Valérie Toranian. De quoi le Hamas est-il le nom ?

Tirs de roquettes depuis Gaza. Samedi 15 Mai. Photo Ismael Mohamad

Cause nationale du monde arabe dans les années 1960, le mouvement palestinien est devenu au fil du temps une cause islamiste. La domination idéologique du Hamas, groupe terroriste islamiste lié aux Frères musulmans , qui prône dans sa charte la destruction pure et simple d’ Israël, (sans parler des prises de position négationnistes sur la Shoah), en est l’illustration. 

Constitué en opposition au Fatah et à l’Autorité palestinienne, le groupe terroriste incarne, depuis les années 2000, auprès de la jeunesse palestinienne, le nouveau front du refus : ses combattants veulent continuer le combat jusqu’à la mort ou l’expulsion du dernier Juif hors d’Israël.

À Gaza, ils sont les maîtres. Leur idéologie est un mélange d’islam radical, d’éducation antisémite des masses, de positions jusqu’au-boutistes. Ils reçoivent soutien et armement principalement du Qatar et de la Turquie, pays liés aux Frères musulmans dont ils sont proches. Ils ont aussi bénéficié du soutien de l’Iran, dont le programme politique comprend toujours la destruction d’Israël.

Plébiscités par les Palestiniens en réaction à la corruption scandaleuse du Fatah (tout en étant eux-mêmes très corrompus…), ils conduisent leur peuple dans une impasse politique en refusant tout compromis territorial. Les Palestiniens ont droit à un État. Ils méritent une élite qui croit en eux et qui les conduit à une solution politique. Mais qui veut vraiment, au sein des mouvements palestiniens (à part quelques intellectuels), assumer le choix de discuter avec Israël, de faire des concessions, de normaliser des relations, d’imaginer un avenir régional sinon harmonieux du moins apaisé ? Sûrement pas le Hamas. Encore moins depuis que l’islamisme est devenu un enjeu mondial pour déstabiliser les démocraties occidentales. Le conflit israélo-palestinien fait partie des chiffons rouges qu’on agite, lorsque c’est nécessaire, pour enflammer la rue musulmane, lui faire oublier qu’elle vit sous la coupe réglée de dictateurs, de profiteurs ou d’islamistes qui ont besoin d’alimenter en permanence la machine anti-occidentale pour faire oublier leurs propres turpitudes. Qui, parmi les États arabes, veut sincèrement faire avancer le processus de paix ?

Il y a quarante ans, le soutien aux Palestiniens était le ciment du monde arabe. C’est fini. La bataille qui secoue le monde musulman est désormais entre sunnites et chiites. Les Accords d’Abraham en 2020 , qui normalisent les relations entre Israël, les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Soudan et le Maroc (après la normalisation avec l’Égypte et la Jordanie), est d’abord la consécration d’un axe sunnite anti-chiite, anti-iranien. Succès diplomatique de Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, , ces accords ne font quasiment pas allusion au conflit israélo-palestinien et soulignent simplement une vague volonté commune de faire avancer le processus de paix. Paroles pieuses. Au point que certains observateurs arabes avaient dénoncé un « enterrement de la cause palestinienne ». L’islamisme digère et avale toutes les causes régionales à son profit.

Les nombreuses occasions de paix manquées ont conduit Israël à une position de plus en plus dure en interne. La droitisation de la société est une réalité. Les groupes ultra-nationalistes font et défont les alliances au sein de la Knesset. Impossible de former un gouvernement sans eux. Ils pèsent de tout leur poids. Leur influence grandissante est aussi la conséquence d’une impasse. Avec qui négocier, comment négocier ? Benyamin Netanyahou a beau jeu de se draper dans l’inflexibilité. Les progressistes libéraux sociaux-démocrates des années 1970-1980, ceux qui tendaient les mains, sont devenus inaudibles.

Depuis quelques jours, une pluie de roquettes tirées depuis Gaza par le Hamas se déverse sur Israël.

L’armée israélienne répond par des bombardements sur Gaza. À l’origine de l’escalade : des tensions à Jérusalem-est, des rassemblements et des manifestations réprimés, comme souvent en période de ramadan. Mahmoud Abbas, chef de l’Autorité palestinienne, qui vient de reporter une énième fois les élections dans les territoires, tant il redoute de perdre face au Hamas, détourne l’attention de ses troupes. L’esplanade des Mosquées ayant été fermée par l’armée, il appelle à l’insurrection. Le Hamas prend le leadership militaire de la riposte en lançant un déluge de roquettes sur Tel-Aviv, Lod, Ashdod, Ashkelon, Rehovot, Ramat Gan, Givatayim, Jérusalem. Si la technologie sophistiquée du « Dôme de fer » ne permettait pas à l’armée israélienne de neutraliser une grande partie des roquettes, le bilan civil serait tragique.

Malgré les avertissements de l’armée israélienne avant les frappes, les victime sciviles sont nombreuses. Le Hamas installe le plus souvent ses positions dans des immeubles de civils dont il se sert comme boucliers humains. C’est ainsi que deux cents Palestiniens au moins ont été tués. 

Dans les villes mixtes où cohabitaient Arabes et Israéliens, on assiste à de véritables pogroms sur les quartiers juifs : synagogues et commerces brûlés, désignation des maisons juives par les habitants arabes, pillages. Des scènes qui rappellent les heures noires de l’expulsion des Juifs d’Égypte. Sauf que cela se passe en Israël… La violence appelant la violence, des Juifs d’extrême droite ont aussi attaqué des Arabes. Mais dans ces mêmes villes, preuve que Juifs et Arabes partagent les mêmes peurs et aussi les mêmes espoirs, des manifestations mixtes pour demander la paix ont aussi eu lieu. Les colombes ne sont pas toutes mortes.

Cet embrasement tragique n’est pas qu’une nouvelle page d’un conflit israélo-palestinien inextricable. C’est aussi un épisode de la guerre que livre l’islamisme à l’Occident. Israël est une démocratie. La seule dans la région. Tellement démocrate que son scrutin proportionnel, qui l’oblige à faire des alliances complexes, paralyse la vie politique depuis des années !

Notre compassion doit aller à toutes les victimes. Mais ne nous trompons pas d’adversaires… Dans cette guerre livrée à la démocratie par des organisations terroristes islamistes qui rêvent de torpiller les mécréants et le mode de vie occidental, une même civilisation nous lie. Et doit être défendue.

© Valérie Toranian

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