Carton rouge pour les Gilets jaunes

Billet d’humeur du 10 février 2019 sur Judaïques FM 94.8

Acte XIII hier samedi des Gilets Jaunes. Des revendications fourre-tout de plus en plus floues et un mouvement qui préfère la rue aux débats organisés dans la France entière. L’empathie des premiers jours qui pouvait traverser la population est retombée, les gentils « Gilets Jaunes » de la France d’en-bas, de celle qui souffre ont muté en des personnes haineuses.

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Et comme l’histoire aime à balbutier, la haine se cristallise sur les Juifs comme il y a 80 ans. Et comme il y a 80 ans, une certaine nuit de cristal qui allait annoncer le pire on a marqué hier un commerce prétendument juif de par son appellation en y peignant le mot « Juden ». Il faut contextualiser les choses, l’acteur François Berléand fait valoir ses opinions et dit sa colère contre le mouvement des « Gilets Jaunes ». Il devient alors le Herschel Grynzpan des « Gilets Jaunes », vous savez cet homme qui en 1938 tua le conseiller de l’ambassade d’Allemagne en France Ernst Vom Rath. Comparaison hors-propos me direz-vous mais on est dans le meurtre symbolique d’un Berléand dont la voix porte et qui porte un coup sérieux à ce mouvement. Alors on reconnaît des racines juives au comédien et les réseaux sociaux s’enflamment en réponse au sulfureux et récemment condamné à de la prison ferme, Hervé Ryssen qui donne le lieu et l’horaire de la prochaine représentation de Berléand pour en appeler…(pour en appeler à quoi au juste ?), un commentaire est fait sans équivoque : « Ses grands-parents paternels, Moïse et Berthe Teplitsky, juifs ashkénazes… Son grand-père paternel, Moïse Berliand, homme facétieux et mythomane…, a été déporté de Drancy à Auschwitz en 1944 où il est mort. Sa grand-mère paternelle Berthe, a été comédienne de théâtre yiddish ». Voilà, tout est dit, les juifs, toujours eux, qui sournoisement agiraient pour déstabiliser le système et voler les pauvres. Emmanuel Macron n’est plus le bouc émissaire, il a tellement cédé face aux exigences des « Gilets Jaunes », on en désigne un autre.

Je crains que beaucoup ne mesurent pas la portée gravissime de ces graffitis, slogans et autres propos antisémites au cœur des ces manifestations. Il en est assez de dire qu’il s’agit de propos marginaux comme l’on aime à qualifier de « déséquilibrés » les terroristes. Le Ministre de l’Intérieur devrait prendre ses responsabilités en interdisant ces manifestations du samedi qui représentent un trouble à l’ordre public, et c’est là un euphémisme. Des espaces de dialogue sont ouverts aux quatre coins de la France, et c’est dans ce seul cadre que devraient s’exprimer démocratiquement l’ensemble des revendications. On ose à peine imaginer ce que serait la prochaine étape après avoir désigné des commerces prétendument juifs. Faudra t-il attendre l’acte XIV samedi prochain pour le savoir ?

Sylvie Bensaid

Passionnée d'information, Sylvie Bensaid diplômée en marketing et communication, commence sa carrière dans le Groupe Havas. Elle rejoint le magazine Tribune Juive aux côtés de Jacquot Grunewald puis d’Ivan Levai où elle prend la tête de plusieurs rubriques et participe au développement du magazine. Très impliquée dans la vie de la Cite, Sylvie Bensaid participa aux municipales dans le douzième arrondissement avec Jean Marie Cavada et Christine Lagarde. Elle est aujourd'hui la rédactrice en chef adjointe du site tribunejuive.info.

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Publié dans antisémitisme
3 commentaires pour “Carton rouge pour les Gilets jaunes
  1. Ventos dit :

    Les gilets jaunes doivent faire le ménage ou disparaître dans les poubelles de l’histoire. Certes, ils peuvent dénoncer une forme d’immigration non désirée, n’en déplaise à l’auteur Sylvie Bensaid, mais ilsne peuvent tomber dans le piège que leurs tendent certaines fractions de l’extrême gauche ou de l’extrême droite. Sinon ils perdent toute légitimité.

  2. Guy G. dit :

    Effectivement.

    Nous avons affaire à une mouvance totalitaire qui, au fond d’elle-même, se sait minoritaire mais qui tente d’en remédier par le bruit et la fureur.

    Majoritaires, ils auraient pu arriver à leurs fins par les urnes. Et c’est la VRAIE raison pour laquelle ils cherchent à tuer dans l’œuf, moyennant menaces et intimidations, toute tentative de former un parti politique « jaune » : pour que la vérité sur leur poids politique négligeable ne remonte pas à la surface.

    Tellement certains de leur bon droit qu’ils se croient tout permis ; le principe étant celui de la « dictature du prolétariat » de triste mémoire.
    MAIS le « prolétariat » n’a pas toujours raison et il n’est ni uni ni majoritaire depuis longtemps.

    Au fur et à mesure de l’affaiblissement du mouvement les éléments modérés le quittent et il n’attire que la racaille. D’où la constance des messages, antisémites mais pas que, de ce genre.

    important: saluons Berléand.

    Il se hisse au-dessus de la mélasse des saltimbanques richissimes qui nous prêchent, comme d’habitude, la bonne parole, ce qu’il faut penser et ce qu’il faut voter, le bien et le mal du haut de leur compétence d’amuseurs publics ; les Patrick Sébastien, Franck Dubosc…

    Un œil sur le box-office, l’autre méprisant honneur et probité, ignorant le mélange des genres et le conflit d’intérêt.

    Ceux qui vendraient père et mère pour se produire à guichets fermés ne risquent pas d’être menacés par des gilets jaunes tâchés de brun.

  3. OLIVIER COMTE dit :

    Quels que soit le niveau d’hystérie de l' »antisionisme », quel que soit le fanatisme des BDS, c’est, principalement, un pays étranger qui est visé. Quand on s’attaque à des Juifs français, on attaque la République et l’ensemble de la communauté nationale.
    Les cuisines politiciennes contre « la gauche et l’extrême gauche » ont trop masqué la réalité du vieux cancer antisémite qui est toujours virulent et menace la France. Quand les organisations représentatives juives voudront bien ne pas faire passer ces menaces au deuxième plan, après l’antisionisme et l’islamisme, elles pourront proposer des formes d’action commune, sans rejoindre un discours Macronien, anti-gilets jaunes », qui ne sert pas l’union.

    Au rappel de l’exécution de von Rath, qui répondait au sort tragique des 7000 Juifs polonais rendus apatrides ou menacés de l’être, et abandonnés sur le no man’s land entre l’Allemagne nazie et la Pologne antisémite, je veux rappeler l’attentat de Davos du 4 février 1936. L’exécution du chef du groupe suisse du parti nazi, Wilhelm Gustloff, par David Frankfurter en réponse aux persécutions des Juifs par les nazis. Cet acte permit de révéler, aux côtés des groupes fascisants, la violence antisémite des groupes suisses établis politiquement et d’apparence modérée.

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