Shimon Mercer-Wood, le visage métissé d’Israël, par Matthieu Richard-Molard

“Si tous les pays du monde se réunissaient pour dire que Deauville est la capitale de la France, l’accepteriez-vous ?” (France Info, 8 décembre 2017).

Shimon Mercer Wood, porte-parole de l’ambassade d’Israël en France depuis l’été dernier, impressionne par son omniprésence médiatique (son fil Twitter signale chacune de ses interventions) ainsi que par un ton particulier. L’originalité de son histoire familiale et de son parcours personnel interpellent.

Mariage mixte

Shimon Mercer Wood est issu d’un couple mixte. Son père, Philip , ghanéen, est entré en Israël en 1965 en suivant son oncle, nommé ambassadeur du Ghana en Israël. Lorsque la guerre éclate en 1967, Philip Mercer-Wood prend la décision de rester  alors que tous prévoient la destruction de l’Etat, “pour ne pas abandonner le peuple juif”.  Enthousiasmé  par le “miracle” de la victoire israélienne , il se convertit au judaïsme et s’engage dans Tsahal. Il a combattu lors de la guerre du Kippour.

La mère de Shimon Mercer-Wood, Margalit Fliegelman, est issue d’une famille roumaine de Transylvanie. Ses parents nés en Europe sont décédés en Israël. Herman et Eleonora Fliegelman, les grands-parents paternels de Margalit, sont morts à Auschwitz en juin 1944.

Tradition et ouverture

Shimon Zvi Mercer-Wood est né en 1982. Il a suivi les cours du Lycée Hartman à Jérusalem,  un établissement religieux orthodoxe dépendant du Shalom Hartman Institute qui prône la conciliation d’un “respect profond de la tradition” avec ‘un “engagement en faveur de la tolérance” et dont l’enseignement s’efforce de promouvoir “une société égalitaire ne tolérant ni discrimination ni violence”. Le fondateur de l’institut, le rabbin-philosophe David Hartman, décédé en 2013, a été partisan très tôt de la solution des deux Etats, voulait faire de l’établissement un endroit “ouvert aux religieux et aux laïcs, aux Juifs et aux Arabes“.

Le jeune diplomate a étudié un an durant à la Yeshiva Ma’ale Gilboa. établie au sein du kibboutz religieux du même nom, dans le nord d’Israel. Cette institution orthodoxe affirme également son engagement en faveur d'”une société israélienne démocratique et pluraliste” et sa volonté de combiner “dévotion à la Torah” et “implication dans la vie israélienne moderne”: en témoigne notamment l’obligation faite aux étudiants d’effectuer leur service militaire, ce que refusent les ultra-orthodoxes.

Le directeur de la yeshiva, le rabbin Yehuda Gilad,  a été député à la Knesset au début des années 2000 pour le compte du parti Meimad, allié au parti travailliste, et formé de religieux engagés en faveur du processus de paix.

Partisan du  désengagement de Gaza, il a fait partie en 2009 d’une délégation venue offrir des Corans aux habitants d’un village arabe dont la mosquée avait été incendiée. Il s’est exprimé en 2013 contre l’expulsion de demandeurs d’asile africains en Israël.

Après des études de relations internationales au Royaume-Uni, (master de la London Business School), Shimon Mercer Wood a été en poste à New Delhi, Londres et New York avant de rejoindre Paris. Il a suivi un second cursus en philosophie et s’est lancé l’an dernier à Paris dans un projet de thèse sur “Les fichiers mentaux en tant que base pour l’individuation et l’établissement de référence des groupes non-arbitraires”.

Des liens étroits avec l’Afrique 

Shimon Mercer Wood a effectué son premier séjour au Ghana, pays d’origine de son père, en 2009 en tant que membre de la direction Afrique de la chancellerie israélienne, avec le ministre nationaliste Avigdor Lieberman. Il y séjourne depuis régulièrement, soulignant son attachement à la relation entre Israël et l’Afrique, qu’il rapporte à la volonté de Theodore Herzl de voir l’Etat juif œuvrer à l’émancipation du continent.

En 2017, il a accompagné au Ghana un groupe de journalistes afro-américains intéressés par l’action d’Israël  en faveur du continent: il s’agissait également pour lui de lutter contre les sentiments anti-israéliens au sein de la communauté noire américaine, attisés par des discours “hypocrites, malhonnêtes et fallacieux”.

Colombe ou faucon?

Malgré un parcours empreint de modération, Shimon Mercer-Wood  n’a pas tout d’une colombe. Début 2016, alors affecté au consulat général d’Israël à New York, il postait sur Facebook une photo le montrant en compagnie de l’intransigeant  John Bolton. Quand ce dernier fut nommé conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, il modifiait cette publication avec pour l’heureux élu une bénédiction aux accents bibliques.

Matthieu Richard-Molard

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