En Israël, auprès des soldats, l’engagement de Leonard Cohen

Tel Marilyn auprès des GI’s en Corée, le chanteur est allé remonter le moral des troupes israéliennes en pleine guerre du Kippour. Un indice rare de sa judéité.leonard_cohen_israel_guerre_kippour

Ce n’est pas un hasard si Leonard Cohen a demandé au chœur de la synagogue de Montréal de l’accompagner dans You Want it Darker, le morceau le plus connu de son dernier album qui passe d’ores et déjà pour son testament musical. Car le chanteur se sentait profondément juif. Ses grands-parents étaient ultra-orthodoxes et il a, dans sa jeunesse, longuement étudié les saintes écritures ainsi que les préceptes de cette religion.

«C’était un gars un peu spécial, du genre renfermé avec une vie intérieure intense, raconte le chanteur israélien Matti Caspi, qui l’a fréquenté. Il se savait juif et vivait le judaïsme à sa manière, hors des sentiers battus. En tout cas, il ne voulait pas qu’on l’emmerde à tout bout de champ avec ça, parce que sa judéité faisait partie de son intimité. Il refusait d’en faire un argument de vente ou un sujet de débat.»

«Surréaliste»

Leonard Cohen ne s’étendait pas davantage sur son rapport à Israël, où il ne s’est pas produit très souvent. Pourtant, l’une de ses apparitions a fait sensation puisqu’elle a eu lieu en octobre 1973, en pleine guerre du Kippour. A l’époque, surprise par une offensive éclair égypto-syrienne destinée à récupérer les territoires conquis par l’Etat hébreu durant la guerre des Six Jours (juin 1967), l’armée israélienne est passée au bord du gouffre. Elle a failli craquer. De nombreux artistes israéliens et étrangers se sont alors mobilisés pour effectuer bénévolement des tournées à l’arrière du front afin de doper le moral des troupes. Et Cohen en faisait partie.

«Je l’ai rencontré alors que je me trouvais dans le désert du Sinaï, raconte Nehamia Parodi, un électro-mécanicien alors chargé de réparer les blindés endommagés par les roquettes égyptiennes. Un soir, vers la fin de la guerre, notre section a reçu l’ordre de se rendre devant un camion stationné à l’arrière et on s’est retrouvé nez à nez avec Cohen, qui s’est mis à chanter des ballades accompagnées de sa guitare. C’était complètement surréaliste, je ne comprenais pas comment moi, le plouc de Kfar Shalem [une banlieue défavorisée de Tel-Aviv, ndlr], pouvais me retrouver face à un mec aussi connu au milieu de nulle part. On a un peu discuté, il nous a posé des questions sur la guerre, et il est reparti en nous souhaitant de rester en vie. Lorsque j’ai raconté ça à ma famille en rentrant en permission, ils ne voulaient pas me croire.»

Prières

A tort ou à raison, il se dit en Israël que Cohen a été ébranlé par sa tournée sur le front et qu’il a (un temps du moins) gardé le contact avec des combattants qu’il avait croisés sur le terrain.

En tout cas, en 1974, quelques mois à peine après la fin de la guerre, Cohen a composé Who By fire, que l’on retrouve sur son album New Skin for The Old Ceremony sorti la même année. Cette chanson s’inspire de l’une des prières que les fidèles récitent avec ferveur à l’occasion de Yom Kippour, la fête du «grand pardon», qui est aussi la plus sacrée du judaïsme. Dans la foulée, il a également composé There Is a War qui est, elle, directement inspirée par ses pérégrinations dans le Sinaï ravagé par les bombardements.

Nissim Behar

Source liberation

 

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