Le bruit des pantoufles. Par Sarah Cattan

Il y a des offensives bruyantes. Et puis il y a celles qui avancent à pas feutrés, qui ne hurlent jamais, qui ne cassent rien, qui ne prennent pas d’assaut les institutions : elles s’y installent doucement, par petites touches, au nom de l’ouverture, de l’inclusion, du respect des différences — jusqu’au moment où l’on découvre que le cadre commun lui-même est devenu négociable. Jusqu’au moment où … c’est trop tard. Nous y sommes.

Une des plus hautes autorités musulmanes de France, mais aussi un relais dans notre pays du dictateur Tebbboune, le Recteur de la Grande Mosquée de Paris -encore lui- vient -une fois encore- d’en administrer la démonstration en appelant à « un sursaut face à la musulmanophobie »: à chaque polémique, notre homme use d’une même mécanique : tester, déplacer la frontière du normal, voir jusqu’où une société fatiguée, une société épuisée à force d’avoir été piétinée, accepte de céder. Cette société, c’est la nôtre.

Aujourd’hui, ce sont les habitudes alimentaires. Demain, quoi ? Des normes implicites ? Des interdits culturels diffus ? Une culpabilisation permanente de ceux qui persistent à penser que la France n’a pas à se réorganiser autour d’exigences confessionnelles et qu’une nation a le droit d’avoir des usages communs ? À force d’accommodements minuscules, une civilisation est en train d’apprendre doucement à s’effacer elle-même.

La question n’est en effet même plus celle du halal: chacun mange ce qu’il veut, croit ce qu’il veut. La liberté religieuse est chez nous une liberté fondamentale.

Le problème commence lorsqu’une pratique cesse d’être un choix privé pour devenir une pression culturelle diffuse, lorsqu’on ne demande plus seulement le respect des croyants, mais l’adaptation progressive de la société entière.

Dans notre République laïque, le libre-arbitre de chacun vaut plus que les commandements divins et n’est borné que par la loi commune, le premier permettant à chacun de manger ce qu’il veut, la loi commune lui interdisant de l’imposer aux autres. Le problème, on le voit, n’est plus la fraternité. Il est cette incapacité croissante à penser qu’une société puisse aussi avoir des limites, des usages communs, une continuité culturelle, bref, un cadre.

Trop tard, il est trop tard, et, à écouter ces grandes liturgies contemporaines du « vivre ensemble », on finit par se demander si notre époque sait encore distinguer l’ouverture de l’effacement.

La lucidité n’exige ni haine ni hystérie. Elle exige simplement qu’on ose nommer ce qui avance, nommer, tout en prenant garde à une tentation symétrique : transformer la critique d’un islam politique en hostilité indistincte envers les musulmans eux-mêmes, ce qui reviendrait à abandonner précisément les musulmans républicains, grands oubliés de cette affaire.

Cet entrisme parle en effet en leur nom sans leur demander leur avis: il prétend représenter « les musulmans », comme si des millions de citoyens français formaient un bloc homogène placé sous tutelle religieuse.

Il est là, le vrai scandale.

À force de prudence lâche et de concessions minuscules, nous avons laissé s’installer une situation étrange : ceux qui rappellent les règles communes doivent désormais se justifier, tandis que ceux qui travaillent méthodiquement à fragmenter le commun se présentent comme les victimes permanentes du débat.

Le plus inquiétant in fine, bien davantage que le fracas, c’est l’habituation. La France ne bascule pas sous le bruit des bottes: elle est en train de s’effacer sous le bruit des pantoufles.

© Sarah Cattan

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8 Comments

  1. Labourage et paturage etaient les deux mamelles de la France d antan.
    Laxisme , pasdevaguisme et veulerie institutionnelle semblent etre les 3 sources du naufrage de la France d aujourdhui .
    Un cheminement qui ne laisse pas beaucoup d espoir pour la France de demain, mais …….. on peut toujours rever 😉

  2. Et pourquoi pas du Porc servi dans tous les Restaurant ou on sert du Halal ? Au nom de la diversité et de la Tolérance de cette su belle croyance pétrie d’amour et de Paix…?
    Ce genre d’attitude est significative du combat en pantoufles que mène ce Chems avec les « Autorites » et une immense partie de la Gauche. Rongée de toutes parts, la France ressemble à une vieille chaise dont les pieds sont rongés par les termites, qui s’effondrent les uns après les autres…destinée à être brûlée.

  3. cela me fait penser à l’histoire des pantoufles
    quand ils sont venus…. il n’y avait plus personne
    je ne suis pas d’accord avec Mr arthus
    il n’a rien dit alors qu’il aurait du se rebeller
    c’est ce silence qui tue

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