
Photo by Quentin de Groeve / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
Après les incidents antisémites (on dit antisionistes dans la novlangue de la gauche radicale), couverts tant par LFI que par les Verts (quelle surprise), je republie mon article paru en octobre dernier qui est malheureusement toujours d’actualité. Alors que l’ordre mondial s’effondre sous nos yeux, la gauche radicale reste prisonnière du vertige antisémite dans lequel elle a sombré. Terrifiant
La dernière tentation antisémite de la gauche
«L’antisémitisme n’est pas un problème juif, c’est notre problème», écrivait en 1947 Jean-Paul Sartre, qui deviendra un quart de siècle plus tard le fondateur de Libération. La gauche, qui s’est longtemps profondément divisée sur la question, y compris au moment de l’affaire Dreyfus et, plus tard, dans l’entre-deux-guerres – contrairement à une légende tenace qui voudrait qu’elle soit réservée à la droite catholique et à l’extrême droite – l’a compris et a banni sans pitié tout antisémitisme dans ses rangs au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Celui-ci a certes perduré, mais seulement dans une fraction marginale de l’extrême gauche et sous deux formes : la critique virulente d’Israël, qui bascule parfois dans les clichés antisémites, et le négationnisme de la Shoah, comme le rappelle l’historien Michel Dreyfus (L’antisémitisme à gauche : histoire d’un paradoxe, de 1830 à nos jours, 2011, La Découverte).
L’antisémitisme est progressivement sorti des marges où il était cantonné depuis soixante-quinze ans pour nombre de raisons. L’une d’elles est le clientélisme électoral du leader de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui l’a poussé à entériner le choix stratégique de jouer les «quartiers» comme d’ailleurs s’en plaignait François Ruffin, chassé depuis du mouvement.
Le pogrom du 7 Octobre, à propos duquel Rima Hassan, la star de la liste LFI aux élections européennes de juin, a déclaré en août qu’«en dehors de la pensée hégémonique occidentale, personne ne [le] considère comme un acte de terrorisme», a comme libéré paradoxalement la parole et les actes antijuifs.
Par un glissement subreptice vers l’immonde dans une partie de l’opinion de gauche, la condamnation légitime des victimes civiles de l’affrontement avec le Hamas à Gaza s’est transformée en accusation absolument contestable de génocide, la condamnation parfaitement justifiée de Benyamin Nétanyahou et de sa clique glisse trop souvent à la récusation du droit à l’existence de l’Etat d’Israël (dont témoigne le slogan «la Palestine libre de la rivière à la mer» en manifs ou les déclarations de Rima Hassan, toujours, sur la caducité de la solution à deux Etats au profit d’un Etat unique) et l’opprobre contre les Israéliens s’est mué en chasse aux Juifs. Ainsi les Juifs sont-ils tenus pour coupables de ce que font les Israéliens et les Israéliens de ce que fait Nétanyahou, selon un mécanisme de culpabilisation collective qui nourrit le nouveau bréviaire de la haine.
L’adhésion aux préjugés antisémites a progressé
Et les actes antisémites ont suivi, comme le montrent les statistiques étourdissantes du Service de protection de la communauté juive établies avec le ministère de l’Intérieur, qui note dans son rapport 2023 que, depuis le 7 Octobre, «les actes antisémites ont augmenté en France de plus de 1 000% […]. Durant les trois mois suivant cette attaque, le nombre d’actes antisémites a égalé celui des trois dernières années cumulées». Une augmentation confirmée par la Direction nationale du renseignement territorial, selon les chiffres révélés par l’Express : alors que les Français juifs représentent moins de 1% de la population, ils concentrent 57% des agressions racistes et antireligieuses, une hausse de 192% en un an. Pis : 25% des Français juifs ont été victimes d’un acte antisémite. Pourtant, Jean-Luc Mélenchon persiste à qualifier de «résiduelle» cette haine des Juifs et souffle sans relâche à plein poumon dans le sifflet à ultrasons antisémite. Le drame est que la dénonciation de cette dérive ne fait pas l’unanimité au sein de la gauche : en témoignent, par exemple, le débat autour de la tribune initiée par Ludivine Bantigny en juin contre «l’infamie» des accusations d’antisémitisme de LFI, l’appel publié par Libération à la même date par des Juifs de gauche pour que le NFP prenne à bras-le-corps la question ou encore les difficultés rencontrées par le NFP à s’accorder sur une charte contre l’antisémitisme. Au point que Raphaël Glucksmann produira son propre texte, et déclare à l’AFP : «Il y a une explosion de l’antisémitisme, chaque formation politique doit prendre ses engagements. Il y a un problème à gauche, et dans la perception de la gauche par l’opinion.»
Pourquoi une partie de la gauche a-t-elle oublié l’avertissement de Sartre ? Est-ce pour flatter la fraction minoritaire mais bruyante de son électorat, animée de sentiments antijuifs ? En particulier parmi les musulmans, qui sont 74% à apporter leur suffrage aux listes de gauche et 62% à LFI ? La prégnance de l’antisémitisme chez les musulmans n’est pas contestable : elle est répertoriée par de nombreuses enquêtes internationales et les travaux d’éminents universitaires depuis de plusieurs décennies (notamment, en synthèse, les travaux de Günther Jikeli) mais elle paraît indicible, car on craint d’armer le bras des racistes.
La publication du baromètre 2024 produit par l’Ifop pour la Fondapol et l’American Jewish Committee (organisation de lutte contre les discriminations vieille de près de 120 ans) sur l’antisémitisme en France (1) le souligne pourtant de nouveau. La pénétration de l’antisémitisme (appréhendé à travers un indice de 24 questions) est de 38,8% chez les musulmans contre 17% pour la moyenne des Français. 59% des Français de confession musulmane contre 29% de l’ensemble de la population pensent par exemple que les Juifs ont trop de pouvoir médiatique, 55% contre 21% pensent que les Juifs ont trop de pouvoir dans le domaine politique ou 51% contre 31% qu’ils sont plus riches que la moyenne des Français. Et cette adhésion aux préjugés antisémites a progressé, parfois même fortement, depuis 2023. Comment lutter contre un phénomène si on n’ose l’énoncer ?
Ces chiffres sont également alarmants quand on observe le retour de l’antisémitisme dans les jeunes générations, notamment celles qui sont les plus politisées. Pour 6% des moins de 35 ans, la Shoah est une invention, contre 2% pour l’ensemble de la population et 0% des 65 ans et plus. L’indice de pénétration de l’antisémitisme est de 23% chez les moins de 35 ans contre 15% chez les 35-64 ans et 16% chez les 65 ans et plus. Les facteurs sont cumulatifs : si le Hamas ne suscite de la sympathie que chez 6% des Français interrogés, cette tendance atteint 14% chez les moins de 35 ans, 22% chez les Français de confession musulmane et 27% chez les moins de 35 ans de confession musulmane.
Communauté réduite au silence
Si les préjugés antisémites se retrouvent surtout chez les électeurs de la gauche de la gauche, les électeurs du Rassemblement national ne sont pas en reste, mais dans une moindre proportion : ainsi 51% des électeurs RN pensent que les Juifs sont le groupe le plus victime d’actes violents contre 27% chez ceux de LFI ; 14% contre 29% pensent qu’Israël est une entreprise raciste ; 37% contre 42% que la commémoration de la Shoah prend trop de place ; et 30% contre 58% affirment que les Israéliens sont l’équivalent des nazis. Mais la proportion de ceux qui acceptent la violence antijuive, qui est de 10% en moyenne dans l’électorat français et de 9% chez les électeurs RN, est de 30% chez les électeurs de la gauche de la gauche.
La gauche humaniste doit donc combattre les préjugés antisémites là où ils se trouvent massivement. Les dénoncer pour changer le cours des choses, ce serait, selon une partie de la gauche, faire le jeu d’un «racisme antimusulman», ce qui n’a aucun sens, une religion n’étant pas une race, mais une idéologie. Mais si on ne le dit pas, comment pourra-t-on agir pour éradiquer cette passion destructrice, avec les musulmans eux-mêmes au premier rang, dont une majorité ne partage pas ces préjugés ?
La gauche ne doit pas céder à l’intimidation des islamistes qui travaillent au corps une communauté musulmane réduite au silence par le recours au terrorisme. Bien au contraire, elle doit, notamment avec les très nombreux musulmans attachés au modèle républicain, participer à purger la théologie musulmane de ses préjugés anti-Juifs comme cela fut fait pour la théologie chrétienne. Elle doit s’interdire de jeter de l’huile sur le feu du conflit proche-oriental et des tensions intracommunautaires chez nous. Si elle doit combattre la politique du gouvernement israélien, lutter contre la colonisation des territoires et œuvrer pour le dialogue, la solution à deux Etats et la paix, elle doit aussi combattre l’antisémitisme qui s’est dissimulé sous le drapeau de l’antisionisme. 76% des Français pensent que «l’antisémitisme est un problème qui concerne la société française dans son ensemble». Sartre a gagné de ce point de vue. Il a gagné ? Oui, sauf malheureusement dans son propre camp.
(1) Radiographie de l’antisémitisme en France, 2024, Fondation pour l’innovation politique et American Jewish Committee.

C’est fou ce que nous intéressons comme monde, la gauche la droite les islamistes français, la communauté européenne l’Amérique et j’en passe , les catholiques les protestants les bouddhistes, les musulmans et pourtant nous sommes si peu nombreux….nous ne sommes pourtant ni plus riches, ni plus intelligents ni plus beaux que le reste du monde…alors je me demande..
comme le dit si bien Daniel Sibony,le partage avec(l’Etre)est une notion quidépasse leur entendement et qu’il s’agit d’un vol imaginaire bien sûr ! et qu’on impute aux juifs
Le fait de qualifier de gauche des partis d’extrême-droite islamonazie ou Eurofasciste est déjà en soi tellement aberrant. Entre Quatremer/Fourest et Melenchon/ Hassan, la différence n’est pas aussi grande que certains semblent le croire…J’ai une haine toute particulière envers tous les imposteurs qui se prétendent de gauche et sont en réalité plus d’extrême-droite que le FN. Évidemment, le PIR, la FI et le NFP (et leurs equivalents étrangers) représentent le summum absolu du Nazisme, de l’ignorance, de l’abjection. Et de l’imposture.
les partis extrémes de gauche et les partis trés à droite ce n’est pas exactement la même chose mais la haine je n’aime pas, je préfère ignorer ceux qui nous détestent.