Pascal Simbikangwa, négationniste

Pascal Simbikangwa, condamné pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité au Rwanda, affirme ne pas avoir vu un seul cadavre.

 Cela nous rappelle quelque chose.

 Dès que j’ai lu les déclarations de Pascal Simbikangwa, j’ai immédiatement pensé à celles des nazis et de leurs collaborateurs traduits en justice, et principalement à celles d’Adolf Eichmann, lors de son procès à Jérusalem.
Ce samedi 15 mars, la cour d’assises de Paris a condamné à 25 ans de prison le rwandais Pascal Simbikangwa pour sa participation au massacre des Tutsi et des opposants Hutu qui fit plus de 800 000 morts entre avril et juillet 1994.

 simbikangwa

La plaidoirie d’un de ses avocats reposait sur la crédibilité des témoignages et l’absence de victimes à la barre.
Difficile de venir témoigner quand on vous a coupé en morceaux à la machette !
Comme il était difficile de venir témoigner quand on vous avait réduit en cendres !
Sans compter que, comme l’a évoqué l’avocate des parties civiles, les témoignages des témoins sont fragilisés par la peur et la pression exercées.
Adolf Eichmann se réfugiait derrière ses lunettes de petit fonctionnaire zélé, comme Pascal Simbikangwa, ancien capitaine de la garde présidentielle, reconverti dans la police politique, se réfugie derrière son fauteuil roulant, où il est cloué depuis un accident de la route en 1986.
A en croire ces assassins, ils n’étaient que des maillons de la chaîne.

Adolf Eichmann

Cependant, si Adolf Eichmann prétendait se contenter de compter les trains de déportation que l’on pouvait mettre à la disposition du Reich et du nombre de personnes qu’ils pouvaient contenir, Pascal Simbikangwa a admis, sans une certaine jubilation, connaître mieux que personne, les rouages politiques, sécuritaires et militaires de l’Etat rwandais, maîtriser les médias et être l’œil et l’oreille de personnalités de premier plan.

Pascal Simbikangwa,

un négationniste qui fait encore trembler.

Le nom de Pascal Simbikangwa a été cité dans le rapport d’une mission internationale d’enquête au Rwanda dès 1993, puis dans l’ouvrage « Complicité de génocide » publié en octobre 1994 par François-Xavier Verschave, ancien président de Survie, l’association qui regroupe les rescapés du génocide.
L’examen du parcours de Pascal Simbikangwa démontre son rôle dans l’aspect planifié et le développement de la répression à l’encontre des Tutsi et des opposants Hutu.
Il s’est rendu régulièrement aux « barrières » pour encourager les miliciens extrémistes (Interahamwe) à massacrer les Tutsi et pour leur fournir des armes, notamment dans le quartier de Kiyovu à Kigali.
Mais il prétend n’avoir vu aucun cadavre à Kigali, qui a compté pourtant plus de 100 000 morts, que l’on voyait passer dans trois camions bennes par jour.
Parce que le massacre planifié d’une population visant à l’éradiquer sous quelque prétexte qu’il soit, ethnique, politique ou religieux, est un génocide, la Revue d’Histoire de la Shoah, de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, a édité en 2009 « Rwanda, quinze ans après penser et écrire l’histoire du génocide des Tutsi » que je vous recommande.
Kigali salue la condamnation, mais n’oublie pas la responsabilité européenne dans la création d’une race supérieure.
Si la France est pointée du doigt pour son rôle dans le génocide, la responsabilité en revient surtout aux colonisateurs allemands et belges qui, sans rien comprendre à la société rwandaise, la scindèrent en Tutsi et Hutu.
Les Tutsi seraient plus grands, plus clairs de peau, plus beaux et meilleurs dirigeants.
Ce sont eux qui auront accès à l’enseignement et aux responsabilités.
C’est cette distinction factice, mise en place par les colonisateurs, qui va les condamner.
Le Ministre de la Justice rwandais, Johnston Busingye, a rendu hommage au système judiciaire français, pourtant soupçonné de protéger les suspects de génocide, d’avoir permis ce procès symbolique.
En effet, de nombreux présumés génocidaires rwandais qui ont trouvé refuge en France vont connaître des nuits moins paisibles désormais.

«De l’espoir pour les dossiers qui restent »

« Cela donne de l’espoir pour les dossiers qui restent », a déclaré Alain Mukuralinda, le porte-parole du procureur général du Rwanda.
Même si, comme le lieutenant-colonel français Robardey, présent au Rwanda entre 1990 et 1993, certains officiers français réclament  que soit aussi pris en compte les crimes commis contre les Hutu, et tentent de minorer le rôle de la France dans le génocide rwandais, il n’en demeure pas moins que la France a livré des armes aux génocidaires.

Le vrai visage des assassins au mieux de leur forme.

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Pascal Simbikangwa lorsqu’il servait dans la Garde républicaine © DR

 

Pascale Davidovicz 
Sources : www.rfi.frwww.lemonde.frleplus.nouvelobs.com
 

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