Nacht und Nebel, par Pascale Davidovicz

Les déportés condamnés à disparaître

dans la nuit et le brouillard.

Nuit et Brouillard d'Alain Resnais
Nuit et Brouillard d’Alain Resnais

Je ne suis pas historienne, et même si j’en connais beaucoup sur le sujet, entre autre parce que  mon père était juif et résistant, je me suis appuyée sur le site du Ministère de la Défense et à sa Direction de la Mémoire, du Patrimoine et des Archives, que je loue et remercie.
Cet article est donc ma contribution à ce jour de commémoration de la libération du camp d’Auschwitz.
C’est en France, en mai 1941, peu de temps après l’ouverture du camp d’extermination de catégorie III Natzwiller-Struthof dans le massif vosgien qu’Hitler trouve le prétexte politique pour justifier de nouvelles mesures répressives contre les  auteurs d’une série d’attentats visant les soldats et les installations de la Wehrmacht en France.
La réflexion du Führer aboutit à la publication des décrets dits NN (Nacht und Nebel Erlaß).
La réflexion du Führer aboutit à la publication des décrets dits NN (Nacht und Nebel Erlaß).

Le premier, en date du 7 décembre 1941 est une suite de cinq directives rédigée par Hitler lui-même, présentant les principes généraux de l’action à entreprendre : « Avec le début de la campagne de Russie, des éléments communistes et d’autres milieux germanophobes ont intensifié leurs attaques contre le Reich et contre la puissance occupante. L’étendue et le caractère dangereux de ces menées imposent, pour des raisons d’intimidation, les mesures les plus rigoureuses à l’égard de leurs auteurs ».
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Les deux autres, datés du 12 décembre et à l’initiative du maréchal Wilhelm Keitel, sont, d’une part, une réaffirmation de la volonté politique du Führer, d’autre part, une première ordonnance d’application.
Ces trois textes constituent un ensemble indissociable instaurant un statut spécial pour tous les opposants à la force d’occupation qui représentent un danger pour la sécurité de l’armée allemande et constituent des ennemis du Reich :
Saboteurs, communistes, opposants politiques, responsables de réseaux, agents parachutés…
Un débat anime les historiens sur l’origine des termes Nacht und Nebel et sur la genèse des événements qui se succèdent entre l’automne 1941, quand Hitler fixe l’adoption du décret, et le 7 décembre 1941, lorsque le maréchal Keitel y appose sa signature.
Les initiales peuvent désigner plusieurs choses : Non Nemo (personne) ou encore Norge und Nederland (Norvège et Hollande) où la loi est d’abord appliquée pour être ensuite étendue aux Luxembourgeois, aux Belges et aux Français par ordonnance de Keitel, en juin 1943.
Mais, c’est plutôt dans L’Or du Rhin, l’opéra de Richard Wagner, qui jouit de l’admiration de Hitler, que l’on trouve le sens communément admis de ce symbole :
Sur la scène, deux personnages dont l’un lance une malédiction à l’autre : Nacht und Nebel gleich ! («Nuit et brouillard tout de suite !»).
Et aussitôt la forme humaine du personnage maudit disparaît dans une colonne de fumée.
L’appel, dessin de Rudolf Naess, déporté NN norvégien.
L’appel, dessin de Rudolf Naess, déporté NN norvégien.

C’est dans une colonne de fumée que disparaîtront les prisonniers NN soumis aux pires conditions au camp de Natzwiller-Struthof, et dans d’autres lieux d’internement, de déportation et d’extermination, comme déjà en Autriche, en Tchécoslovaquie et en Pologne.
Dès leur arrivée au camp, les prisonniers NN sont distingués des autres prisonniers ; les lettres NN, aux couleurs vives, rouge ou jaune selon les catégories, sont peintes sur leurs vêtements, les exposant particulièrement aux sévices des gardiens SS ou des kapos, et des prisonniers de droit commun désignés comme surveillants des déportés.
Rien ne leur sera épargné : la faim, le froid ou la chaleur torride, la maladie, l’épuisement et la mort rarement évitable.
Leurs rations alimentaires sont moindres, les soins infirmiers inexistants, les sévices permanents, les exécutions sommaires et la communication avec les autres détenus interdite.
Ils sont employés aux pires travaux exténuants de terrassement ou d’exploitation de carrières, parfois totalement inutiles.
Ces résistants meurent sans gloire, ni sépulture, au nom d’une dignité niée que nous avons à cœur de leur donner.
Qu’ils aient été français de souche ou pas, chrétiens, musulmans ou athées, juifs étrangers ou français devenus apatrides par les lois de Vichy, arméniens, polonais ou que sais-je, ils ont tous donné leur vie pour une seule cause : la Liberté !

NN comme NeiN et plus comme Nacht und Nebel.

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers, dans ces wagons plombés, chantait Jean Ferrat, né Jean Tenenbaum, dont le  père sera assassiné à Auschwitz.
NoN à l’oubli.
NoN au révisionnisme.
NoN à l’impossibilité d’enseigner la Shoah dans les écoles.
NoN au galvaudage du terme génocide.
NoN à l’amalgame.
NoN à la résignation.
NoN à la passivité.
NoN à la perte de nos valeurs démocrates, laïques et républicaines.
Ecoutez dans vos cœurs les cris et les violons de nos chers disparus, quelle que soit leur origine, et regardez leurs dessins.
Ils nous ont transmis un message.
Pascale Davidovicz
Sources : MINISTÈRE DE LA DÉFENSE – DIRECTION DE LA MÉMOIRE, DU PATRIMOINE ET DES ARCHIVES – Collection « Mémoire et Citoyenneté » n° 36
 

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