Finkie, mets-nous des smiley, sinon on pige pas, par Sarah Cattan

Va falloir remettre de l’ordre dans tout ça. Moi, qui fus et qui suis toujours amoureuse des belles lettres, voilà que je me mets à écrire de plus en plus mal.

Mes lecteurs se lâchent à leur tour et me répondent Ah que il est grave bien le papier sur Fatiha. T’as Finkie qui à présent parlerait comme Houria Bouteldja et puiserait, damned, dans son lexique, alors évidemment, arrive ce qui devait arriver : alors qu’à moi c’est juste une lectrice furibarde qui m’écrit Sarah Cattan Bon sang faites un effort Apprenez à écrire, Finkielkraut, lui, il nous a mis un de ces bazar avec ses non-souchiens qu’étaient de surcroît pas venus dire au revoir à Johnny. Quoi pendant ce temps t’as Rokhaya Diallo qui affirma impunément qu’il n’y avait pas lieu de s’apitoyer sur les journalistes de Charlie et l’autre, Boniface, qui demandait qu’on arrêtât de le bassiner avec les morts du Bataclan ? Ben oui. L’une qu’a failli être élue de la République. L’autre, Directeur de l’IRIS. Et puis Finkie, académicien quand même. Enfin : pas pour longtemps, à Dieu ne plaise, prient ses détracteurs. Les sans humour. Les non-comprenants. Les de mauvaise foi. Vous savez, ceux qui dans un même tweet, tout à fait à propos d’autre chose, par exemple une débâcle au foot, veulent dans un même élan la mort de Finkie, mais de préférence dans un tir groupé avec celle de BHL et puis celle de Raphaël Enthoven. Au diable l’avarice.

Finkie donc. Encore lui. Il le fait exprès, Alain, me dites pas le contraire. Avec sa pote Elizabeth, ils en ratent pas une. Et après il s’étonne qu’on lui fasse un procès Zemmourien.

Allons y voir. Es-tu, Alain, le gros raciste qu’ils disent tous. Pis ? Es-tu, comme je l’entends depuis 6 jours, en plein naufrage, ceux qui l’affirment assurant que chez Ruquier récemment tes mains tremblaient et tout et tout Bref T’aurais pris un sacré coup de vieux d’un coup d’un seul et tu serais devenu Tatie Danielle et moi j’aurais rien vu. Ah que t’aurais prononcé les pires ignominies racistes en toute impunité et on parlerait de ça jusqu’au Canada où Mathieu Bock-Côté s’est fendu d’un papier titré Finkielkraut, voilà l’ennemi ! Obligé qu’il fut de monter au créneau pour te défendre depuis ta saillie que les non-souchiens avaient brillé par leur absence lors de l’hommage rendu à Johnny. Au Québec carrément quoi. Bock-Côté, il dit que l’indignation médiatique serait avant tout un prétexte pour faire de toi un paria. Il dit qu’à gauche de la gauche, on scruterait sans cesse tes propos à la recherche de ce que le système médiatique nomme un dérapage, histoire de justifier ta mise au pilori pour quelques jours. De te discréditer moralement. De te transformer en infréquentable.

Bock-Côté, il écoute ta critique subtile et mélancolique de la modernité et il dit qu’on prend pas la peine de te lire, attendant simplement le moment où on pourra te lyncher pour de bon. On ? Il parle des patrouilleurs zélés du politiquement correct. De ceux qui distribuent sans cesse les contredanses idéologiques.

Allons y voir. Déjà, t’étais encore sur RCJ, et tu répondais encore à Elisabeth Lévy. Et ça, y en a, ils aiment pas. Comme d’hab, ils en vinrent, ceux-là, sur les réseaux sociaux, à ta judéité. Disant que t’étais qu’un sioniste. Qui œuvrais pour sa communauté. La plus extrémiste. Ceux qui n’acceptent pas que la France leur échappe. Regarde. Y en a même qui ressortent Gilles Bernheim, histoire de dire que toi aussi t’aurais menti sur tes diplômes. Que tu serais rien qu’un  escroc, comme… Oui ! Comme DSK, BHL, et tous ces gens qui sont partout. Quoi tu comprends pas ? Tu crois que moi je comprends tout ce que je lis ?

De surcroît, t’es allé te mêler d’une passion dont tu expliquas toi-même ensuite qu’elle t’était totalement étrangère. Moi je dis que bien sûr que t’étais pas obligé d’aimer Johnny pour être légitime, analyser la communion populaire autour de lui et en déduire qu’elle révélait aussi les failles de la communauté nationale. Parce que t’as dit quoi, au juste ? En gros, t’as osé dire que Johnny, ben la France issue de la diversité, de l’immigration, les non-souchiens quoi, ben Johnny, cette France-là, elle n’en avait rien à foutre. Cette France qu’avait pas été bercée par Retiens la nuit et dont les parents, shame, ne furent pas yéyé. T’as fait dans l’ironie, et tu imaginais que tous, là, ils allaient piger et sourire. T’avais zappé tes ennemis de toujours, qu’allaient illico dégainer et te faire un mauvais procès en racisme, trop contents qu’ils étaient que tu leur apportes sur un plateau de quoi te trucider. Tu les avais zappés, la police de la pensée et les milliers de délateurs qui la composent. Gamin va. Et naïf de surcroît : tu imaginais qu’ils allaient piger le deuxième degré.

Pardon ? Tu dis pour ta défense que Joffrin et Bussereau n’ont rien dit d’autre ? Parce que tu crois que c’est un argument, ça. Tu nous as déclenché une énième tempête et demain l’Académie va te destituer comme d’ailleurs Blanquer radiera Fatiha Boudjahlat des rangs de l’Education nationale Vu qu’un clown et des flics s’y sont mis tous ensemble et exigent.

Wouaaaaaaa. Comment que c’est devenu la France. Le coup du buzzzzz La petite phrase arrachée à son contexte et postée sur les réseaux sociaux Et hop que je te fasse une pétition exigeant que tu sois viré de l’Académie française tellement tu nous mets la honte. Tu dis quoi ? Tu dis que c’est David Nakache qui l’a lancée et qu’il est de Mediapart ? Et alors ? T’en a même qui ont dit que tu osais aller dans l’espace public pour penser notre temps. Ben ouai quoi. Ça t’avait pas suffi l’accueil qui te fut fait à Nuit Debout alors. Et même que tu m’avais obligée à monter au créneau ?

Moi je dis que tu sais pas encore bien comment elle est dure la vie sur les réseaux sociaux Et toi tu persistes Tu veux aller. Parler. Donner ton avis. Tout ça parce que t’es philosophe. Académicien. Pourtant tu savais. Tu savais que les censeurs, ils aimaient pas comment tu causais. Surtout les nouveaux, tu sais, les censeurs islamogauchistes.

Arrête de me répéter que la foule était blanche ce jour-là. Moi je sais J’avais remarqué hein Et puis d’autres aussi Et même qu’on avait tous noté qu’aucune vitrine n’avait été brisée. Toi tu en déduis que les souchiens étaient entre eux. Eh ben fallait pas le dire. Pourquoi ? Parce que. Là où toi tu pointas un séparatisme culturel qui se creusait toujours plus, des communautés juxtaposées qui ne communiquaient pas entre elles, la police a entendu que c’était un raciste qui parlait. Un réac. Un ami du FN. Un pote de Zemmour.

Pire encore. T’as opposé le petit peuple des petits blancs aux non-souchiens. T’as fait doublé perdant. Tu m’as vexé les susceptibles du peuple blanc, et t’as donné des armes à ceux qui ont déduit de tout ça que qui n’était pas blanc n’était pas de souche. Tu m’as divisé même tes potes les intellectuels, obligeant Ruffin chez Bourdin à te remettre lâchement en place, celui-là à dénoncer ta bourde, et cet autre ta dernière chronique fracassante. T’as celui-là qui croit que t’as ouvert un concours et qui prédit qu’à ta mort ben y aura juste Tel Aviv derrière toi et les autres qui te traitent de pyromane social. Juste là pour mettre de l’huile sur le feu. J’ai lu des trucs drôles. Pour exemple celui-là qui écrit Je comprends pas pourquoi il fallait se déplacer pour la mort de Johnny, l’autre qui a compris que s’intégrer en France c’était être fan de l’idole des jeunes et celui-là  qui s’est mis à chercher pour de vrai les bikers noirs et les fans arabes. Sans les trouver.

Heureusement, Alain, y en a des, ils ont compris. J’en sais même un qui, me devançant et se référant à Saint Ex qui disait qu’il n’y avait rien à attendre d’une mission manquée, adapta et conclut qu’il n’y avait rien à attendre d’un auditoire d’abrutis.

Alain. Toi, t’as été obligé de te défalquer en rappelant que, fils de polonais, t’étais pas souchien. T’as essayé de leur expliquer que tu t’étais borné à constater ce que la mort de Johnny avait révélé, elle aussi : la fragmentation de la France en plusieurs communautés. Qu’une société multiculturelle était forcément une société multi conflictuelle.

https://youtu.be/uQWyFuxoTVE

 

Tu sais quoi Alain ? Moi je propose qu’on leur reposte la chronique en cause. Ils l’écouteront en entier. Et même qu’ils auront en prime le texte de Proust que tu lis au début. Ils t’entendront dénoncer le divertissement devenu roi. Ils comprendront peut-être que tu dis qu’à force de mélanger les genres, y compris dans la culture, ça confine à l’hérésie. Que faire un parallèle entre les obsèques de Hugo et celles du chanteur n’avait pas de sens. Ils verront bien que ne nous chantes que la fausseté du prétendu vivre-ensemble qui n’est en réalité que du vivre-à-côté. Que le lien social eh ben on l’a pas vu. Que la substitution de la culture par le divertissement n’a pas la vertu fédératrice qu’on veut lui prêter.

https://youtu.be/hYcdqK5NBzk

J’ai un pote qui me dit que c’est peine perdue. Que tu causes à des qui, la tronche prise entre trois écrans – smartphone, TV, console – peuvent pas piger. Tu veux les sauver, dis-tu, d’une décérébration complète ? Merci d’avoir essayé.

Moi j’ai la solution. La prochaine fois, tu mets une flèche. Ou tu préviens : attention, ironie. Ou tu ajoutes un smiley ! Un emoji clin d’œil. Comme Burgat, le pote à Ennasri, qui en met partout, lui ! Ou encore tu mimerais, à l’oral, des guillemets avec les doigts : bref tu livrerais le sous-texte de tes chroniques. Ça leur évitera ces grossiers contresens. Que maintenant tu causerais comme les Indigènes. Te fatigue pas à leur répéter que t’as voulu faire qu’une reprise parodique négative de la rhétorique indigéniste : ils pigent pas. L’ironie ? Ils savent pas. Ce procédé de style qui consiste à affirmer le contraire de ce l’on veut faire entendre ? Dans le but de railler de surcroît ? Et y aurait un décalage entre ce que t’as dit et ce qu’il fallait comprendre ? Et pourquoi tu leur parlerais pas tant que tu y es de la fonction didactique de l’ironie ? Te fatigue pas : les hystériques antiracistes, ils veulent que tu la rendes, ton épée, et puis c’est tout. Tu leur fiches la trouille : les voilà qui se demandent si l’excès de lecture et d’écriture t’auraient pas abimé Ils ont peur que ce serait contagieux, le truc. Tu dis quoi ? Qu’à disqualifier la personne, on tuerait le débat ? Ben voilà. T’as pigé, toi. Mais tu prêches dans le désert et eux, ils te comparent à un vieux monsieur terrorisé dominé par ses émotions, ses passions tristes. Ils savent pas que tu as, des années durant, hurlé contre l’ignoble expression indigéniste pour désigner les Français blancs. C’est comme ça : t’as lui qui sait son Rimbaud et te compare à un noyé pensif et l’autre, l’insupportable et prétentieux Askolovitch, qui écrit à ton propos que c’est triste, l’égarement d’un homme.

Moi, je vais te dire un de tes mérites : t’es un révélateur de la bêtise la plus crasse. Et après tout, si le prix à payer est l’invraisemblable vindicte que l’on sait, cette tempête dont tu parles, au moins au passage ils auront entendu parler dans le poste de Jean Moulin et Germaine Tillion. Et puis je vais te dire merci car grâce à toi, j’ai appris que t’avais fait ce qu’on appelle en anglais un stylised fact, un fait stylisé au sens où il sert à esquisser un débat et à délivrer un message. Et ce message n’était que ça : la France d’aujourd’hui et la France des années 1960 et 1970 n’avaient rien à voir.

Mais pense aux guillemets. T’as une pensée complexe et ça l’fait pas. Ils vont te mettre dans le grand sac fourre-tout, avec Onfray, Zemmour, Polony and C° : celui des néo-réacs.

Sarah Cattan

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