Sarah Cattan. A Eric Zemmour. Myriam, Arié, Gabriel, Ilan, Sarah: des Français enterrés en Israël

Au cimetière de Givat Shaul, à Jérusalem. En mémoire de Jonathan Sandler, Arié Sandler, Gabriel Sandler, Myriam Monsonégo, assassinés à Toulouse le 19 mars 2012, victimes du terrorisme islamiste et de la haine antisémite

Eric Zemmour ayant, dans son livre-programme “La France n’a pas dit son dernier mot”, écrit parmi moult constats basés sur le réel et maintes élucubrations : La famille de Mohammed Merah a demandé à l’enterrer sur la terre de ses ancêtres, en Algérie. On a su aussi que les enfants juifs assassinés devant leur école confessionnelle de Toulouse seraient, eux, enterrés en Israël. Les anthropologues nous ont enseigné qu’on était du pays où on est enterré,  osant ainsi, pour les besoin de son raisonnement, l’indigne et odieux rapprochement entre un Merah et ses petites victimes juives : Assassins ou innocents, bourreaux ou victimes, ennemis ou amis, ils voulaient bien vivre en France, faire de la garbure en France, ou autre chose, mais pour ce qui est de laisser leurs os, ils ne choisissaient surtout pas la France, étrangers avant tout et voulant le rester par-delà la mort.

Les anthropologues ont dit : on est du pays où on est enterré

Les anthropologues ont dit : on est du pays où on est enterré, répète ad nauseam Zemmour.


Il nous paraît impossible de ne pas répondre à celui qui, pour nous convaincre de la désagrégation française, de la défrancisation de la France, ose ce rapprochement abject.

Nous sommes d’abord allés pour ce faire voir un peu du côté de l’anthropologie que le polémiste brandit en guise d’argument d’autorité.

Dans Le lieu d’enterrement des personnes nées hors de France, Claudine Attias-Donfut et François-Charles Wolff étudient le lieu d’enterrement qu’envisagent les personnes nées hors de France : une enquête[1] montre que la question du futur lieu d’inhumation ne suscite pas l’indifférence, les déterminants du choix d’être enterré en France ou au pays d’origine étant multiples et complexes, les auteurs notant qu’à durée de migration égale, les musulmans souhaitent toujours plus que les autres être inhumés dans leur pays d’origine.

Il est noté plus loin que si le désir d’accomplir les rituels religieux dans de bonnes conditions peut inciter à préférer une inhumation au pays d’origine, le choix peut également être contraint par des considérations liées aux conditions des obsèques et des sépultures : la rareté des cimetières musulmans en France est avancée comme explication.

Les auteurs précisent que la question n’est pas spécifique aux musulmans et concerne des immigrés de toutes les confessions ou sans confession, se pose dans le cadre international ou national, et ne date pas d’aujourd’hui : L’importance accordée par les individus à ce que sera le lieu de leur enterrement peut être essentielle, ce lieu ayant une portée à la fois symbolique, imaginaire et réticulaire.

Les auteurs avancent des hypothèses inspirées de la littérature anthropologique sur la mort et sa ritualisation :  les préférences pour les lieux d’inhumation mettraient en jeu trois grandes catégories de facteurs : le rapport au territoire (les attaches affectives et sociales au pays d’origine et en France), l’appartenance religieuse et le rapport à la famille.

Ils avancent encore une façon d’être entre soi : Les parentèles se rassemblent, les familles se regroupent et bénéficient de l’ hospitalité dans sa terre » (Le Grand-Sébille et Zonabend, 2004, p. 971) : Celui qui est parti accomplit ainsi symboliquement son désir de garder sa place et celle de sa famille au sein de son groupe social d’origine, en choisissant de reposer au côté de ses morts.

Est encore avancée comme explication que la migration risque d’ interrompre l’inscription dans la terre de la chaîne des générations si l’on considère que reposer en nouvelle terre d’accueil consacre la rupture avec le passé et ses morts, et à l’inverse, reposer auprès des ancêtres et marquer ainsi la fidélité au passé familial risque de couper l’individu des générations vivantes, celles de l’avenir : les migrants dont la descendance est fixée en France peuvent ainsi se trouver confrontés à un dilemme.

Les auteurs notent que les originaires du Maghreb souhaitent en majorité avoir leur sépulture au pays d’origine : qu’ils soient natifs du Maroc, d’Algérie ou de Tunisie, près de 6 enquêtés sur 10 expriment cette préférence, et que si les musulmans souhaitent dans 68% des cas une inhumation dans leur pays d’origine, les chrétiens autres que les catholiques et les protestants, les migrants sans religion sont ceux qui souhaitent le plus massivement être enterrés en France, les juifs souhaitant très rarement être enterrés au pays d’origine (1,9 %) et préférant en grande majorité une inhumation en France ; lorsqu’ils choisissent un pays autre que la France ou le pays d’origine, cet autre pays est généralement Israël, choisi soit parce qu’ils y ont de la famille proche, soit par attachement personnel.

Tout cela étant considéré …

Tout cela étant considéré, rappelons au Polémiste-peut-être Candidat que si dans le cas du terroriste, qui assassina au nom d’Allah et de sa haine pour la République française, nous n’allons certainement pas chicaner quant au degré de francité du barbare, dans le cas  de Myriam, Arié, Gabriel et leur père Jonathan, enterrés en Terre d’Israël comme le furent Ilan, Sarah Halimi ou encore les victimes de l’Hyper Casher, il s’agit de Français Juifs que la France n’a pas su protéger de leur vivant comme elle ne saurait protéger leur sépulture.

Tous ceux-là, Français, y exerçaient ou yétaient scolarisés: Jonathan Sandler enseignait à l’Ecole Ozar-Hatorah de Toulouse et dispensait des cours à Bordeaux. Sarah, Docteur et Directrice de crèche, avait des projets. En France. Ilan, comme Yohan Cohen, Yoav Hattab, Philippe Braham ou François-Michel Saada.

Oui Ils reposent en Israël où leur tombe ne sera pas profanée. Oui ils reposent en Israël tels des Juifs desquels la France aurait oublié la nationalité. Oui toute la famille de Sarah Halimi vit désormais en Israël.

Abjects sont les propos de celui qui prétend décerner des Certificats de “bons Français”, et même de “Français” tout court, et qui pour ce faire n’a pas reculé devant la pire des ignominies.

Enquête publiée sur Cairn.info le 01/06/2017

https://doi.org/10.3917/corp1.011.0035


[1] Enquête co-financée par la CNAV, le FAS, l’Arrco et l’Agirc, la MSA et la Caisse des mines et réalisée sous la responsabilité de Claudine Attias-Donfut, avec la collaboration de Rémi Gallou et Alain Rozenkier. À l’Insee, Guy Desplanques, Daniel Verger et Catherine Borrel y ont notamment participé.

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4 Comments

  1. Zemmour se noie dans sa quete de francité . Oui nous les juifs algeriens avont eté elevés dans cet amour immoderé de la France , mais nous sommes nés juifs avant que de naitre français et la France nous l a rappelé a chaque occasion possible , et le peuple juif n est pas une communauté religieuse assujettie au courage fluctuant des dirigeants de l hexagone mais un vrai peuple qui renait de ses cendres et des trahisons des peuples .
    Zemmour a peut etre compris l histoire de France , mais il n a rien compris a l histoire de son peuple .

  2. Cette affaire démontre la propension de Zemmour de raconter n’importe quoi lorsque ça l’arrange.
    Cela n’étonnerait que ceux qui le connaissent mal.

    Zemmour, ce n’est pas compliqué, raconte n’importe quoi souvent.
    Sa technique consiste à raconter une rafale de n’importe quoi qui ne laisse à ses interlocuteurs le temps de réfléchir et vérifier. Ensuite, il passe à autre chose.

    MAIS dès que l’on vérifie on constate que ses élucubrations ne résistent pas à l’analyse.
    Son adoration immodérée de Bonaparte en est un exemple parmi d’autres.

    S’agissant de sépultures en Israël de juifs nés en France : nous savons que c’est une minorité négligeable ; la quasi-totalité se font enterrer en France ; les « carrés juifs » aux cimetières en témoignent.

    La sépulture en Israël des enfants (et du rabbin) de Toulouse victimes de Merah est liée à leur statut de victimes, morts car juifs.
    C’est un cas particulier dont on ne peut tirer aucun enseignement général.

    Pourtant Zemmour, toujours approximatif, toujours propagandiste, détourne cette affaire pour les besoins de sa démonstration.
    Quand je pense que ce charlatan arrive à convaincre et non des moindres…

  3. Zemmour cet inconnu !
    Il faudra patienter pour avoir un aperçu de sa personnalité profonde.
    Face à Macron demandant pardon à l’Algérie pour le “crime contre l’Humanité” commis à son encontre par la France du fait de la colonisation, Zemmour saura peut-être mieux évaluer la situation du passé, comparée au présent, et laver du même coup le linge sale cumulé entre Français et Algériens depuis la décolonisation.

  4. Le maitre des choses et des hommes a dit
    “Homme souviens toi que tu es né de la poussière et que tu retourneras à la poussière”
    Alors qu’importent les élucubrations de Zemmour ?
    Que la paix de Dieu soit sur tous ceux qui nous ont quitté , quelque soit la terre où ils dorment .Amen

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