Israël à la conquête du ciel et de l'espace par Maxime Perez

Au moment où pays alliés et russes gonflent leurs muscles en Méditerranée,

l’Etat hébreu n’est pas en reste :

il a procédé cette semaine au lancement d’un missile exo-atmosphérique

et d’un satellite de communication.

Perspectives régionales

maxp
Maxime Perez

Mardi 3 septembre. Il est 8h16 (heure de Paris) quand le radar d’alerte avancé Voronej, basé à Armavir – au sud de la Russie -, détecte le lancement de deux missiles balistiques tirés «de la partie centrale de la Méditerranée vers la côte est». Moscou, affolé, croit à une attaque surprise des Etats-Unis contre la Syrie, peut-être menée par sa 6ème flotte. Le ministre de la Défense, Sergueï Choïgou, informe sans tarder le président russe Vladimir Poutine, commandant en chef des armées. Aucune explosion n’étant signalée à Damas, l’hypothèse retenue est alors celle d’un tir de leurres destiné à tester les défenses antiaériennes du régime d’Assad.
L’événement, en d’autres circonstances, serait sans doute passé inaperçu. Mais les tensions régionales actuelles ont contraint le coupable à se démasquer : Israël. A Tel Aviv, le ministère de la défense reconnait avoir procédé à un essai du système antimissile Arrow-3 (« Flèche »), développé conjointement avec les Etats-Unis qui financent la plus grande partie de ce programme. D’après le communiqué, un missile « Blue Sparrow » simulant la trajectoire d’un projectile ennemi a été tiré par un avion F-15 afin d’éprouver la capacité des radars israéliens à le détecter et à le suivre. «Tous les éléments de ce système ont fonctionné conformément à leur configuration opérationnelle», explique l’armée israélienne, soucieuse de dédramatiser la situation.
Israël, en revanche, ne dit pas avoir lancé de second missile, identifié avec certitude par les autorités russes. Secret défense oblige. Le tir en question correspond au missile intercepteur Arrow-3 – vraisemblablement effectué depuis un navire de guerre -, à même de compléter un futur bouclier de défense antimissile américain en Europe. Présenté en 2010, il a été spécifiquement conçu pour contrer des armes de destruction massive (WMD) et permet, théoriquement, de neutraliser un missile en plusieurs phases, bien avant que celui-ci ne pénètre dans le territoire israélien.
A l’inverse de ses prédécesseurs 1 et 2, le nouveau système présente comme particularité de pouvoir modifier sa trajectoire en cours de vol. De nouvelles technologies l’aident à opérer une meilleure traque des missiles balistiques dès leur lancement : les drones d’observation Heron équipés de sondes infrarouges, les radars « Pin vert » et « X-Band » dont les périmètres de balayage sont extrêmement puissants. L’ultime avantage du Arrow-3 réside enfin dans ses capacités exo-atmosphériques. Il peut accomplir de très longues distances dans l’espace et constitue une réponse à la menace posée par les missiles balistiques iraniens de type Shihab 2 et 3.

AMOS-4 est dans l’espace

amos4sztelite5
Quelques jours auparavant – le 1er septembre -, les industries aérospatiales israéliennes (IAI), fleuron de l’industrie militaire, plaçaient en orbite le satellite de télécommunications AMOS-4 depuis un lanceur russe situé au Kazakhstan. Contrairement aux tirs d’essai en Méditerranée, la manœuvre s’est cette fois déroulée dans un relatif anonymat. Le succès est pourtant retentissant pour Israël : AMOS-4 serait le « plus grand et le plus sophistiqué » des satellites de communications du pays. Fabriqué pour un coût de 365 millions de dollars, il assurera d’ici deux mois les télécommunications DHT, VSAT et Internet sur les territoires de la Russie, du Moyen-Orient et de l’Asie centrale et du Sud-Est.

yaakovperi
Yaacov Peri,

Les responsables militaires israéliens sont restés muets sur ce lancement. Seul le ministre de la Science et de la Technologie, Yaacov Peri, a expliqué que les questions relatives à l’espace étaient « essentielles pour la sécurité d’Israël ». Pour l’Etat hébreu, la suprématie technologique dans l’espace est appelée à devenir l’élément déterminant de la guerre du futur. Ses activités spatiales remontent aux années 1970 avec le développement d’infrastructures destinées à la recherche et l’exploration en haute sphère. En 1988, Israël entre officiellement dans le club des puissances spatiales. Ofek lui permet même de devenir le 9ème pays au monde à lancer un satellite avec son propre lanceur.
Objectif Lune: Space IL veut faire d'Israel la troisième puissance
Objectif Lune:
Space IL veut faire d’Israel la troisième puissance

Vers le milieu des années 1990, sous la direction de l’Agence spatiale israélienne (ISA), plusieurs programmes militaires s’accélèrent. Le 5 avril 1995, le satellite Ofek-3 est lancé en direction de la Méditerranée depuis la base de Palmahim. Ce succès offre à Tsahal un tout premier satellite de reconnaissance, équipé de multiples capteurs et crédité d’une durée de vie dans l’espace de six ans minimum. Il permet au passage à Israël d’accroitre le fossé technologique avec ses pays voisins.

Israël, puissance spatiale

agencespacialisrael
IAI (Israel Aerospace

L’Etat hébreu dispose aujourd’hui de trois satellites de reconnaissance militaire : Ofek-5, Ofek-7 et Tack SAR, tous conçus par l’IAI (Israel Aerospace Industries) et d’envergure classique. Lancés respectivement en 2002 et 2007, Ofek 5 et Ofek 7 présentent la particularité d’être placés en orbite rétrograde, de sorte que leurs débris, en cas d’échec, ne puissent retomber en territoire hostile et révéler des secrets de fabrication. Véritable chef-d’œuvre technologique, Ofek 7 est doté de caméras d’une résolution inférieure à 50 centimètres. A cette panoplie s’ajoute le Tack SAR, placé sur orbite en 2008 depuis le centre spatial de Sriheikkota en Inde. Pesant tout juste 300 kilos, ce satellite est supposé surveiller l’évolution des installations nucléaires iraniennes.
Au cours de cette même période, Israël a enregistré le lancement de plusieurs satellites de télécommunication couvrant tout le Moyen-Orient et utilisables aussi bien à des fins civiles que militaires. En 1996, le premier d’entre eux, AMOS-1, est placé en orbite géosynchrone à 36 000 kilomètres d’altitude. AMOS-2 le rejoint en 2003, suivi par AMOS-3, le 28 avril 2008. L’industrie spatiale israélienne développe enfin EROS, une nouvelle série de satellite d’observation à très haute définition. Lancé en 2006, EROS-B est stationné à 480 kilomètres de la Terre. Son positionnement sur une orbite synchrone par rapport au soleil en fait un excellent instrument de veille stratégique.
Cette dynamique spatiale devrait activement se poursuivre au cours des prochaines années. Depuis janvier 2010, l’armée de l’air israélienne a choisi de concentrer ses efforts sur les microsatellites dont le lancement s’effectue à partir d’avions. A la fois légers et de petite dimension, ces engins ont la capacité de pouvoir recueillir des informations dans un laps de temps très court et sur des cibles extrêmement précises. Outre l’avantage opérationnel qu’ils présentent en étant déployés à une distance plus rapprochée de la terre (300 km), les microsatellites consolident un peu plus l’expertise israélienne en matière de technologie spatiale. L’entreprise Rafael, qui développe actuellement plusieurs gammes de satellites pesant moins de 120 kilos, a été désignée pour mener à bien ce projet militaire qui doit aboutir en 2015.
 Maxime Perez
 

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*