“PERSONNE NE L’A EMPORTÉ”: L’INTÉGRALITÉ DE LA LETTRE ADRESSÉE PAR EMMANUEL MACRON AUX FRANÇAIS APRÈS LES LÉGISLATIVES. ET LES RÉACTIONS…

Le président de la République n’avait pas pris la parole depuis le second tour des législatives, marqué par la défaite du camp présidentiel et par l’absence de majorité claire, après le vote.

Trois jours après la défaite de son camp aux législatives, Emmanuel Macron prend sa plume et s’adresse aux Français, ce mercredi 10 juillet, via une lettre publiée dans la presse quotidienne régionale et dans laquelle il revient sur les enseignements du scrutin, à l’issue duquel aucune majorité n’a émergé à l’Assemblée nationale.

Le chef de l’État n’avait jusqu’ici pas pris la parole publiquement. “Conformément à la tradition républicaine, il attendra la structuration de la nouvelle Assemblée nationale pour prendre les décisions nécessaires”, avait indiqué l’Élysée dimanche soir. Depuis, le Premier ministre Gabriel Attal lui a remis sa démission, qu’il a refusée.

L’intégralité de la lettre du président aux Français

Chères Françaises, chers Français,

Les 30 juin et 7 juillet derniers, vous vous êtes rendus aux urnes en nombre pour choisir vos députés. Je salue cette mobilisation, signe de la vitalité de notre République dont nous pouvons, me semble-t-il, tirer quelques conclusions.

D’abord, il existe dans le pays un besoin d’expression démocratique. Ensuite, si l’extrême-droite est arrivée en tête au premier tour avec près de 11 millions de voix, vous avez clairement refusé qu’elle accède au Gouvernement. Enfin, personne ne l’a emporté. Aucune force politique n’obtient seule une majorité suffisante et les blocs ou coalitions qui ressortent de ces élections sont tous minoritaires. Divisées au premier tour, unies par les désistements réciproques au second, élues grâce aux voix des électeurs de leurs anciens adversaires, seules les forces républicaines représentent une majorité absolue. La nature de ces élections, marquées par une demande claire de changement et de partage du pouvoir, les oblige d’ailleurs à bâtir un large rassemblement.

Président de la République, je suis à la fois protecteur de l’intérêt supérieur de la Nation et garant des institutions et du respect de votre choix.

C’est à ce titre que je demande à l’ensemble des forces politiques se reconnaissant dans les institutions républicaines, l’Etat de droit, le parlementarisme, une orientation européenne et la défense de l’indépendance française, d’engager un dialogue sincère et loyal pour bâtir une majorité solide, nécessairement plurielle, pour le pays. Les idées et les programmes avant les postes et les personnalités : ce rassemblement devra se construire autour de quelques grands principes pour le pays, de valeurs républicaines claires et partagées, d’un projet pragmatique et lisible et prendre en compte les préoccupations que vous avez exprimées au moment des élections. Elle devra garantir la plus grande stabilité institutionnelle possible. Elle rassemblera des femmes et des hommes qui, dans la tradition de la Vème République, placent leur pays au-dessus de leur parti, la Nation au-dessus de leur ambition. Ce que les Français ont choisi par les urnes – le front républicain, les forces politiques doivent le concrétiser par leurs actes.

C’est à la lumière de ces principes que je déciderai de la nomination du Premier ministre. Cela suppose de laisser un peu de temps aux forces politiques pour bâtir ces compromis avec sérénité et respect de chacun. D’ici là, le Gouvernement actuel continuera d’exercer ses responsabilités puis sera en charge des affaires courantes comme le veut la tradition républicaine.

Plaçons notre espérance dans la capacité de nos responsables politiques à faire preuve de sens de la concorde et de l’apaisement dans votre intérêt et dans celui du pays. Notre pays doit pouvoir faire vivre, comme le font tant de nos voisins européens, cet esprit de coalition et de dépassement que j’ai toujours appelé de mes vœux.

Votre vote impose à tous d’être à la hauteur du moment. De travailler ensemble.

Dimanche dernier, vous avez appelé à l’invention d’une nouvelle culture politique française. Pour vous, j’y veillerai. En votre nom, j’en serai le garant.

En confiance. Emmanuel Macron

***

Réactions

Le chef de l’État a beau réclamer “un peu de temps” pour ce faire, les oppositions ne l’entendent pas de cette oreille. Notamment le Nouveau Front populaire qui, fort du plus grand nombre de députés (182) dans la nouvelle législature, exige de gouverner. Et d’envoyer un des siens à Matignon. Fondateur de LFI, Jean-Luc Mélenchon a fustigé sur le réseau social X un “président qui refuse de reconnaître le résultat des urnes qui a placé le Nouveau Front Populaire en tête des votes et des sièges à l’Assemblée. C’est le retour du droit de veto royal sur le suffrage universel”, a raillé l’ancien candidat à la présidentielle, qui dénonce des “magouilles” et exhorte Emmanuel Macron à “s’incliner” devant le verdict des urnes.

Invité de LCI, le secrétaire national du PCF Fabien Roussel a appelé le chef de l’État à “arrêter d’éviter le résultat” de dimanche et l’a accusé d’être “dans une forme de déni”.

La chef de file des Verts, Marine Tondelier, a rappelé qu’”Emmanuel Macron avait décidé seul de cette dissolution. Qu’il tire maintenant les conséquences de son résultat”.

Sandrine Rousseau, elle, s’en est prise à la communication élyséenne et a moqué ” une lettre de cachet au peuple pour lui dire … qu’il s’en fiche.”

De l’autre côté de l’échiquier politique – la droite nationaliste -, qui ne peut plus lorgner Matignon, on moque aussi l’initiative d’Emmanuel Macron. La patronne réélue du groupe RN à l’Assemblée nationale Marine Le Pen a ironisé sur le locataire de l’Élysée, qui “propose de faire barrage à LFI, alors qu’il a contribué à (la) faire élire il y a trois jours et grâce à qui les députés Renaissance ont été élus,” tance un “cirque indigne”.  Jordan Bardella, lui, a accusé le chef de l’État d’être “irresponsable”, et d’”organiser la paralysie du pays en positionnantl’extrême gauche aux portes du pouvoir, après d’indignes arrangements. Son message est désormais : débrouillez-vous”. 

À noter

Aucun ténor des Républicains, dont une partie souhaite un rapprochement avec le camp présidentiel pour barrer la route à une arrivée de la gauche à Matignon, n’a commenté la lettre présidentielle.

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1 Comment

  1. Depuis 7 ans, Emmanuel Macron n’est responsable de rien, se défaussant systématiquement de tout ce qui arrive sur les autres. Les élections européennes d’il y a 5 ans avaient déjà été perdues par la macronie, le RN était arrivé en tête (de peu) ; rien n’obligeait donc le PR à dissoudre l’Assemblée Nationale en 2024 sinon une bouffée d’orgueil mal placée, pour faire diversion à la grande victoire des droites en Europe. Macron n’a jamais servi les institutions (le PR est censé en être le garant et est censé les renforcer) mais se sert des institutions à son seul profit : même quand il perd, il gagne !! Personne n’a aussi mal servi les institutions de la France que ce petit personnage ! La dissolution de Macron a rimé avec diversion et manipulation !

    Dans sa “lettre”, il demande aux partis et aux Français de nettoyer la boue (je pensais davantage à un mot de 5 lettres) qu’il a lui même fabriquée. Mais qu’il assume ENFIN ses erreurs ! Les Français pourront se mordre les doigts encore trois ans de l’avoir réélu, puisque son bilan était parfaitement connu en 2022, mais il a choisi de ne pas l’assumer devant les Français, de faire campagne sur la peur et d’enjamber l’élection présidentielle.

    Le premier révisionniste de France rappelle volontiers que ce sont les électeurs allemands qui ont porté Hitler au pouvoir, mais cette thèse est historiquement fausse puisque jamais dans un scrutin, le peuple allemand n’a donné une majorité au chef du parti nazi – il représentait 36% des suffrages au sein d’une coalition, quand le Président Hindenburg (droite) élu par le peuple l’a nommé chancelier sous la pression du patronat allemand et des classes moyennes. Mais propager un mythe permet de justifier sinon de légitimer la prise de contrôle politique et les violations de la volonté des peuples qui pensent mal et qui votent mal par le gouvernement des juges. La propagation de ce mythe particulier permet aussi de comprendre l’asymétrie et le tropisme idéologiques de la gauche comme la complaisance et l’indulgence pour une extrême-gauche courtisée en permanence malgré sa violence publique, et de rendre acceptables voire inoffensives les idéologies d’extrême-gauche, grâce à un système médiatique dont la fonction est d’occulter le réel pour réécrire une réalité alternative, et dont l’unanimisme et le conformisme idéologiques posent questions, dont les relations entre les journalistes, les sondeurs et les politiques interrogent sur l’éthique du journalisme et dont le parti-pris singulier et abusif est notoirement antidémocratique.

    En revanche, l’Histoire retiendra sûrement qu’Emmanuel Macron, par son jeu de division, a fait entrer à l’Assemblée Nationale les nouveaux fascistes qui se drapent dans un antifascisme d’opérette où l’on trouve toutes les brutes (dealers, fichés S, conjoint violent, antisémites, factieux et séditieux) nécessaires aux basses œuvres de tout régime totalitaire qu’il soit macronien ou d’extrême-gauche, les deux présentant des différences de degré, mais pas nécessairement de nature.

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