Gérard Kleczewski. Ce “Monde” qui nous déçoit

Le Monde. C’est une belle idée sur le papier. Ce fut et c’est encore pour certains le quotidien français de gauche de référence, certes fondé par Hubert Beuve-Mery, qui a commencé comme Mitterrand à l’extrême-droite et n’a été résistant que sur le tard. 

C’est celui dont on attend le sérieux, l’analyse, la réflexion et l’enquête, la mise en œuvre des techniques qui ont fondé le journalisme et en ont fait un contre-pouvoir nécessaire à la démocratie. 

A commencer par des sources sérieuses, sûres et concordantes, des enquêtes de terrain solides qui s’approchent au plus près de la réalité des faits, qui s’éloignent au plus possible des propagandes et des fake news qui pullulent par ailleurs, notamment sur les réseaux sociaux… 

Mais comment faire confiance et croire dans les informations du Monde, dans ses reportages sur la France qui souffre et les Français qui doutent ou sont en colère, sur l’Ukraine confrontée à l’Ogre Russe, sur les pannes et les errements de l’économie de marché, en parallèle d’une planète et son climat qui ne tournent plus très rond, si nous constatons à ce point la désinformation permanente, la distorsion quasi-pathologique du réel, qui s’exercent dans ses colonnes au sujet du (trop) vieux conflit, dont on ne voit pas l’issue, entre Israéliens et Palestiniens ? 

Dans une presse quotidienne française où l’idéologie (de gauche comme de droite), depuis un demi-siècle, l’a toujours emporté par KO sur le sérieux de l’enquête et la recherche d’objectivité, on peut espérer à minima du phare des quotidiens de gauche qu’il soit le meilleur d’entre eux, ou si l’on veut le moins pire. 

Car il y a longtemps qu’on ne se fait pas d’illusions sur L’Humanité, à peine plus sur Libération ou La Croix… À fortiori sur Le Monde Diplomatique, fondé aussi par Beuve-Mery, et dont la ligne éditoriale a toujours été farouchement pro-palestinienne et antisioniste, ce qui est un grossier pléonasme. 

Mais Le Monde… C’est sérieux Le Monde, ça n’est pas un média putaclic, un fanzine à 2 sous… Pour un journaliste, entrer au Monde c’est le graal, le valhalla de l’étudiant du CFPJ ou de l’IPJ, l’horizon inatteignable du pigiste sans réseau d’influence… Bref, c’est censé être le sommet de l’Olympe du journalisme à la Française ! 

Las, le constat de beaucoup, dont je suis, est que, pour ce qui se passe à 4 000 km, de l’autre côté de la méditerranée, nous sommes très loin du compte. On est souvent “à côté de la plaque”, comme on dit vulgairement. 

Il n’est pas de semaine où l’on ne bondit pas en lisant tel article ou tel reportage prétendant décrire ce qui s’y passe… 

Au quotidien de la rue des Italiens, qui n’est plus rue des Italiens, on semble ne même plus chercher à donner l’illusion du sérieux de l’enquête ou de la quête d’objectivité dont je parlais. On est partisan et on l’assume. On envoie des reporters déjà de parti pris avant même d’avoir décollé de Paris. On reprend in extenso, et sans vérification, des dépêches d’agences depuis longtemps en conflit ouvert avec les autorités israéliennes et en complicité avec les agences “locales” dignes de la Pravda de la grande époque… On cite et l’on reprend allègrement les dépêches d’une Agence France Presse ayant clairement “choisi son camp” (avec la bénédiction ou l’accord tacite depuis des lustres du Quai d’Orsay). 

Alors on légende, on titre et on “chapôte” à sens unique. On maintient le même storytelling qui prévaut depuis au moins 1967. Un storytelling manichéen à outrance dont les Israéliens sont systématiquement et évidemment les gros méchants brutaux et sanguinaires, et les gentils Palestiniens de doux agneaux opprimés et asservis, victimes d’un apartheid sans nom (c’est l’Amnesty International de Mme Callamard qui l’affirme, pourquoi en douter ?). De pauvres hères abandonnés par la communauté internationale, incapable de faire respecter des kilomètres de résolutions de l’ONU depuis au moins 1979.

Des sans culotte s’opposant sur leurs terres, avec des cailloux ou au mieux des armes blanches, au joug “des Juifs”, des colons confiscateurs et persécuteurs, eux dotés d’armes de pointe, qui feraient passer les oppresseurs que nous fûmes en Algérie pour de doux amateurs. Un syndicaliste moustachu n’a-t-il pas récemment slalomé entre les snipers de Tsahal, qui l’ont raté – c’est dire s’ils sont nuls !-? 

Mais se plaindre auprès du Monde de ce traitement univoque et simplificateur d’une situation des plus complexes et des plus douloureuses (des deux côtés) paraît aussi peu utile et efficace que demander à Twitter de retirer des tweets racistes, xénophobes, homophobes ou antisémites. Cela semble mission impossible ! 

Car d’où parlons-nous, camarades, comme on disait en 68 ? De notre inconfortable position de Juifs Français, ou plutôt de Français Juifs, qui pour la plupart sommes allés plus d’une fois en Israël et y allons encore, y avons de la famille : Nous y voyons ce que Le Monde ne voit pas, et inversement. 

Parce que nous sommes qui nous sommes, notre crédibilité et notre légitimité pour nous plaindre, ou simplement nous étonner, du travail journalistique réalisé par le quotidien dont les propriétaires actuels s’appellent Xavier Niel, Madison Cox, Matthieu Pigasse, Daniel Kretinsky (qui a aussi renfloué Libé) et le groupe Prisa, sont jugés nulles, aveuglés que nous serions par notre sionisme sans nuances, réel ou supposé. 

Nous voilà sommés de nous taire, de laisser faire “ceux qui savent”.

C’est bien mal nous connaître ! 

© Gérard Kleczewski

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1 Comment

  1. Je vis très bien en ne lisant plus Le Monde, je fais de temps en temps un essai ici ou là, mais cela m’est devenu impossible, moi qui aime tant lire les journaux !

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