Le 23 janvier 2026, Ali Akbar Pourjamshidian, secrétaire du Conseil suprême de sécurité du régime iranien, a révélé des chiffres inédits sur l’ampleur du soulèvement populaire en Iran. Selon ses déclarations, la contestation s’est étendue à plus de 400 préfectures dans les 31 provinces du pays, avec près de 4 000 foyers de confrontation. À Téhéran seulement, une centaine de points d’affrontement ont été recensés.
Ces chiffres, émanant d’un haut responsable du régime, traduisent une situation sans précédent. Pourjamshidian a également reconnu l’attaque de 120 centres du Bassidj – la milice paramilitaire liée aux Gardiens de la Révolution – et l’incendie de 749 véhicules des forces de sécurité. Il évoque même l’usage d’armes à feu par les manifestants. Ces aveux en disent long : la peur a changé de camp.
Dans la province de Yazd, le général Gholami, commandant du Corps Al-Ghadir, a parlé d’une « violence organisée » et d’attaques ciblées contre les centres de formation de cadres militaires du régime. Quant à l’imam intérimaire du vendredi à Téhéran, Mollah Ali Akbari, il n’a pas hésité à qualifier le soulèvement de « guerre civile planifiée pour renverser le régime ». Ces mots ne sont pas seulement rhétoriques ; ils traduisent une panique palpable au sein du pouvoir.
Sans déclarer officiellement la loi martiale, le régime a instauré des couvre-feux, déployé des blindés dans les rues, et tiré sur la population avec des véhicules équipés de mitrailleuses DshKA, des armes d’ordinaire réservées aux conflits armés. Le Guide suprême, Ali Khamenei, a reconnu lui-même que « plusieurs milliers de personnes ont été tuées ». Ces faits, vérifiés par des vidéos et témoignages, attestent d’un état de guerre larvée entre le peuple iranien et un pouvoir qui ne tient plus que par la répression.
Mais cette guerre n’est pas nouvelle. Depuis 1981, les soulèvements se succèdent avec une intensité croissante : 191 villes touchées en 2019, plus de 200 en 2022, et aujourd’hui 400 préfectures en quelques jours. À chaque vague, la contestation devient plus profonde, plus déterminée, plus irréversible.
Ce qui distingue le mouvement actuel, c’est son organisation. Contrairement aux soulèvements spontanés du passé, celui-ci s’appuie sur des unités de résistance, structurées, agissant en petits groupes mobiles. Khamenei les qualifie de « jeunes naïfs » manipulés, mais ses propos trahissent une autre réalité : ces jeunes appartiennent majoritairement à la génération Z – une jeunesse qui rejette massivement les valeurs du régime, et qui ne cherche plus à réformer mais à renverser.
Ces unités, actives dans tout le pays, ont été constituées à partir de 2016, notamment autour de l’Organisation des Moudjahidines du peuple iranien. Elles mènent des actions de terrain, communiquent malgré la censure numérique, et affrontent directement les forces de sécurité. Elles incarnent une forme de résistance nouvelle, enracinée, durable.
Ce soulèvement révèle une fracture irréconciliable entre un régime militarisé, vieillissant et isolé, et une société civile jeune, informée, épuisée par la répression et la pauvreté – plus de 80 % de la population vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté, pendant que l’élite s’accroche au pouvoir et aux privilèges.
L’Iran, aujourd’hui, ressemble à un pays occupé par sa propre oligarchie. Toutes les ressources nationales sont mobilisées pour maintenir un pouvoir de plus en plus délégitimé, y compris sur la scène internationale. Le Parlement européen, par exemple, a récemment adopté une résolution demandant l’inscription du Corps des Gardiens de la Révolution islamique sur la liste des organisations terroristes – un signal politique fort.
Face à cette situation, une conclusion s’impose : le changement en Iran ne viendra ni de l’intérieur du régime, ni de tractations diplomatiques. Il viendra du peuple lui-même.
Les morts de ces derniers mois, les milliers de blessés, les innombrables arrestations témoignent du prix que les Iraniens sont prêts à payer pour leur liberté. Une liberté qu’ils ne demandent plus : ils la prennent, au risque de leur vie.
Le régime peut encore tirer, censurer, emprisonner. Mais il ne peut plus étouffer la volonté d’un peuple qui n’a plus peur.
© Hamid Enayat

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