Deux récentes affaires venant de se succéder illustrent l’asymétrie criante sur l’interface Israël/France.
La première est l’affaire Lemire. Rappelons les faits. Censé être historien du Moyen-Orient, Vincent Lemire est probablement l’universitaire le plus sollicité sur les plateaux TV pour diaboliser Israël. Déjà en mars 2023, il déclarait à TV5 : ” le Premier ministre Rabin a été assassiné par son peuple“.
Lemire a amplifié à souhait les accusations de crime rituel dans leur version contemporaine : « génocide », « stratégie génocidaire », « vague de famine », et les pires intox.
La linguiste Yana Grinshpun[i] le mentionne dans son récent livre “La haine en toutes lettres” : “Il [Lemire] incarne à lui seul la vitrine des discours antijuifs de gauche avec le dispositif lexical complet“, et également : “Vincent Lemire est devenu un historien antijuif officiel des plateaux télé grâce à ses travaux malhonnêtes sur l’histoire de Jérusalem“
Or Lemire ne s’est pas contenté de cela. Avec Elie Barnavi, dans une tribune en aout 2025 dans Le Monde, il a appelé à des “sanctions immédiates, effectives et paralysantes” sur Israël.
Censé se rendre en Israël en janvier dernier, Lemire s’est vu notifier que son visa était annulé : interdit d’entrée dans l’Etat juif ! En effet, une législation israélienne de 2017 habilite le ministère de l’intérieur à interdire l’entrée sur le territoire israélien à des militants BDS. Le “S” de BDS étant pour “sanction”, Lemire correspondait tout-à-fait à cette classification.
C’est alors que toute une machine bien huilée s’est mise en branle pour dénoncer la “censure” dont il aurait fait l’objet. Haaretz et Yedioth Aharonot, le Monde, Libération, l’AFP, le New York Times, le Times of Israël, Terre sainte magazine, Télérama rendaient compte que Lemire avait été interdit d’entrer en Israël “pour ses opinions”. Une pétition avec 200 signatures d’universitaires israéliens demandant la levée de l’interdiction de visa. Les présidents des universités israéliennes se seraient même joints à cet appel.
A Nir Hasson du quotidien israélien Haaretz parti en djihad pour Lemire, j’ai expliqué que ce dernier a été interdit non pas pour ses opinions, mais pour son appel de nature BDS. Nir Hasson m’a répondu : “Et alors ? Moi aussi je suis pour le BDS”. Pas étonnant de la part d’un membre de Haaretz. Amos Shoken, le propriétaire de Haaretz, avait déclaré en 2024 : “les gens du hamas ne sont pas des terroristes, mais des combattants pour la liberté“.
Accouru à la rescousse de son ami Lemire, le professeur Denis Charbit a été interviewé par Dror Even Sapir sur i24news le 12 janvier dernier. Critiquant vivement l’interdiction d’entrée visant Vincent Lemire, Charbit a affirmé qu’elle constitue “un signal inquiétant pour les libertés académiques“. Selon lui, une critique sévère d’Israël, même assortie d’erreurs, ne saurait justifier une exclusion, le droit à l’erreur faisant partie intégrante du travail scientifique.
“Travail scientifique” ??!!! “Erreur” ? Afficionado de désinformation, Charbit a omis soigneusement de mentionner pourquoi Lemire a été interdit de visa. Pas moins de dix fois dans leur tribune, Lemire et Barnavi ont forcé à l’obsession leur appel aux “sanctions paralysantes”. Précisant bien sa pensée, Lemire a ajouté : “alors que l’isolement géographique d’Israël rendrait les sanctions immédiatement efficaces et perceptibles, dans tous les magasins du pays…“. Il eut été amusant de voir Denis Charbit ne pouvant se fournir en produits de base consécutivement aux sanctions réclamées par Lemire.
Le 15 janvier 2026, un débat entre Lemire et Charbit a eu lieu à l’institut français Romain Gary à Jérusalem. La journaliste Myriam Shermer perçue comme consensuelle avait été abordée pour animer ce débat. C’était sous-estimer la conscience et surtout la dignité juive de Myriam. Après avoir entendu Lemire se comparer à Paxton, elle s’est désistée sur le champ. Ne désirant octroyer caution à ce personnage dont elle affirmera par la suite : “Associé à la très faible qualité de ses travaux, je n’ai pas été capable de passer outre le narcissisme éhonté.” L’institut français lui trouva une remplaçante toute consentante en la personne d’Eléonore Weil, récente correspondante de Libé en Israël. Weil avait titré ainsi un de ses articles : “le pays [Israël] est pris en “otage” par le hamas et par le gouvernement”. Charmante compagnie à l’institut Romain Gary, n’est-ce-pas ?
A ce titre, il est ahurissant de constater combien de personnes en Israël, également dans le milieu francophone du pays, ont fait et font toujours la courte échelle à Lemire. Par exemple, Marius Schattner et Frédérique Schilo, tous deux de Jérusalem. Leur tout récent livre sur l’archéologie de Jérusalem a été préfacé par Lemire. A signaler que ces deux-là sont archéologues pas plus que la plupart d’entre nous. Le premier a été chef du bureau de l’AFP à Jérusalem, et la seconde est historienne des relations Israël/France, ce qui fera peut-être l’objet d’études archéologiques dans quelques siècles.
Suite à la campagne menée tambour battant par Haaretz et par des universitaires israéliens, Lemire a été autorisé à s’introduire en Israël. Sous la menace d’une déposition de recours à la plus haute instance juridique du pays, le ministère de l’intérieur à plié. Il ne désirait pas prendre le risque d’une déculottée certaine à la cour suprême. L’ombre du précédent de l’affaire Al Qassem en 2018.
Présidente de la cellule BDS à l’université de Floride, Lara Al Qassem demanda à passer une année à l’université hébraïque de Jérusalem. Le ministère de l’intérieur l’avait interdite de visa. Elle déposa recours à la cour suprême. L’université hébraïque ainsi que toute une nébuleuse d’ONG israéliennes antisionistes soutinrent ce recours. Au mépris de la lettre et de l’esprit de la Loi, la cour suprême annula l’interdiction du ministère de l’Intérieur. Al Qassem, cette forcenée du BDS, fut autorisée à entrer en Israël.
La connivence du système juridique israélien avec ces milieux collaborant avec les ennemis d’Israël est un vaste sujet que nous ne saurions traiter dans le cadre de cet exposé. Nous signalons juste comment Al Qassem en 2018 et Lemire actuellement se sont engouffrés par cette brèche.

Nili Naouri et Rachel Touitou
Seconde affaire. Nos amies Nili Naouri d’Israël is forever et Rachel Touitou de Tsav 9, ont manifesté contre l’aide humanitaire à Gaza tant que la réciproque, à savoir l’aide humanitaire aux otages, n’a pas été assurée. Non seulement l’aide humanitaire aux otages n’a pas été assurée, mais ils ont été affamés, torturés, violés, certains assassinés dans un summum d’horreur innommable. On ne peut oublier la maman Shiri et les bébés Kfir et Ariel Bibas, respectivement âgés de 9 mois et 4 mois au moment d’être capturés, mis à mort à mains nues par le hamas. En outre, cette protestation visait également à empêcher le hamas à faire main basse sur l’aide humanitaire, comme cela est toujours le cas.
Ne voilà-t-il pas que Nili et Rachel font aujourd’hui l’objet d’un mandat d’amener par un tribunal français pour “complicité de génocide” ???!!!!! Aucune mobilisation universitaire ou médiatique en leur faveur pour leur liberté d’expression, ni en France, ni en amont en Israël.
C Politique. 5 avril 2024
Lemire, nettement identifié avec les ennemis d’Israël est donc l’un des principaux promoteurs de l’islamo-palestinisme universitaire en France. Ses propos et écrits s’inscrivent dans le plus vaste coming out antisémite en France depuis 1945. De plus, ses appels à frapper L’Etat juif de sanctions paralysantes. Israël ne demande pas à le juger ni à le condamner. Peut-être l’aurait-il fallu ? En toute légalité et justice, l’Etat juif lui a révoqué son visa. C’est le minimum syndical pour un pays démocratique en état de guerre.
Nili Naouri et Rachel Touitou, deux militantes israéliennes originaires de France n’ont commis aucun méfait, aucun délit, ni en France, ni en Israël. Elles ont exercé leur liberté d’expression et leur droit à manifester en Israël. Nili et Rachel n’ont pas appelé à porter atteinte à la France, ni à exercer des sanctions contre ce pays. Toutes deux font l’objet de menaces de mort pour leur militantisme sioniste de la part de milieux djihadistes et pro terroristes en France. A cet égard, Lemire n’a jamais été menacé de mort, ni de quoi ce soit par des Juifs.
En outre, d’autres personnalités israéliennes qui ne se sont jamais exprimées contre la France, qui n’ont jamais appelé à exercer des sanctions contre la République française, sont interdites de visite dans ce pays, et même en Europe : les ministres Itamar Ben Gvir et Betsalel Smotritch, le ministre de la défense Israël Katz et aussi notre chef d’Etat, le Premier ministre Binyamin Netanyahou.
Cette asymétrie chronique dans l’interface Israël/France ne peut plus perdurer. Ceci n’est qu’un symptôme parmi tant d’autres comme l’affaire du Tombeau des Rois, l’activisme antisioniste du consulat général de France qui agit comme si notre capitale n’est pas en Israël – la diplomatie française prétendant avoir souveraineté sur certain sites à Jérusalem. A cet égard, c’est le consulat de France à Jérusalem qui a fait venir Lemire, “l’historien antijuif officiel des plateaux télé“, et qui lui a financé tous frais payés vol et d’hébergement en Israël.
Si Nili Naouri et Rachel Touitou sont poursuivies par un tribunal français, si des personnalités israéliennes qui n’ont jamais tenté ni n’ont eu l’intention de porter atteinte à la France sont interdites de visite dans ce pays, a fortiori mille fois qu’un Lemire ne saurait même poser le pied à l’aéroport international de Lod.
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[i] Yana Grinshpun est une linguiste israélienne originaire de Russie. Maître de conférences à la Sorbonne nouvelle. Energique dé-constructrice des manipulations et victimisations dans les discours militants antisémites, Yana vient de faire publier aux éditions FYP son livre : “la haine en toutes lettres, le nouvel antisémitisme de Staline à Chomsky, jusqu’au 7 octobre”. On peut également consulter sa chaine Youtube “Perditions idéologiques“.
© Meïr Ben-Hayoun






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