Le Grand Rabbin de France aujourd’hui à Nancy veut « redonner place à l’espérance »

Haim Korsia, le très charismatique Grand Rabbin de France, donne une conférence ce samedi à Nancy. Il n’élude aucun des sujets brûlants qui ébranlent la société.

« Les réseaux sociaux ont montré la part incompressible de haine qu’il y a dans la société » dit Haim Korsia, Grand Rabbin de France . Photo Patrice SAUCOURT

Vous êtes à Nancy au moment où on rend hommage aux victimes de l’Hyper Cacher, et où se tient le procès du tueur du musée juif de Bruxelles. Quelques mois après que le Premier ministre a alerté sur la hausse des actes antisémites. Êtes-vous inquiets de cette résurgence ?

Le Premier ministre a en effet dit que cette hausse était grave et importante. Depuis Anatole France, on sait que l’antisémitisme est le reflet de quelque chose d’autre dans la société. En 1899, Anatole France écrivait : « la maladie de l’antisémitisme qui ne prend pas sur les peuples robustes s’attaque aux nations malades ». Je crois que c’est très vrai. On est dans un monde qui a perdu son bon sens, son sens commun. Mais il y a tant à espérer en même temps ! Et je voudrais nuancer en précisant que la hausse tient aussi au fait que systématiquement ces actes sont dénoncés et qu’il y a plainte. Donc il y en a plus.

Tout acte contre quelqu’un pour ce qu’il est est insupportable. Même s’il n’y en avait que 500 par an, ce serait 500 de trop !

Le mouvement des gilets jaunes est accusé d’une certaine dérive lui aussi

Au départ, ce mouvement avait la légitimité de vouloir exprimer un véritable mal être. Et puis il y a eu cette quenelle, et sur les réseaux sociaux tant de haine antisémite s’est déversée. Il y a deux jours une avocate a fait un post pour dénoncer la cagnotte de la honte en soutien au boxeur. Elle a eu plus de 300 messages antisémites haineux. Les réseaux sociaux ont montré la part incompressible de haine qu’il y a dans la société. Je me demande s’ils sont l’exact reflet de la haine de l’autre ou bien s’ils amplifient quelque chose.

Le mouvement des gilets jaunes a exprimé une vraie souffrance. Aujourd’hui c’est le chaos…

On peut entendre cette souffrance. Mais quand le but n’est pas de progresser mais de bloquer le fonctionnement du pays, ça pose problème. On voit bien la connivence incroyable avec les partis extrémistes. Il y a un vrai risque à attiser la haine. Un responsable politique comme un responsable religieux doit proposer une offre d’espérance. Je suis déçu par certains politiques.

Est ce que les religions ont leur place dans le débat ? Leur audience n’est-elle pas trop faible ?

Nous ne sommes pas les seuls à porter la parole d’espérance. Des politiques l’ont fait. Il faut écouter les poètes comme Apollinaire ( lire encadré ), les artistes, ceux qui proposent de s’élever. C’est par le dialogue et par l’humain qu’on en sortira. Regardez comme les religions dialoguent entre elles !

Finalement, vous êtes un optimiste !

On a commencé cette conversation en parlant de l’abomination de la tuerie de l’Hyper Cacher, du Bataclan. Eh bien, le 6 janvier, j’étais au mariage du fils d’une des victimes de l’Hyper Cacher. La vie est plus forte. C’est elle qu’il faut choisir, plutôt qu’une forme de nihilisme profond. Le Talmud dit qu’il faut « réparer les brisures du monde », il faut commencer à réparer l’homme.

Propos recueillis par Monique RAUX, estrepublicain.

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4 Comments

  1. “En 1899, Anatole France […] On est dans un monde qui a perdu son bon sens…”
    Au Moyen-Âge, en pleine domination de l’Église catholique, les Juifs étaient réputés deïcides et égorgeurs de petits chrétiens.
    À l’époque de généralisation de la théorie des luttes de classes, c’étaient des banquiers et usuriers affameurs du prolétariat.
    Puis, après Hitler devenu la honte indépassable, la “cause” palestinienne fut la “divine surprise” qui rédima l’antisémitisme.
    Ce monde eut-il jamais, au moins sur la question de l’antisémitisme, son bon sens ? Y a-t-il tant à espérer ?

    La “part incompréhensible” d’antisémitisme, si elle est, sur les réseaux sociaux, révélée plus qu’ailleurs, est présente partout. Y compris chez les GJ. La légitimité (ou non) des revendications, l’écoute de cette souffrance ne doivent pas rendre sourd ou innatentif ; les fins de mois difficiles et le désir d’améliorer son sort n’excusent pas ce qui n’est de toutes façons pas des “dérives”, mais l’expression de cette part incompréhensible et permanente.
    Celle-ci n’est pas le symptôme d’une perte de bon sens d’une société. Elle est./ Non part incompréhensible chez tous, mais incompréhensiblement présente chez certains.

    Garder l’espoir ne réside pas dans le mariage d’enfants de victimes (???), mais dans notre lucidité, notre vigilance et notre pugnacité.

  2. Malgré tout mon respect, un rabbin qui adopte la posture du christianisme naïf et souffrant, ce n’est vraiment pas rassurant. L’heure est gravissime et le temps du pardon, de la soumission , de la contrition, c’est complètement décalé. Il est plutôt devenu urgent de créer des milices pour défendre ce qui reste à défendre.

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mardi 29 septembre 2020