Pour le Prix Goncourt 1913, la concurrence est rude.
Sont en lice, Alain-Fournier ( « Le Grand Meaulnes »), Valéry Larbaud ( « Barnabooth »), Roger Martin du Gard ( « Jean Barois »), Léon Werth (« La Maison blanche »), et d’autres dont l’œuvre n’est pas passée à la postérité.
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Poussé par son éditeur Bernard Grasset et son ami Lucien Daudet ( dont le frère Léon siège au jury Goncourt), Marcel Proust hésite à présenter « Du côté de chez Swann ».
Il n’est pas convaincu de l’excellence des précédents Goncourt.
« J’ai lu quelques pages de « Monsieur de Lourdines », je n’ose rien en dire. »
Le voisinage avec de mauvais écrivains ne l’enchante guère.
Et puis, aller flatter les jurés du Goncourt l’épuise à l’avance.
Proust a 42 ans, il est issu de la bourgeoisie aisée. Le Prix Goncourt est censé récompenser, de préférence, un jeune écrivain « de moins de 35 ans, dans le besoin. ». Il ne coche aucune des cases.
« Du côté de chez Swann » a paru le 14 novembre 1913, le Prix doit être décerné le 3 décembre. Proust se demande si les académiciens auront le temps de lire avec attention, les 523 pages, écrites serrées, de son roman.
Mais l’éclairage que peut projeter le Goncourt sur sa démarche littéraire, au delà d’un cercle d’initiés, finit par le convaincre.
Il fera donc campagne.
Ayant reçu peu d’encouragements de la part des académiciens, il finira par renoncer à se porter candidat.
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Le jour de l’attribution du Goncourt, la bataille fait rage dans le salon 9 du Café de Paris.
Au bout de plusieurs tours de scrutin, il est impossible de départager Alain-Fournier, Valéry Larbaud et Léon Werth.
Le foie gras et les poulardes sont consommées.
Les bouteilles de Romanée-Conti sont vides.
Les académiciens sont épuisés, ils sont dans une impasse, mais il faut bien prendre une décision, les journalistes sont derrière la porte et attendent le verdict.
Sous la pression de Léon Daudet, éditorialiste à « L’Action Française », ie « juif Werth » est éliminé.
Léon Werth aura sa revanche quelques années plus tard quand St Exupery lui dédiera « Le Petit Prince».
Puis un consensus semble se faire sur un inconnu, l’écrivain Marc Elder et son roman « Le Peuple de la mer ».
Le livre est médiocre mais Elder est « jeune et peu fortuné ».
Alain-Fournier, un peu amer pour son « Grand Meaulnes », écrira, plus tard, au président du Prix Goncourt :
« Je tiens à vous féliciter.
Je me réjouis en fin de compte, de penser que grâce à vous, une famille malheureuse est maintenant à l’abri du besoin. »
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Marcel Proust attendra 1919, avec « A l’ombre des jeunes filles en fleurs », pour obtenir le Goncourt.
Quand Gaston Gallimard viendra lui annoncer la bonne nouvelle chez lui, la gouvernante de Proust, Céleste, fera attendre l’éditeur dans l’antichambre plus d’une heure.
« Monsieur n’a pas terminé sa sieste. »
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Illustration: Portrait de Marcel Proust par Paul Morand.
Paul Morand, antisémite mondain, qui ne pouvait pas s’empêcher d’admirer « le juif Proust ».

Marcel Proust :la sieste, Daniel Sarfati . Du côté de chez Swann je me souviens, quel ennui…. devrais-je le relire ? aprés toutes ces années.