- Face à des crises insurmontables et une population hostile, le régime iranien, fidèle à ses habitudes, a tenté de détourner l’attention d’un soulèvement populaire imminent en attisant une guerre étrangère. Il croyait pouvoir éviter le pire chez lui en contribuant à une crise majeure au Proche-Orient. Mais cette fois-ci, la stratégie s’est retournée contre lui : le conflit a eu des conséquences désastreuses pour le pouvoir en place, lui coutant ses proxis régionales en Syrie, au Liban et même en Palestine.
- Le dernier soulèvement du peuple iranien a éclaté à un moment où les crises économiques, sociales et politiques convergeaient, frappant le régime dans sa plus grande vulnérabilité, affaibli par des revers répétés sur le plan régional. Le déclencheur a été l’effondrement brutal de la monnaie nationale, causé par une envolée historique du taux de change.
- Le soulèvement de janvier 2026 n’a rien eu d’un sursaut spontané. Il est le résultat accumulé de dizaines de révoltes locales et nationales, notamment celles de 2009, 2017, 2019 et 2022. À chaque fois, les protestations sont devenues plus radicales et plus étendues. D’après un membre du Conseil suprême de sécurité nationale — l’organe décisionnel le plus élevé du régime —, le soulèvement de 2026 a touché 400 villes, plus de 4 000 points de mobilisation, et jusqu’à 100 lieux de manifestations ou d’affrontements rien qu’à Téhéran.
- Bien avant le massacre de masse récemment reconnu par le dictateur iranien lui-même — au cours duquel « plusieurs milliers de personnes » auraient été tuées —, les soulèvements populaires avaient déjà dépassé l’ampleur des deux génocides de 1981 et 1988. Selon Javaid Rehman, rapporteur spécial des Nations Unies sur les droits de l’homme en Iran, plus de 30 000 prisonniers politiques ont été exécutés en 1988 pour être restés fidèles à leurs idéaux de liberté. 90 % d’entre eux étaient membres de l’Organisation des Moudjahidines du peuple, considérée comme l’un des principaux ennemis du régime clérical.
- Le soulèvement actuel se distingue par son haut niveau d’organisation et la mobilisation de milliers d’unités de résistance dans tout le pays, principalement issues des générations Y et Z. Les « unités de résistance » ont joué un rôle central dans l’expansion des manifestations, la confrontation avec les forces de répression, et la protection des manifestants — souvent au péril de leur vie. Ce mouvement est l’aboutissement de plus de soixante ans de lutte ininterrompue contre deux dictatures successives : celle du Shah, puis celle de la République islamique.
- Le soulèvement de janvier a éclaté précisément au moment où toutes les crises — économiques, sociales et politiques — convergeaient dans une période de fragilité extrême pour le régime. Cette faiblesse structurelle est le fruit de cinq décennies de résistance populaire. Le massacre récent a clairement révélé que, contrairement à la propagande officielle, les véritables ennemis du régime ne sont ni Israël ni les États-Unis, mais bien le peuple iranien lui-même.
- Cependant, l’affaiblissement du régime ne garantit en rien sa chute. Le pouvoir théocratique en place ne tombera ni sous la pression internationale, ni par le biais d’une intervention militaire étrangère. Seul le peuple iranien pourra provoquer un véritable changement de régime, à travers une résistance organisée, nationale et combative, capable d’affronter l’un des appareils répressifs les plus violents du monde actuel : les Gardiens de la révolution islamique.
- Depuis plusieurs décennies, le régime iranien utilise ses nombreuses agences de renseignement et des budgets colossaux pour tenter de marginaliser la résistance iranienne à l’étranger. Aujourd’hui encore, il diffuse massivement des vidéos truquées et manipulées, produites par ses services secrets, pour faire croire que Reza Pahlavi serait le seul « alternatif » au régime, dans le but de semer la division au sein du peuple et d’affaiblir les mouvements de contestation comme celui de 2022.
- Le soulèvement populaire ne s’est pas éteint après le massacre. Il est entré dans une nouvelle phase : celle des attaques éclair menées par des jeunes insurgés et des unités de résistance, qui défient les Gardiens de la révolution à travers tout le pays. Les informations sur ces affrontements filtrent parfois à l’étranger, lorsque l’accès à Internet est brièvement rétabli.
- La réalité est que l’Iran — son peuple comme ses dirigeants — ne reviendra pas à la situation antérieure au soulèvement. Les causes profondes du mécontentement persistent, et les crimes innombrables du régime n’ont fait qu’aggraver l’instabilité sociale. Un retour en arrière est inconcevable pour un pays qui a payé un prix humain aussi lourd : il ne subsiste que dans l’imaginaire d’un régime en perte totale de légitimité et de capacité à survivre.
© Hamid Enayat

Analyse exemplaire.
Merci d’ illustrer et défendre la raison, contre la vanité habituelle, bien au sec dans son fauteuil.