Dès 1921, ORT France au secours des populations juives persécutées puis au service de tous 

Dès sa création en 1921, ORT France fondée pour venir au secours des populations juives persécutées et réfugiées, mit progressivement son savoir-faire au service de toutes celles et tous ceux qui désiraient apprendre quelle que soit leur origine.

ORT France est reconnue pour sa « qualité pédagogique », une de ses valeurs qui est aussi sa valeur ajoutée. Par sa vocation et son histoire l’ORT a toujours eu partie liée avec le monde économique, elle sait se réinventer afin de s’adapter aux besoins des entreprises, aux offres du marché, aux évolutions technologiques et surtout aux besoins des apprenantes et apprenants.

ORT France est un réseau d’établissements d’enseignement privé à but non lucratif, fondé en 1921, qui s’inscrit dans la tradition éducative juive. Il accueille les élèves du collège jusqu’au bac+5 et propose des formations générales, technologiques et professionnelles, notamment en alternance.

Présent dans plusieurs villes de France, l’ORT conjugue exigence académique, innovation et insertion professionnelle, avec une ambition : donner à chaque jeune les moyens de réussir et de construire son avenir.

Nous avons rencontré Raymond Soussan directeur général d’ORT France

Entretien.

Tribune Juive : L’ORT possède une histoire ancienne, profondément liée à la formation et à l’émancipation par le savoir. Comment faire vivre cet héritage tout en répondant aux attentes d’une nouvelle génération ?

Raymond Soussan : L’ORT est née en 1880 d’une idée simple et visionnaire : donner à chacun un métier, c’est lui donner les moyens de construire sa liberté. En France, depuis 1921, elle a accompagné des générations de jeunes et de familles, notamment les rescapés de la Shoah, puis les familles venues d’Afrique du Nord. À chaque époque, une même conviction nous guide : l’émancipation par le savoir.

Cet héritage ne se conserve pas dans une vitrine : il se fait vivre et se renouvelle chaque jour. Les jeunes d’aujourd’hui n’attendent pas seulement que nous leur racontions notre histoire ; ils attendent que nous leur donnions les moyens de construire leur avenir. Notre responsabilité est donc de rester fidèles à nos valeurs tout en faisant évoluer nos pratiques : proposer des formations du CAP au Bac+5, développer l’alternance, intégrer le numérique et accompagner les nouvelles aspirations professionnelles.

Ce qui demeure, c’est notre exigence, notre engagement éducatif et l’attention portée à chaque élève. Ce qui évolue, ce sont les métiers, les outils et les façons d’apprendre. Depuis plus d’un siècle, notre conviction reste la même : former, c’est transmettre des compétences, mais aussi donner à chacun les moyens de trouver sa place et de prendre en main son avenir.

Tribune Juive : L’intelligence artificielle bouleverse déjà les métiers et les méthodes d’apprentissage. Comment préparez-vous les élèves à des professions qui, pour certaines, n’existent pas encore ?

Raymond Soussan : Personne ne peut prédire avec certitude quels métiers existeront dans quinze ans. En revanche, certaines compétences resteront essentielles : apprendre en permanence, raisonner avec rigueur, travailler en équipe et exercer son esprit critique.

À l’ORT, l’intelligence artificielle n’est ni un interdit ni une solution miracle. Nous apprenons aux jeunes à l’utiliser de manière responsable, à en comprendre les limites et à vérifier ses résultats.

Cette ambition se concrétise à travers notre partenariat avec Microsoft, qui accompagne la sensibilisation à l’IA générative et l’intégration progressive d’outils comme Copilot, ainsi que le programme TECHaway, développé avec DataScientest. En 2026, 659 apprenants auront bénéficié de parcours de 30 heures consacrés au numérique et à l’IA, avec une certification à la clé.

Fidèles à notre ADN, nous associons innovation et enseignement technique concret. Notre objectif : préparer les jeunes non seulement aux métiers d’aujourd’hui, mais aussi à ceux de demain, en leur donnant la capacité d’évoluer tout au long de leur vie professionnelle.

Tribune Juive : Au-delà des diplômes, qu’est-ce qui fait, selon vous, la réussite d’un jeune ? Est-ce le rôle de l’école de lui donner aussi confiance en lui et le goût d’entreprendre ?

Raymond Soussan : Le diplôme est essentiel : c’est une clé pour l’avenir, et nous sommes fiers que plus de 87 % de nos élèves réussissent leurs examens. Mais la réussite ne se résume pas à un diplôme : elle consiste aussi à trouver sa voie, à prendre confiance en soi et à se projeter dans l’avenir.

C’est pleinement le rôle de l’école : révéler les talents, encourager la persévérance et apprendre aux jeunes à rebondir face aux difficultés. À l’ORT, les projets concrets, les stages, l’alternance et les liens avec les entreprises leur permettent de développer leurs compétences, de prendre des responsabilités et de découvrir leurs capacités.

Le goût d’entreprendre se cultive en donnant aux jeunes la possibilité d’expérimenter, de proposer des idées et de mener des projets collectifs.

Notre ambition dépasse donc la réussite aux examens ou l’accès à l’emploi. Nous voulons former des jeunes compétents, confiants et autonomes, capables de prendre en main leur avenir et de construire leur place dans la société.

Tribune Juive : Comment transmettre une identité juive vivante, ouverte sur le monde, tout en préparant les élèves à devenir des citoyens pleinement engagés dans la société française, avec l’exigence d’excellence académique ?

Raymond Soussan : Pour moi, ces trois exigences se renforcent : une identité solide n’enferme pas, elle donne des repères pour s’ouvrir aux autres et au monde.

À l’ORT, nous transmettons une identité juive vivante, fondée sur une histoire, une culture, des valeurs et une tradition de questionnement. L’étude, le débat et la responsabilité envers autrui nourrissent l’esprit critique et la citoyenneté.

C’est le sens du programme Culture et Pensée juive, piloté par Patrick Petit-Ohayon. Déployé à l’échelle nationale, il modernise cette transmission en valorisant les valeurs humanistes, le savoir-être et l’esprit critique, tout en renforçant la cohérence pédagogique et l’identité de notre réseau.

Parallèlement, nos établissements préparent aux diplômes de l’Éducation nationale et font vivre le respect de l’autre au quotidien. Enfin, l’exigence académique reste essentielle pour permettre à chaque jeune de poursuivre ses études, de s’insérer professionnellement et de trouver sa place dans la société.

Notre ambition est de former des jeunes fiers de leurs racines, ouverts sur le monde, capables de penser par eux-mêmes et de s’engager pleinement dans la société française.

Tribune Juive : Depuis le 7 octobre 2023, la question de l’antisémitisme et du sentiment de sécurité des jeunes juifs est devenue particulièrement préoccupante. Comment cette réalité se traduit-elle dans les établissements d’ORT France, et comment y répondez-vous ?

Raymond Soussan : Je ne veux ni minimiser cette réalité ni parler à la place de tous nos élèves. Depuis le 7 octobre 2023, les inquiétudes de nombreuses familles juives se sont renforcées. Cette situation nous oblige à être particulièrement attentifs à la sécurité et au bien-être de nos élèves.

Notre première responsabilité est de protéger les élèves et les équipes. Nous travaillons en lien étroit avec les pouvoirs publics et les services compétents, dans le cadre d’une vigilance constante.

Mais la sécurité physique ne suffit pas. Nous devons aussi écouter les jeunes, entendre leurs inquiétudes et accompagner les équipes éducatives. Aucun élève ne devrait avoir à choisir entre son identité, sa sécurité et sa réussite scolaire.

Notre réponse ne peut être le repli. Nous voulons permettre à chacun de vivre son identité sereinement, de poursuivre ses études avec ambition et de construire son avenir dans une société respectueuse de tous.

Je le dis avec force : l’antisémitisme n’est pas le problème des seuls Juifs, c’est un défi pour toute la République. L’école a un rôle essentiel à jouer par l’éducation, le dialogue et la transmission des valeurs de respect et de solidarité. Face à la haine, nous devons opposer la connaissance et la confiance dans l’avenir.

Tribune Juive : Diriger un réseau éducatif suppose de concilier des exigences pédagogiques, humaines et économiques. Quelle est aujourd’hui votre plus grande difficulté, et quelle réalisation vous rend le plus fier ?

Raymond Soussan : Ma plus grande difficulté est de concilier ambition pédagogique, accompagnement humain et équilibre économique. Nous voulons offrir à chaque jeune, quels que soient ses moyens, les meilleures chances de réussite, dans un contexte où les coûts augmentent et les besoins en compétences évoluent.

Ma plus grande fierté est de voir l’ORT faire évoluer son offre pour répondre à la diversité des talents et des aspirations en poursuivant l’adaptation de ses cursus aux besoins du marché, avec notamment l’ouverture de nouvelles formations en optique, commerce, marketing digital, informatique, cybersécurité, ou encore maintenance des véhicules. Cette diversité nous permet d’accompagner chaque apprenant vers une voie adaptée à ses capacités et à son projet professionnel, tout en répondant aux besoins des entreprises.

Ouvrir de nouvelles filières, développer des partenariats et préserver la qualité des enseignements exige des choix stratégiques et une gestion rigoureuse.

Mais notre plus grande satisfaction reste de croiser un ancien élève qui nous dit que l’ORT a changé sa trajectoire. C’est là que se mesure véritablement notre réussite.

Tribune Juive : Lorsque vous regardez les élèves qui sortent aujourd’hui d’ORT France, qu’aimeriez-vous qu’ils emportent avec eux, au-delà de leur diplôme ?

Raymond Soussan : J’aimerais qu’ils emportent trois choses.

D’abord, la confiance en eux : la conviction qu’ils ont des capacités, qu’un obstacle n’est pas une fatalité et qu’il est toujours possible d’apprendre, de progresser et de rebondir.

Ensuite, des valeurs : le respect de l’autre, le sens de l’effort, la responsabilité et le goût de l’engagement. Pour nous, former un professionnel, c’est aussi contribuer à faire grandir un citoyen éclairé, capable de prendre sa place dans la société.

Enfin, un sentiment d’appartenance : à leur histoire, à leur promotion, à la communauté éducative de l’ORT et à ce réseau international qui relie les générations.

J’aimerais surtout qu’ils gardent le souvenir d’une institution qui leur a fait confiance et les a aidés à trouver leur voie.

Car la plus belle réussite de l’ORT, c’est lorsqu’un jeune qui a reçu beaucoup à travers sa formation a, à son tour, envie de transmettre, de s’engager et de donner sa chance à quelqu’un d’autre.

Tribune Juive : Le Robert Singer Award 2026 vient récompenser votre engagement à la tête d’ORT France. Que représente pour vous cette reconnaissance, et quel message souhaitez-vous adresser aux familles qui confient l’avenir de leurs enfants à vos établissements ?

Raymond Soussan : Je reçois cette distinction avec beaucoup d’émotion et d’humilité. Le prix porte le nom de Robert Singer, dont l’engagement a profondément marqué le réseau ORT à l’échelle internationale. C’est un honneur de recevoir une distinction qui a également salué le parcours de personnalités que j’admire.

Mais je ne considère pas ce prix comme une récompense individuelle. Il appartient à toute la communauté ORT France : à mes prédécesseurs, aux enseignants, aux équipes administratives, aux directeurs d’établissement, aux bénévoles et aux donateurs qui s’engagent chaque jour au service de notre mission éducative.

Aux familles, je veux dire merci. Leur confiance nous honore, mais elle nous oblige surtout. Confier son enfant à une école, c’est lui confier une part essentielle de son avenir.

Notre engagement est de permettre à chaque jeune d’être reconnu, accompagné et encouragé à donner le meilleur de lui-même, dans un environnement exigeant, bienveillant et sécurisant.

La plus belle reconnaissance sera toujours de voir les jeunes que nous formons réussir, s’épanouir et construire leur avenir avec confiance. C’est pour eux que l’ORT existe depuis plus d’un siècle, et c’est pour eux que nous devons continuer à nous réinventer.

Tribune Juive : Au-delà de la distinction personnelle, qu’aimeriez-vous que ce prix fasse comprendre de la mission d’ORT aujourd’hui ?

Raymond Soussan : J’aimerais que ce prix rappelle une conviction fondatrice : la mission de l’ORT est plus actuelle que jamais. Dans un monde transformé par les nouvelles technologies, l’intelligence artificielle et les mutations des métiers, mais aussi traversé par de fortes tensions, donner à chaque jeune des connaissances solides, des compétences professionnelles et des repères pour se construire est un véritable engagement pour l’avenir.

Cette distinction souligne également la contribution d’ORT France à un réseau international présent dans de nombreux pays. Nous partageons une même ambition éducative, tout en nous enrichissant des expériences, des innovations et des pratiques de nos partenaires à travers le monde. Cette dimension internationale est une force pour préparer nos élèves aux défis de demain.

Aux familles, je veux redire notre engagement : proposer une éducation qui associe exigence académique, accompagnement humain, transmission des valeurs et ouverture sur le monde.

Plus d’un siècle après sa création en France, notre ambition demeure la même : faire du savoir et de la formation des leviers d’émancipation, pour que chaque jeune puisse choisir sa voie et construire librement son avenir.

Propos recueillis par Sylvie Bensaid

Suivez-nous et partagez

Twitter
Visit Us
Follow Me

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*