Qu’on le veuille ou non, qu’on tente encore d’en adoucir les termes diplomatiques, il faut ce soir acter que l’Iran est en train de remporter une victoire stratégique majeure.
Non parce qu’il aurait gagné une guerre, non parce qu’il aurait vaincu militairement l’Occident, mais parce qu’il est parvenu à imposer au monde son propre rythme, ses propres conditions, sa propre centralité.
Depuis des jours, la planète entière attend, comme on attend celle d’une puissance tutélaire incontournable, la décision de Téhéran, régime sous sanctions depuis des décennies, régime accusé d’avoir armé et financé des mouvements terroristes dans toute la région, régime qui menace ouvertement Israël depuis quarante ans, régime qui pend ses opposants, réprime ses femmes, transforme la violence idéologique en doctrine d’État.
Ce régime négocie aujourd’hui d’égal à égal avec la première puissance mondiale.
Mieux encore : loin de capituler, il semble obtenir l’essentiel.
Le cœur du problème était pourtant simple : empêcher l’Iran d’approcher le seuil nucléaire militaire. Or que découvre-t-on au fil des « fuites » diplomatiques ? L’Iran conserverait une partie de ses capacités, l’enrichissement ne disparaîtrait pas réellement, les infrastructures demeureraient, les stocks seraient aménagés, dilués, déplacés, contrôlés — mais non annihilés. Autrement dit : le programme change de forme davantage qu’il ne disparaît.
Et c’est précisément là que réside la victoire iranienne: depuis vingt ans, l’objectif occidental affiché était d’empêcher l’Iran nucléaire. Aujourd’hui, l’objectif semble devenu beaucoup plus modeste : gérer l’Iran nucléaire potentiel.
Le glissement est immense, et à la fin, ce qui paraissait impensable devient simplement « complexe ». L’Iran a parfaitement intégré la fatigue occidentale: la fatigue militaire, la fatigue morale, la fatigue énergétique, la fatigue diplomatique.
Le monde libre ne raisonne plus prioritairement en termes de victoire ou de défaite, mais en termes de stabilisation immédiate des risques, et c’est exactement dans cet espace psychologique que prospèrent les régimes idéologiques patients tels l’Iran.
Israël, lui, plus seul que jamais, lui qui entend depuis des années ce que l’Occident refuse souvent d’entendre, observe cette séquence et l’acte : lorsqu’un régime annonce inlassablement ses intentions, il faut finir par le croire.
Cette victoire iranienne n’est pas seulement géopolitique: elle est symbolique, signifiant qu’un régime révolutionnaire théocratique est progressivement parvenu à se faire reconnaître comme interlocuteur légitime incontournable sans avoir réellement renoncé à sa matrice idéologique profonde. Le monde ne demande plus à l’Iran de changer de nature. Il lui demande seulement de gérer sa puissance avec davantage de prévisibilité.
Nous assistons peut-être à un moment historique où la communauté internationale cesse discrètement d’exiger l’abandon du danger pour se contenter d’en organiser la coexistence, et dans cette bascule silencieuse, l’Iran peut déjà considérer qu’il a remporté bien davantage qu’un accord.
Tribune juive
L’accord
L’agence de presse iranienne « Mehr » publie ce qu’elle prétend être des détails du mémorandum d’entente :
1. Cessation immédiate et permanente des actes d’hostilité sur tous les fronts, y compris au Liban.
2. Engagement américain à ne pas intervenir dans les affaires intérieures de l’Iran et à respecter la souveraineté de la République islamique d’Iran.
3. Levée complète du blocus maritime dans un délai de 30 jours.
4. Engagement américain à retirer ses forces des zones entourant l’Iran.
5. Réouverture du détroit d’Hormuz dans un délai de 30 jours, conformément aux accords fixés par l’Iran.
6. Suspension des sanctions sur la vente de pétrole, de produits pétrochimiques et de leurs dérivés, et accès complet de l’Iran à ses ressources financières.
7. Nécessité pour les États-Unis et leurs alliés de présenter des plans de reconstruction de l’Iran d’un montant d’au moins 300 milliards de dollars.
8. Tenue de négociations pendant 60 jours dans le but d’aboutir à un accord final, basé sur les questions nucléaires et la levée complète des sanctions primaires et secondaires des États-Unis, ainsi que des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et du Conseil des gouverneurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique.
9. Renouvellement de l’engagement de l’Iran dans le cadre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) à ne pas fabriquer d’armes nucléaires.
10. Pendant les négociations, les États-Unis se sont engagés à ne pas augmenter la présence de leurs forces dans la région ni à imposer de nouvelles sanctions.
11. Libération de 24 milliards de dollars des fonds iraniens gelés pendant la période de 60 jours de négociations. La moitié de cette somme doit être transférée à l’Iran avant le début des pourparlers.
12. Mise en place d’un mécanisme de surveillance pour la mise en œuvre de l’accord.
13. L’accord final sera approuvé par une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU.
14. Les négociations finales ne commenceront pas avant que trois conditions préalables soient remplies :
La libération de la moitié des fonds iraniens gelés, la suspension des sanctions sur le pétrole iranien et la levée du blocus maritime. L’accord final se concentrera uniquement sur la question des matières enrichies et de l’enrichissement de l’uranium, la levée des sanctions et le plan de reconstruction de l’économie iranienne. Les discussions concernant le programme de missiles de l’Iran et son soutien aux organisations de « résistance » ont été définitivement retirées de l’ordre du jour.
Merci à Mordehaï Fitoussi et son Groupe Israel Eternel

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