Quand la forme contredit le fond. Par Yael Bensimhoun

Un parallélisme n’est jamais une simple figure décorative. Il distribue des places. Et en rhétorique, les places produisent du sens.

La phrase de Jean-Luc Mélenchon qu’il vient de poster sur les réseaux : « N’assignez pas le christianisme à l’extrême droite, l’islam aux terroristes ou Jeffrey Epstein à la religion juive » , se présente comme un refus de l’amalgame. L’intention affichée est claire : ne pas essentialiser.

Or précisément, la forme produit ici l’effet inverse.

Dans les deux premiers segments, la seconde position est occupée par des repoussoirs évidents :  » extrême droite « ,  » terroristes « . Cette répétition installe un schéma. Par simple parallélisme, la case 2 devient la case du négatif, de l’infamant, de ce que l’on combat.

Puis vient le troisième segment…

D’abord, on quitte l’abstrait.  » Extrême droite  » et  » terroristes » sont des catégories. « Jeffrey Epstein » est un nom propre, une figure concrète, saturée d’images mentales puissantes.

Or introduire un individu précis au sein d’un parallélisme modifie la densité symbolique de la phrase.

Ensuite, le mécanisme s’inverse. Epstein occupe la première position, celle qu’occupaient les religions précédemment, tandis que la phrase se clôt sur « la religion juive » , désormais installée dans la case qui, par répétition, est devenue la place du repoussoir.

Mais il y a plus.

Dans les deux premiers segments, l’orateur emploie les noms exacts des religions : christianisme, islam. Le terme strictement parallèle aurait été judaïsme. Or il choisit  » religion juive « . Ce glissement lexical rompt la symétrie apparente. Il fait surgir le mot « juive » en position terminale, isolé, accentué par la cadence même de la phrase.

En rhétorique, la fin d’un segment est une zone de forte saillance cognitive : c’est elle qui demeure. La phrase ne s’achève pas sur un système religieux abstrait mais sur un adjectif identitaire.

C’est ici qu’intervient un phénomène bien connu en analyse du discours : l’effet de cadrage par proximité. Mettre des éléments dans une même structure parallèle active automatiquement une association cognitive, même si l’énoncé prétend la refuser. Le cerveau traite la symétrie comme une équivalence implicite.

Autrement dit, pour dire  » ne faites pas l’amalgame « , la phrase organise elle-même un champ d’association. Elle ne se contente pas de dénoncer un rapprochement ,elle le met en scène.

Alors certes, on ne peut pas lire l’intention intime d’un homme, meme s’il s’agit de Melanchon . Mais on peut analyser un dispositif. Et lorsqu’un orateur confirmé comme lui , construit un parallèle, il sait que la répétition crée une logique, que la position finale marque l’esprit et qu’un nom propre ne pèse pas comme un concept abstrait.

La rhétorique est un art puissant et un parallèle n’est jamais neutre : il met en relation, distribue les rôles et façonne les correspondances.

Autrement dit , la question n’est pas ce que la phrase prétend dire mais bien plutot ce qu’elle fait …

© 𝗬𝗮𝗲𝗹 𝗕𝗲𝗻𝘀𝗶𝗺𝗵𝗼𝘂𝗻

Diplômée  de littérature  française, Yaël Bensimhoun s’est établie en Israël il y a près de 20 ans . C’est là qu’elle conjugue  l’amour  de sa langue d’origine et celui du pays  auquel elle a toujours senti appartenir. Elle collabore depuis plusieurs années à des journaux et magazines franco-israéliens.

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1 Comment

  1. il aurait dû ajouter, qu’il n’a pas le monopole de la connerie. Son parti en regorge. Êtres députés d’une parti néo islamonazi n’est pas contradictoire avec le fait d’être habités par la
    bêtise, la haine, la connerie la plus vile. Bien au contraire…
    La Fiante Islamosoumise est véritablement la lie de ce grand Pays qui traite Israël de « Petit pays de merde »…

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