Peut-on critiquer Israël. La vieille rengaine. La même posture, par Sarah Cattan

Peut-on critiquer Israël. Oh comme elle est récurrente la chanson Le refrain  La rengaine dirais-je. La question,  d’ordinaire, elle est toujours posée … à un Juif, as-tu remarqué, Lecteur.

Richard Kenigsman – DR

La question, d’ordinaire, elle est toujours posée par un coupeur de cheveux en quatre. Un enculeur de mouches. Un gaucho. Un  Pascal Boniface. Un de tes potes dont l’obsession  israélienne te questionne encore. Un  Juif. Un Juif honteux, comme tous on en connaît. Un Juif de gôôôôche.

Toi aussi, Lecteur, on doit te la poser, La question de savoir s’il est possible de dialoguer sur les excès d’Israël sans perdre ton amitié, et si je t’en parle aujourd’hui, c’est que La Question, j’la comprends pas. 

La Question, j’la comprends pas.

Tant, si tu es de bonne foi, si tu as un zeste de cohérence, d’objectivité, la dose élémentaire d’honnêteté, La question ne devrait  pas se poser : ne peut-on pas a priori tout critiquer, l’esprit critique (du grec κριτικός : qui discerne) étant par définition la disposition d’une personne à examiner attentivement une donnée avant d’en établir la validité, et le discours idéologique ne devant pas être en cause dès l’instant où l’émetteur de bonne foi ne l’utilisera pas. Lecteur ? Je cite là Karl Popper.

Ces précautions oratoires étant posées, Oui et encore Oui On peut critiquer Israël et même on le doit : dites-moi donc à quel titre l’Etat hébreu devrait être absous de toute critique : depuis le Pentateuque, les Juifs ont gaspillé des dizaines de  siècles à critiquer les interprétations successives de leurs prédécesseurs . Pensaient-ils, Lecteur, nos poseurs de questions, qu’ils s’arrêteraient à partir de 1948 ? 

Critiquez Israël à loisir. N’omettez pas de mentionner ses incontestables succès économiques : j’en prendrai pour exemple celui de l’industrie militaire israélienne, le plus récent en date concernant  la  compagnie RADS Ltd qui fournira désormais les chars M1-Abrams de l’armée US avec le système ASPRO[1] : juste une armure supplémentaire, Trophy, un système considéré comme la meilleure protection de blindés qui fût. Je te le concède, Lecteur, voilà un presque non-événement, Rafael Ltd fournissant des solutions défensives à l’armée américaine depuis plus de vingt ans déjà.

Venons-en au sujet qui taraude encore et toujours ceux qui posent et reposent La question : ce qu’ils veulent, tous, c’est le droit de critiquer le Gouvernement Netanyahu sans passer pour autant… pour un traitre.

C’est que moi, je ne m’étais point encore aperçue que le dit Gouvernement avait échappé à ce jour à la critique. Tout Gouvernement, quel qu’il soit, est critiquable. La chose doit être valable aussi pour Israël : L’ONU ne se gêne pas.

On peut, en toute objectivité, estimer que Ben Gourion himself se soit parfois trompé. Poursuivre en querellant ardemment pour savoir si oui ou non Rabin a été roulé dans la farine par Arafat et Clinton. On peut gloser sur le manque d’envergure de nombre de Premiers ministres. Sur la corruption devenue denrée banale dans la sphère politique aussi. Mais concéder qu’il ne  s’agît guère ici d’une spécificité israélienne.

L’exercice de la critique, Tout un art

En somme, acter que se livrer à l’exercice de la critique est tout un art.

Instruire par exemple le procès de Netanyahu. Mais ne pas se tromper ou faire mine de se tromper : s’agit-il en effet du procès de sa politique ou alors de le cibler, ce corrompu, comme tant d’autres. Veut-on instruire le procès d’un système : celui du libéralisme et du capitalisme, ou s’agit-il d’une exécution morale. Ou encore … des deux.

Lecteur, tu admettras que cela n’a rien à voir. Qu’il faut annoncer la couleur. Qui, de toutes façons, tel le nez de Pinocchio, se voit.

Tirole, Picketty et Schumpeter

Allons-y pour le procès d’un système. Mais en actant ce dont conviennent notre Prix Nobel d’économie , Jean Tirole, et même, tout à fait à sa gauche, Thomas Picketty : le capitalisme est  un système efficace , voire le seul qui puisse amener la prospérité. Joseph Schumpeter, économiste génial, en publiant Le capitalisme peut- il  survivre ? répond dès la première ligne de son texte : Non , je ne crois pas qu’il le puisse.
Pourquoi ? En raison de sa cruauté et de son efficacité qui vont ensemble.

S’en réjouir. Ou pas. Débattre. Acter la complexité de la chose. La laisser aux économistes. Choisir le bon bulletin à glisser dans l’urne.

Ce qu’on ne peut pas faire, ce qui frise l’incompétence, si ce n’est une certaine malhonnêteté, consiste dans le fait de se livrer à un réquisitoire larmoyant et attribuer au seul Bibi le grand malheur de ces jeunes couples obligés de se loger en banlieue. Gloser sur la cherté des produits alimentaires . Se demander avec une naïveté confondante s’il ne faut pas baisser la TVA de 10 points sans comprendre que les cartels de la distribution confisqueraient illico la plus grande partie de la baisse. Estimer qu’il y a tout à gagner à faire jouer la  concurrence. Accentuer, de facto, le libéralisme, afin que sautent les verrous. Admettre objectivement que c’est ce que s’évertue à obtenir Moshe Kahlon. Ministre du même Netanyahu.

Qu’il est aisé de défendre les pauvres et d’endosser la posture du bien-pensant

Reconnaître, même si ça fait mal, qu’au Venezuela le socialisme a fait d’un pays pétrolier une zone où règnent pauvreté et famine.

Chercher. Trouver des exemples concrets de réussite de cette utopie. Citer un pays où ont triomphé bonheur et égalité.

Concéder, et même déplorer, que l’on n’en trouve guère. En  France, ceux qui ont fait un pas vers la terre promise du socialisme, ont dû vite rebrousser chemin : Fabius remplace  Mauroy et Valls occupe le poste de Ayrault et Macron applique une politique de droite que ne désavouent ni Juppé ni Sarkozy. LA POLITIQUE EST L’ART DU POSSIBLE , Bismarck l’avait bien dit !

Accepter que s’il est aisé de se poser en défenseur des pauvres, il n’en demeure pas moins que cela a la couleur d’une posture pour le moins grotesque.

S’offusquer ? Et puis rentrer. Retrouver le cocon douillet de son appartement.

Remettre ça sur la table au sujet des Territoires perdus. Chantés. Dénoncés par ceux qui n’y ont jamais mis les pieds mais qui assurent détenir la clé du problème. Privilégiant les postures indignées et les formules empreintes de poésie. Se tenant loin du réalisme, que dis-je, du SMIC de l’honnêteté. Oublieux des différents gouvernements dont aucun ne réussit à soigner la maladie : cachez-moi donc tout ça et laissez-moi, je vous prie, m’indigner m’indigner m’indigner.

Pire : aider les politiques incompétents à persévérer. A reprendre un ticket. Attachés qu’ils sont tous à vouloir remonter sur le ring, et ce malgré tous les knockout subis.

Ne pas douter. Persister dans l’erreur.

Celle qui vous parle a le cœur en bandoulière et ne se permet plus aujourd’hui de la chanter, cette gauche à laquelle elle crut longtemps, tant ce serait … à tout le moins indécent, outre que d’être malhonnête. Même si elle le voit, elle aussi[2], ce grand plat qu’on vous sert où le gratin se sépare en effet des nouilles.

Lister encore et encore les poncifs de la presse de gauche, de la vie chère aux appartements hors de prix en passant par la TVA à 17 sur les produits alimentaires, Mais feindre d’oublier ce taux de chômage israélien inférieur à 4% , ce PIB par habitant qui ne fait guère rougir, faire l’impasse sur cette réussite économique éclatante ou ces succès scientifiques éblouissants.

Persister. Tout mettre sur le dos du seul  Netanyahu. Jusqu’aux religieux qui osent se mêler de politique, venant polluer le débat, omettant l’exemple éloquent de Jérémie Berrebi.

Tels les beaux esprits de la gôôôôche française

Mon agacement devant l’indécente critique systématique de la politique israélienne tient à ce qu’elle me rappelle un peu trop les beaux esprits de cette gauche française qui nous a tant déçus. Ainsi, un confrère  s’en prend-il à ces lecteurs qui considèreraient les journalistes comme des supplétifs du gouvernement ou de l’Agence juive. Mon confrère veut cri-ti-quer ! A loisir ! Non, ça n’est pas Pascal Boniface !

Je me permets humblement de lui répondre que les dits lecteurs se sont peut-être lassés non pas d’une quelconque critique mais d’une critique systématique à l’encontre d’Israël, de son gouvernement ou de son premier ministre. Je me permets d’émettre un doute : n’est-ce pas dire une certaine méconnaissance de ce lectorat, avoisinant le mépris, que de prétendre qu’il aurait érigé en idoles et autres êtres sacrés les dirigeants de l’Etat hébreu.

Mon confrère, lorsqu’il cite l’exemple de Ramallah, oublie de s’en prendre au fautif media qui affirma que seuls le sang et les pleurs faisaient vendre : mon confrère sait qu’un bon article, même sombre, trouvera son lectorat et que proposer à ses élèves un polar plutôt que Le Cid est certes plus facile pour le professeur mais est hautement critiquable.

Mon confrère se plaint encore que dire la vérité l’assimilerait à un traitre à la cause juive. Un  antisioniste. Un pessimiste.

Répondons-lui que TJ a parlé des Juifs de Cour. A interpellé les dirigeants du Mémorial. Le fera encore. Dénoncera l’odieuse censure au sein des institutions communautaires juives. TJ a pu le faire : des papiers argumentés le mettaient en situation de pouvoir légitimement demander des comptes.

L’indignation de salon

Rétorquons-lui qu’il faut sortir. Regarder. Comparer. Reconnaître que tous les pays connaissent l’engouement des jeunes diplômés non pas vers des cieux plus attractifs, mais mus qu’ils sont par un désir générationnel d’aller voir ailleurs. D’aller à la rencontre de l’autre.

Rappelons-lui, lorsqu’il s’étouffe d’indignation devant les dossiers   ouverts  par le procureur général de l’État contre le premier ministre dans quatre affaires  , qu’ aucune inculpation à ce jour n’a suivi. Qu’un Sarkozy, après un Giscard ou un Chirac, circulent sans bracelet à la cheville.

Rassurons-le : Mais oui ! Qu’il les dénonce, les affaires qui auraient secoué le Mossad, à condition qu’il ait un jour chanter comme il se devait et comme le monde entier le fit les succès du dit Mossad? Qu’il la déplore, celle qu’il nomme la fuite des cerveaux israéliens, puisque je ne saurais douter qu’il ait su en même temps louer la start up nation. Qu’il le citent, ce vieil axiome des journalistes britanniques de Fleet Street, la rue de Londres où est établie  toute la presse anglaise : No Jews , No News !

Qu’il ne s’aligne pas sur la presse française qui, sauf exception, s’agissant d’Israël, ne vous lit, ne vous invite sur un plateau, ne finance votre scénario que si vous marquez au fer rouge l’Etat hébreu, cette start’up nation quasi baptisée Indi-Nation 

Que notre enflammé confrère cesse de dénoncer systématiquement ces sites francophones dithyrambiques qui, selon lui, font de la propagande au lieu que d’informer : Nous sommes contre les fake news, ajoute ce chevalier sans reproche.

Mais quoi ! Rappelons-lui qu’en France, si nous le faisons pas, le job d’informer concernant l’Etat hébreu, Oui en effet seules les fake news triompheront. Redisons-lui qu’ainsi, notre devoir est non seulement de combattre l’acharnement que constitue le parti-pris de routine d’une Presse qui se déshonore à travestir les nouvelles dès qu’elles touchent au conflit notamment, Redisons-lui que nous n’allons pas le bouder, ce plaisir de faire savoir les succès israéliens, dans tous les domaines où ils surgissent : prenons pour exemple le cas d’un cinéma israélien tant estimé en France, justement pour  l’objectivité à laquelle il prétend lorsqu’il se livre à une radioscopie du pays. Sans le moindre tabou. 

Le propre du journalisme est d’autoriser des opinions différentes dans le cadre de la loi

Rappelons-lui encore ce 3 juin marqué du sceau de l’infâmie, quand, sur Radio J, un Joseph Haïm Sitruk, ancien grand rabbin de France, dénonça dans sa chronique l’homosexualité et la Gay Pride de Tel Aviv, et quand, aussitôt, Serge Hajdenberg, directeur de la station, se  désolidarisa des propos tenus et les condamna sans équivoque, rappelant que le propre du journalisme était d’autoriser des opinions différentes dans le cadre de la loi et ouvrant l’antenne à Alain Beit, nouveau président de l’association juive LGBT Beit Haverim. Répétons notre fierté que l’Etat d’Israël organise cette marche de fierté lorsque tant de pays persécutent, excluent et tuent.

Idem pour ces chercheurs de la Faculté de médecine de Tel Aviv qui ont développé un capteur intelligent à l’échelle nanométrique. Capable d’allumer une lumière fluorescente en présence de cellules cancéreuses. De retirer la tumeur dans son intégralité.

Eh oui ! Siliconwadi.fr t’apprend plein de trucs que les media français oublient de nous rapporter. Sais-tu, Lecteur, que les pépites israéliennes de la cybersécurité concentrent 20 % des investissements mondiaux…

Connais-tu, Toi, la Cyber Week, ce grand forum mondial organisé à l’Université Tel-Aviv ? Et sais-tu que lors de la Cyber Week, une compétition de start-up spécialisées dans la lutte anti-terrorisme a récompensé CardioScale, dont le Brassard électronique vise à réduire le nombre de victimes lors d’attentats à grande échelle. Israël courtisé.

Déclarer sa flamme à l’Etat hébreu ne fait de quiconque un collabo. Un Jean-Paul Ney, le type-même du journaliste que tout oppose à un courtisan, se meurt aujourd’hui en France. Blacklisté qu’il est car pas assez à gôôôôche. Et puis trop pro-israélien. La carte il l’a pas, JP. Envoyé dans l’Etat hébreu par le patron de Sipa en 1997 pour parler d’Analyzer, tu sais, ce hacker israélien, il était aussi allé, sur commande, à Gaza. Et il avait tout raconté. Du souk et échoppes où si souvent se trouvait un vieux Juif aux commerçants arabes qui à chaque coin de rue voulaient le faire manger ou boire, le temps d’une discussion sur la fransa ou tsarfat. Il avait narré ces mots qui fusaient de partout, en arabe et en hébreu, ces rires. Et il avait conclu, mon pote JP : Putain d’apartheid !

Cela lui coûta cher mais il défendit ce pays qui ne pendait pas haut et court ses pédés ni ses putes. C’est qu’il avait cherché à vérifier la véracité du bruit qui courait de ci, de là, qu’Israël était devenu … un peu … nazi. Il les avait cherchés, à Gaza, ces camps de concentration à ciel ouvert. Cet apartheid qu’on lui avait raconté. Il avait revendiqué sa volonté de défendre mais aussi critiquer son pays quand il déconnait sec.

Cela lui coûta … le tournage de La Fabrique de la Haine. Son docu. Plus de sous pour celui qui s’essaya à l’exercice de la Vérité. Il est là, le prix de la Vérité : perdre des sponsors. Ne plus trouver de financement pour un projet. A part ça, on peut critiquer Israël. 

[1] Armoured Shield Protection – Active.

[2] La métaphore gastronomique est empruntée à Jean-Louis Borloo. Mairie de Valenciennes. Mercredi 27 juin.

Sarah Cattan

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Publié dans politique
2 commentaires pour “Peut-on critiquer Israël. La vieille rengaine. La même posture, par Sarah Cattan
  1. Shirah dit :

    Mais oui on peu critiquer Israel… d’ailleurs il ya les trois quart de la planète qui font ça, donc je suppose qu’on peut.
    Mais j’ai entendu dire qu’on ne peut pas critiquer l’islam, ça c’est trèèèèèèès mal vu. C’est vrai ça? Pourtant au vu de ce qu' »ils » font en son nom, un doute m’effleure ….. on devrait pouvoir critiquer.
    Mais sans doute j’ai mal compris. On n’arrête pas de me dire que l’islam et son saint livre sont parfait et que donc c’est stupide de vouloir critiquer ce qui est parfait n’est ce pas? Ahlala…. j’ai encore beaucoup à apprendre……

  2. sarah cattan dit :

    Ma chère Shirah, Comme vous y allez! Les trois quarts de la planète? Seulement? Sourire-
    Quoi? Vous voudriez que le sport se mette à la critique de l’Islam???
    Sérieusement parlant, la plus exacte critique de l’islam vient d’intellectuels musulmans. Qui se mettent en réel danger. Ici, en France, en voilà bien, un sujet clivant. Et ce silence aura raison de nous tous. J’ai tenté, dans un papier du 28 juillet 2016, d’aborder le sujet. « Chercher à distinguer l’islamisme de l’islam, je n’y suis pas parvenue », avais-je titré. Entre temps, un Bensoussan, pour s’être risqué à citer un sociologue algérien, a vu sa vie et son oeuvre piétinées par certains.
    Bien à vous,
    Sarah Cattan

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