratégique impliquant l’Iran et ses réseaux armés
  • la fragmentation persistante de la Syrie
  • l’instabilité chronique de l’Irak.

Ces guerres jouent un rôle de catalyseur idéologique.

Les organisations djihadistes exploitent ces conflits dans leur propagande pour mobiliser sympathisants et recruteurs.

Europol souligne que les crises du Moyen-Orient ont déjà servi de levier de radicalisation et de justification d’attaques en Europe.

Schengen et la vulnérabilité européenne

La dimension européenne du problème est essentielle.

L’espace Schengen repose sur la suppression des contrôles aux frontières intérieures.

Une fois entré dans cet espace, un individu peut circuler librement entre la plupart des États membres.

Les dispositifs de coopération policière et les bases de données européennes sont efficaces, mais ils reposent sur une condition fondamentale : l’identification préalable des individus.

Or la dispersion d’anciens résidents des camps syriens signifie que certaines identités pourraient échapper durablement aux radars administratifs.

Dans un tel contexte, une infiltration réussie dans un pays européen peut rapidement devenir un problème continental.

Un enjeu politique à un an de la présidentielle

À l’approche de l’élection présidentielle française, cette question pourrait prendre une dimension politique importante.

La sécurité intérieure et l’immigration figurent déjà parmi les thèmes les plus structurants du débat public.

La dispersion d’anciens affiliés à Daesh et la libération progressive de condamnés terroristes pourraient donc nourrir plusieurs lignes de fracture politiques :

  • la critique du refus initial de rapatrier les ressortissants européens
  • la critique inverse des rapatriements déjà effectués
  • la question du contrôle des frontières européennes
  • et celle du suivi des individus radicalisés.

Une menace diffuse mais durable

Le califat territorial proclamé par Daesh en 2014 a disparu en 2019.

Mais son héritage humain et idéologique subsiste.

La dispersion partielle des populations issues des camps syriens, combinée à la libération progressive de condamnés terroristes et à l’instabilité persistante du Moyen-Orient, dessine une menace d’un nouveau type.

Moins spectaculaire que celle des années 2015-2016.

Mais plus diffuse, plus fragmentée et plus difficile à anticiper.

Conclusion

Dans un espace européen ouvert comme Schengen, quelques dizaines d’individus déterminés suffisent à transformer une crise lointaine en problème intérieur. Il est également question des cellules dormantes misent en place par l’état-terroriste iranien ; qui pourrait les activer en mode-représailles contre les pays qu’il considère être ses ennemis. La France qui a souscrit à toutes les sanctions et qui est confrontées à ses accords de défense dans le Golf, en fait partie.

À un an de l’élection présidentielle, la question du terrorisme pourrait ainsi réapparaître au cœur du débat politique français.

© Francis Moritz


Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme « Bazak », en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion.  Ancien  cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine. Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps


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