« Pour que l’antisionisme ne serve plus de prétexte à l’antisémitisme, il revient à chaque État d’intégrer l’antisionisme dans sa loi comme une forme d’antisémitisme »
Illustration d’Alejandra Svriz

Le 2 février prochain, nous présenterons à Barcelone la Fondation Emet – La vérité, pour combattre l’antisémitisme. Mais ne nous trompons pas de débat. On pourrait nous dire, surtout à gauche :
« Mais enfin, nous sommes tous contre l’antisémitisme !… Nous sommes contre tous les racismes, contre toutes les discriminations. Nous sommes des gens de paix… »
En êtes-vous si sûrs ? De toutes les formes d’antisémitisme ? En avez-vous vraiment conscience ?
Il existe de nombreuses formes d’antisémitisme. L’antisémitisme historique, principalement chrétien — les Juifs accusés de déicide pour avoir tué le Christ —, mais aussi celui fondé sur des stéréotypes liés à l’argent.
Il a toujours existé, et l’on pourrait parler d’un antisémitisme d’origine populaire. Très présent en Espagne, avant et après l’expulsion catastrophique des Juifs ordonnée par les Rois Catholiques en 1492.
Il existe une autre forme d’antisémitisme, fondée sur l’identité, sur l’illusion de la pureté raciale ou nationale, théorisée par le Français Gobineau au milieu du XIXe siècle, et qui a évidemment culminé avec les nazis et la Shoah. Cette dernière appartient clairement à l’extrême droite. Il faut raconter cette histoire, raviver la mémoire, visiter Auschwitz, combattre le révisionnisme. Et il est évident pour une grande majorité de citoyens qu’il faut la combattre, comme on combat toute résurgence du fascisme.
Mais il existe aussi un autre antisémitisme, aujourd’hui le plus puissant, un véritable tsunami mondial, celui qui tue, que certains appellent le « nouvel antisémitisme », lié aux événements du Proche-Orient ; très présent dans le monde arabe et musulman, cet antisémitisme met également en lumière les contradictions de la gauche.
En résumé : l’antisémitisme du passé reposait sur l’idée que les Juifs, peuple sans État, étaient la cause des malheurs du monde et incapables d’être patriotes. Ce peuple errant était maudit et conspirait contre les autres nations et religions. La judéophobie actuelle, exprimée au nom de la critique d’Israël et des victimes palestiniennes, repose sur l’idée inverse : prétendument antiraciste et antinationaliste, elle assimile les responsabilités juives à la quintessence du nationalisme, et donc du fascisme.
Depuis le 7 octobre, après l’attaque terroriste du Hamas, ce schéma s’est emballé. Les mots « apartheid », « colonisation » et « génocide » sont devenus des slogans. Pourtant, ils n’ont aucun sens à la lumière de la réalité israélienne et de la guerre à Gaza. Leur fonction est ailleurs : transformer Israël en État paria, délégitimer son existence même. Personne ne peut nier l’horreur de la guerre et les milliers de victimes civiles, utilisées avant tout comme boucliers humains par le Hamas. Mais ce n’est pas un génocide, ni dans ses objectifs, ni dans ses intentions, ni dans la réalité. C’est un mensonge. Répété régulièrement par de nombreux médias de ce pays. Mais c’est un mensonge.
À la fin du XXe siècle, un secteur de la gauche décide que la masse des immigrés, principalement de culture musulmane, constituerait le nouveau prolétariat. Ils seraient les nouveaux « damnés de la terre », les véritables victimes du capitalisme et du colonialisme occidental. L’indulgence de certaines personnalités politiques et intellectuelles envers le régime de Téhéran, ou le manque de solidarité envers Salman Rushdie, condamné à mort par l’ayatollah Khomeiny, témoignaient déjà de cette dérive, qui n’a fait que s’aggraver.
Au Royaume-Uni et en France, l’alliance entre la gauche radicale et les islamistes, généralement dirigés par les Frères musulmans, s’est progressivement consolidée, piétinant toutes les luttes progressistes, féministes et laïques. L’objectif était de conquérir un nouvel électorat. À partir du 7 octobre 2023, le drapeau palestinien et la keffieh ont servi à unir toutes les causes sociales et identitaires. Ce qu’on appelle le « palestinisme » entraîne une dérive qui mène à l’antisémitisme, car la haine des Juifs et d’Israël est le terreau de l’islamisme et du silence face aux crimes du Hamas ou du régime des mollahs.
Au Royaume-Uni et en Espagne, une partie de la social-démocratie s’est laissée entraîner dans cette dérive. Il faut avoir le courage de dénoncer la responsabilité de cette gauche. Par ses concessions, la confusion idéologique et l’exploitation de la cause palestinienne, elle a ouvert la voie à la haine des Juifs.
« Mais la machine est bien huilée. Les Juifs sont sionistes, les sionistes sont fascistes, les fascistes sont génocidaires. »
Chaque mot compte, car cette haine ne s’arrête jamais aux frontières d’Israël. Elle touche les Juifs partout, même à Sydney, où le terrorisme nous a tragiquement rappelé que l’antisémitisme tue. Mais elle frappe aussi le cœur même de nos sociétés : nos valeurs, notre mode de vie, notre liberté. Ce qui est en jeu nous concerne tous.
« Sionistes, fascistes, vous êtes les terroristes ! » Voilà ce que l’on entend depuis des mois dans toutes les manifestations dites « propalestiniennes ». L’antisionisme est à la mode. L’argument est simple : le sionisme est une forme de colonialisme à éliminer. Cette simplification de l’histoire ne dit rien de l’histoire du peuple juif, d’une émancipation arrivée trop tard, des pogroms meurtriers, d’une Shoah exterminatrice. Inscrire le sionisme dans le cadre de la décolonisation est un biais historique qui permet de se placer du « bon côté de l’histoire ». Cela parle de tout, sauf du projet sioniste destiné à l’autodétermination et à l’émancipation du peuple juif.
Selon cette interprétation, tout devient légitime : anti-impérialisme, antifascisme, anticapitalisme. Et surtout, beaucoup de pensée complotiste, sans jamais affirmer explicitement être antisémite. Comme l’a dit le philosophe français Vladimir Jankélévitch dans les années 1970 :
« L’antisionisme est une bénédiction incroyable, car il nous donne la permission — voire le droit, voire le devoir — d’être antisémites au nom de la démocratie ! L’antisionisme est un antisémitisme justifié, en somme accessible à tout le monde. C’est la permission d’être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs eux-mêmes étaient des nazis ? Ce serait merveilleux. On n’aurait plus à les plaindre ; ils auraient mérité leur sort. »
Voilà où nous en sommes.
Dès le 8 octobre 2023, nous avons assisté à une relativisation des massacres de la veille et à une condamnation du sionisme. En résumé, si les Juifs n’avaient pas été là, rien de tout cela ne serait arrivé. L’attaque ne viserait plus le peuple « déicide », mais le peuple « génocidaire ».
On n’accuse plus les Juifs de vouloir contrôler le monde, mais de vouloir contrôler la terre. Cette terre, celle d’Israël, plus petite que la Catalogne, accueille plus de la moitié des Juifs du monde dans le seul État juif de la planète. « Si vous le voulez, ce ne sera pas un rêve », disait Theodor Herzl, père du sionisme moderne, à la fin du XIXe siècle. Le sionisme est un idéal d’émancipation, un socle durable, un rempart contre la haine, une muraille contre l’extermination. Le sionisme est ce qui devait permettre aux Juifs de décider de l’avenir de leurs enfants.
Mais la machine est bien huilée. Les Juifs sont sionistes, les sionistes sont fascistes, les fascistes sont génocidaires.
À l’école, l’antisémitisme et le racisme s’expriment de plus en plus tôt : « Il n’y a plus de tabous ». Tout Juif soutenant le sionisme est coupable, tout Juif lié à Israël est condamné. L’antisionisme essentialise. L’antisionisme déshumanise. L’antisionisme oblige les Juifs de la diaspora à se positionner sur la politique du gouvernement israélien. Pourquoi ? Parce que seuls les Juifs antisionistes ont droit au soutien des nouveaux antiracistes. Les autres ne sont pas seulement responsables de la violence qu’ils subissent, ils doivent en plus rendre des comptes. Parce qu’ils sont du « mauvais côté de l’histoire ».
L’antisionisme est du révisionnisme. Le 29 novembre 1947, l’Assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 181, visant à la création d’un État juif. Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’État d’Israël.
80 ans plus tard, de l’Université Columbia à Sciences Po Paris, des réseaux sociaux aux Cortes espagnoles, des rues de Londres à celles de Barcelone, la légitimité de l’État d’Israël est non seulement remise en question, mais de nouveaux plans de partition sont suggérés. L’antisémitisme millénaire s’est transformé en haine des Juifs, puis en haine d’Israël, désormais indissociables.
Et cela sans consulter les principaux intéressés. Dans le meilleur des cas, on parle d’un État binational. Le plus souvent, dans les discours et manifestations de gauche, en France ou en Espagne, c’est une Palestine « du fleuve à la mer », effaçant la patrie juive de la carte. Pourquoi une cause devrait-elle en effacer une autre ? J’ai toujours soutenu la coexistence de deux États démocratiques. Ni antisionistes ni suprémacistes : nous reconnaissons les mêmes droits à tous les peuples.
Le 7 octobre a brisé nos certitudes. Il a changé la vie des Juifs partout dans le monde. L’antisémitisme ne peut plus rester impuni. La grande majorité des actes antisémites enregistrés à Barcelone depuis le 7 octobre 2023 ont été motivés par la cause palestinienne. Cela a commencé par des slogans lors de manifestations et des graffitis sur des lieux juifs, puis par la publication d’une carte sur GoGo Carto indiquant tous les lieux liés à cette communauté, y compris une école juive, et le dernier épisode a été la profanation de tombes dans le cimetière juif des Corts. Le fil classique, le parcours prévisible : slogan, signalement, vandalisme…
Il y a des gens de gauche, même des féministes, incapables de dénoncer le Hamas, organisation islamiste et terroriste qui n’a jamais caché sa haine de tous les Juifs, mais aussi des chrétiens et bien sûr de la démocratie. Ils ne dénoncent pas non plus sa domination violente exercée sur les femmes à Gaza. Ils oublient que les homosexuels y sont persécutés et massacrés, et que beaucoup se réfugient à Tel-Aviv, cette ville sœur et progressiste avec laquelle Barcelone a malheureusement suspendu son accord d’amitié. C’est aussi la stratégie du mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), dont l’objectif déclaré est de délégitimer Israël par son isolement dans toutes les institutions culturelles, événements sportifs ou universités. Barcelone, la Catalogne et l’Espagne ne font pas exception à cette logique absurde et dangereuse.
Nous ne pouvons pas confondre la réponse légitime d’Israël, une guerre terrible et son nombre insupportable de victimes civiles, avec le crime spécifique et unique du 7 octobre. Les vidéos filmées avec des caméras GoPro par les terroristes montrent une idéologie véritablement génocidaire, appelant au massacre et à la torture du plus grand nombre possible de civils en raison de leur seule identité juive.
Pendant que j’écris ces lignes, l’ONU n’a toujours pas condamné l’opération turco-syrienne contre les Kurdes. Les protestations contre la répression sanglante menée en Iran par les bouchers islamistes du régime des mollahs sont rares. Sans parler de la situation ignorée mais insoutenable des populations chrétiennes et musulmanes au Soudan, avec des dizaines de milliers de morts, des millions de déplacés et des atrocités. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’Israël n’est pas impliqué dans ces conflits. Il n’est donc pas nécessaire de s’indigner, d’organiser des manifestations, des concerts ou des flottilles.
No Jews, no news.
Pour que l’antisionisme ne serve plus de prétexte à l’antisémitisme, il revient à chaque État de protéger les Juifs en intégrant l’antisionisme dans sa législation comme une nouvelle forme d’antisémitisme. Il ne s’agit pas de faire taire les critiques légitimes envers les politiques d’un gouvernement israélien — et les Israéliens eux-mêmes le font très bien dans la seule démocratie du Proche-Orient — mais de condamner l’antisionisme qui frappe, qui viole, qui discrimine, qui humilie. Avant que les antisémites ne prennent le pouvoir…
© Manuel Valls
Source: The Objective
Antisionismo: el odio a los judíos y a Israel. Por Manuel Vals
«Para que el antisionismo ya no sirva de pretexto para el antisemitismo, corresponde a cada Estado incorporar el antisionismo a su ley como una forma de antisemitismo»

Ilustración de Alejandra Svriz

El próximo 2 de febrero presentaremos la Fundación Emet-La verdad en Barcelona para combatir el antisemitismo. Pero no nos equivoquemos de debate. Podrían decirnos, sobre todo desde la izquierda: «¡Pero si todos nosotros estamos en contra del antisemitismo!… estamos en contra de todos los racismos, de todas las discriminaciones. Somos gente de paz…».
¿Estáis tan seguros de eso? ¿De toda forma de antisemitismo? ¿Lo tenéis claro?
Hay muchas formas de antisemitismo. La histórica, principalmente cristiana —los judíos fueron acusados de ser deicidas por matar a Cristo—, pero también aquella basada en estereotipos vinculados al dinero.

En recuerdo de las víctimas del 13 de noviembre de 2015
Siempre ha existido, y podría llamarse antisemitismo de raíz popular. Muy presente en España, antes y después de la catastrófica expulsión de los judíos ordenada por los Reyes Católicos en 1492.
Existe otra forma de antisemitismo, basada en la identidad, en la ilusión de la pureza racial o nacional, teorizado por el francés Gobineau a mitades del siglo XIX, que, evidentemente, culminó con los nazis y el Holocausto. Este último pertenece claramente a la extrema derecha. Hay que contar esta historia, revivir los recuerdos, visitar Auschwitz, combatir el revisionismo, y es obvio para una gran mayoría de ciudadanos que debe combatirse, al igual que se combate cualquier resurgimiento del fascismo.
Pero hay también otro antisemitismo, el más poderoso hoy, verdadero tsunami global, el que mata, el que unos llaman «nuevo antisemitismo», vinculado a los acontecimientos de Oriente Próximo; muy presente en el mundo árabe y musulmán, este antisemitismo también va poniendo de manifiesto las contradicciones de la izquierda.
Resumiendo: el antisemitismo del pasado se basaba en la premisa de que los judíos, un pueblo sin Estado, eran la causa de las desgracias del mundo e incapaces de ser patriotas. Ese pueblo errante era maldito y conspiraba contra otras naciones y religiones. La judeofobia actual, expresada en nombre de la crítica a Israel y a las víctimas palestinas, se basa en la premisa opuesta: supuestamente antirracista y antinacionalista, equipara las responsabilidades judías con la quintaesencia del nacionalista, y, por tanto, del fascista.
Desde el 7 de octubre, tras el ataque terrorista de Hamás, este esquema se ha descontrolado. Las palabras «apartheid», «colonización» y «genocidio» se reivindican como consignas. Sin embargo, no tienen ningún sentido a la luz de la realidad israelí y de la guerra en Gaza. Pero su función radica en otra cosa: transformar a Israel en un Estado paria, deslegitimar su propia existencia. Nadie puede negar el horror de la guerra y las miles de víctimas civiles, utilizadas ante todo como escudos humanos por Hamás. Pero esto no es genocidio, ni en sus objetivos, ni en sus intenciones, ni en la realidad. Esto es una mentira. Repetida regularmente por muchos medios de comunicación de este país. Pero es una mentira.
A finales del siglo XX, un sector de la izquierda decide que la masa de los inmigrantes, principalmente de cultura musulmana, constituiría el nuevo proletariado. Formarían así los nuevos «condenados de la tierra», las verdaderas víctimas del capitalismo y del colonialismo occidental. La indulgencia de personalidades políticas e intelectuales hacia el régimen de Teherán, o la falta de solidaridad con Salman Rushdie, condenado a muerte por el ayatolá Jomeini, ya daban testimonio de esta deriva, que irá empeorando. En Reino Unido y Francia, la alianza entre la izquierda radical y los islamistas, en general liderados por los Hermanos Musulmanes, se afianzó gradualmente, pisoteando todas las luchas progresistas, feministas y laicas. El objetivo era conquistar un nuevo electorado. A partir del 7 de octubre de 2023, la bandera palestina y la kufiya ondearon para unir todas las causas sociales e identitarias. El llamado «palestinismo» entraña una deriva que conduce al antisemitismo, ya que el odio a los judíos y a Israel es el caldo de cultivo del islamismo, y de la omisión de denunciar los crímenes de Hamás o del régimen de los mulás. En Reino Unido y en España, una parte de la socialdemocracia se ha dejado arrastrar por esta deriva. Debemos tener la valentía de denunciar la responsabilidad de esa izquierda. A través de sus concesiones, la confusión ideológica y la explotación de la causa palestina ha allanado el camino al odio de los judíos.
«Pero la maquinaria está bien engrasada. Los judíos son sionistas, los sionistas son fascistas, los fascistas son genocidas»
Cada palabra cuenta, porque dicho odio nunca se detiene en las fronteras de Israel. Afecta a los judíos en todas partes, incluso en Sídney, donde el terrorismo nos recordó trágicamente que el antisemitismo mata. Pero también golpea el corazón mismo de nuestras sociedades: nuestros valores, nuestra forma de vivir, nuestra libertad. Lo que está en juego aquí nos afecta a todos.
«Sionistas, fascistas, ¡sois los terroristas!». Esto es lo que hemos estado escuchando durante meses en todas las manifestaciones llamadas «propalestinas». El antisionismo está de moda. El argumento es simple: el sionismo es una forma de colonialismo a eliminar. Esta simplificación de la historia nada nos dice sobre la historia del pueblo judío, sobre una emancipación que llegó demasiado tarde, sobre los pogromos que mataron, sobre un Holocausto que exterminó. Enmarcar el sionismo dentro del contexto de descolonización es un sesgo histórico que permite considerarse en el «lado correcto de la historia». Habla de todo, excepto del proyecto sionista destinado a la autodeterminación y emancipación del pueblo judío.
Según esa interpretación, todo es juego limpio: antiimperialismo, antifascismo, anticapitalismo. Y, sobre todo, mucho pensamiento conspiranoico, pero sin afirmar nunca explícitamente ser antisemita. Como dijo el filósofo francés Vladimir Jankélévitch en los años 70: «¡El antisionismo es una bendición increíble, porque nos da el permiso —incluso el derecho, incluso el deber— de ser antisemitas en nombre de la democracia! El antisionismo es antisemitismo justificado, en definitiva accesible a todo el mundo. Es el permiso para ser democráticamente antisemitas. ¿Y si los propios judíos fueran nazis? Esto sería maravilloso. Ya no habría que tener lástima; habrían merecido su destino». Ahí es donde estamos.
Desde el mismo 8 de octubre de 2023, hemos presenciado una relativización de las masacres del día anterior, 7 de octubre, y una condena del sionismo. En resumen, si los judíos no hubieran estado ahí, nada de eso habría pasado. El ataque ya no es contra el pueblo «deicida», sino contra el pueblo «genocida».
Ya no se acusa a los judíos de querer controlar el mundo, sino de querer controlar la tierra. Esta tierra, la de Israel, más pequeña que Cataluña, acoge a más de la mitad de los judíos del mundo en el único Estado judío del planeta. «Si quieres, ya no será un sueño», dijo Theodor Herzl, el padre del sionismo moderno, a finales del siglo XIX. El sionismo es un ideal de emancipación, unos cimientos duraderos, un baluarte contra el odio, una muralla contra el exterminio. El sionismo es lo que se suponía que permitiría a los judíos decidir el futuro de sus hijos.
Pero la maquinaria está bien engrasada. Los judíos son sionistas, los sionistas son fascistas, los fascistas son genocidas.
En la escuela, el antisemitismo y el racismo se expresan cada vez más temprano: «Ya no hay tabúes». Cualquier judío que apoye el sionismo es culpable, cualquier judío vinculado a Israel es condenado. El antisionismo esencializa. El antisionismo deshumaniza. El antisionismo obliga a los judíos de la diáspora a posicionarse sobre las políticas del Gobierno israelí. ¿Por qué motivo? Sobre todo, porque solo los judíos antisionistas tienen derecho al apoyo de los nuevos antirracistas. Los demás no solo son responsables de la violencia que sufren sino que también deben rendir cuentas. Porque están en el «bando equivocado de la historia».
El antisionismo es revisionismo. El 29 de noviembre de 1947, la Asamblea General de la ONU aprobó la Resolución 181, cuyo objetivo era la creación de un Estado judío. El 14 de mayo de 1948, David Ben-Gurion proclamó la independencia del Estado de Israel.
80 años después, desde la Universidad de Columbia hasta la escuela Sciences Po en París, desde las redes sociales hasta las Cortes en España, desde las calles de Londres hasta las de Barcelona, la legitimidad del Estado de Israel no sólo se cuestiona sino que se sugieren nuevos planes de partición. El antisemitismo milenario ha sido sustituido por el odio a los judíos y, actualmente, por el odio a Israel, quedando así entrelazados.
Y ello sin consultar a los directamente afectados. En el mejor de los casos, se habla de un Estado binacional. Más a menudo, en discursos y en manifestaciones de izquierdas, en Francia o en España, es una Palestina «desde río hasta el mar», borrando así a la patria judía del mapa. ¿Por qué una causa debería borrar otra? Desde siempre he apoyado la coexistencia de dos Estados democráticos. Ni antisionistas ni supremacistas: reconocemos los mismos derechos para todos los pueblos.
«No podemos confundir la respuesta legítima de Israel, una guerra terrible y su número insoportable de víctimas civiles, con el crimen específico y único del 7 de octubre»
El 7 de octubre quebró nuestras certezas. Cambió la vida de los judíos en todo el mundo. El antisemitismo ya no puede quedar impune. La inmensa mayoría de los actos antisemitas registrados desde el 7 de octubre de 2023 en Barcelona han sido motivados por la causa palestina. Aquí empezaron con los gritos en las manifestaciones y las pintadas en locales judíos, después señalaron en un mapa publicado por GoGo Carto todos los lugares vinculados a esta comunidad, incluyendo una escuela judía, y lo último a lo que hemos asistido ha sido la vandalización de tumbas en el cementerio judío de Les Corts. El hilo clásico, el recorrido previsible, el grito, la señalización, la vandalización…
Hay gente de izquierdas, incluso feministas, que son incapaces de denunciar a Hamás, organización islamista y terrorista, que nunca ocultado su odio hacia todos los judíos, pero también hacia los cristianos y, por supuesto, hacia la democracia. Tampoco denuncian su dominio violento ejercido sobre las mujeres en Gaza. Y olvidan que los homosexuales son perseguidos y masacrados, y que muchos se refugian en Tel Aviv, esta ciudad hermana y progresista con la que Barcelona desgraciadamente suspendió el acuerdo de amistad. Ésta también es la estrategia del movimiento BDS (Boicot, Desinversión y Sanciones), cuyo objetivo declarado es deslegitimar a Israel mediante su aislamiento en todas las instituciones culturales, los eventos deportivos o las universidades. Barcelona, Cataluña y España no son una excepción a esta lógica absurda y peligrosa.
No podemos confundir la respuesta legítima de Israel, una guerra terrible y su número insoportable de víctimas civiles, con el crimen específico y único del 7 de octubre. Los vídeos grabados con cámaras GoPro por los terroristas, demuestran una ideología, esta sí, genocida que pedía la masacre y la tortura del máximo número posible de civiles por su mera identidad judía.
Mientras escribo estas líneas, la ONU todavía no ha condenado la operación turco-siria contra los kurdos. Las protestas contra la represión sangrienta perpetrada en Irán por los carniceros islámicos, el régimen de los mulás, son escasas. Para no hablar de la situación ignorada pero insoportable que viven poblaciones cristianas y musulmanas con decenas de miles de muertos, millones de desplazados y atrocidades cometidas en Sudán. ¿Y por qué? Sencillamente porque Israel no está involucrado en esos conflictos. Así que no hace falta indignarse, ni organizar manifestaciones, conciertos o flotillas.
No jews, no news.
Para garantizar que el antisionismo ya no sirva de pretexto para el antisemitismo, corresponde a cada Estado proteger a los judíos incorporando el antisionismo a su ley como una nueva forma de antisemitismo. No se trata de silenciar las críticas legítimas a las políticas de un Gobierno israelí —y lo hacen muy bien los propios israelíes en la única democracia de Oriente Próximo— sino de condenar el antisionismo que golpea, el antisionismo que viola, el antisionismo que discrimina, el antisionismo que humilla. Antes de que los antisemitas tomen el poder…
© Manuel Valls

Il faut principalement que M Valls obtienne un morceau de pouvoir, en France ou en Espagne, le pouvoir purifie les ambitions prolongées