Il y a des offensives bruyantes. Et puis il y a celles qui avancent à pas feutrés, qui ne hurlent jamais, qui ne cassent rien, qui ne prennent pas d’assaut les institutions : elles s’y installent doucement, par petites touches, au nom de l’ouverture, de l’inclusion, du respect des différences — jusqu’au moment où l’on découvre que le cadre commun lui-même est devenu négociable. Jusqu’au moment où … c’est trop tard. Nous y sommes.
Une des plus hautes autorités musulmanes de France, mais aussi un relais dans notre pays du dictateur Tebbboune, le Recteur de la Grande Mosquée de Paris -encore lui- vient -une fois encore- d’en administrer la démonstration en appelant à « un sursaut face à la musulmanophobie »: à chaque polémique, notre homme use d’une même mécanique : tester, déplacer la frontière du normal, voir jusqu’où une société fatiguée, une société épuisée à force d’avoir été piétinée, accepte de céder. Cette société, c’est la nôtre.
Aujourd’hui, ce sont les habitudes alimentaires. Demain, quoi ? Des normes implicites ? Des interdits culturels diffus ? Une culpabilisation permanente de ceux qui persistent à penser que la France n’a pas à se réorganiser autour d’exigences confessionnelles et qu’une nation a le droit d’avoir des usages communs ? À force d’accommodements minuscules, une civilisation est en train d’apprendre doucement à s’effacer elle-même.
La question n’est en effet même plus celle du halal: chacun mange ce qu’il veut, croit ce qu’il veut. La liberté religieuse est chez nous une liberté fondamentale.
Le problème commence lorsqu’une pratique cesse d’être un choix privé pour devenir une pression culturelle diffuse, lorsqu’on ne demande plus seulement le respect des croyants, mais l’adaptation progressive de la société entière.
Dans notre République laïque, le libre-arbitre de chacun vaut plus que les commandements divins et n’est borné que par la loi commune, le premier permettant à chacun de manger ce qu’il veut, la loi commune lui interdisant de l’imposer aux autres. Le problème, on le voit, n’est plus la fraternité. Il est cette incapacité croissante à penser qu’une société puisse aussi avoir des limites, des usages communs, une continuité culturelle, bref, un cadre.
Trop tard, il est trop tard, et, à écouter ces grandes liturgies contemporaines du « vivre ensemble », on finit par se demander si notre époque sait encore distinguer l’ouverture de l’effacement.
La lucidité n’exige ni haine ni hystérie. Elle exige simplement qu’on ose nommer ce qui avance, nommer, tout en prenant garde à une tentation symétrique : transformer la critique d’un islam politique en hostilité indistincte envers les musulmans eux-mêmes, ce qui reviendrait à abandonner précisément les musulmans républicains, grands oubliés de cette affaire.
Cet entrisme parle en effet en leur nom sans leur demander leur avis: il prétend représenter « les musulmans », comme si des millions de citoyens français formaient un bloc homogène placé sous tutelle religieuse.
Il est là, le vrai scandale.
À force de prudence lâche et de concessions minuscules, nous avons laissé s’installer une situation étrange : ceux qui rappellent les règles communes doivent désormais se justifier, tandis que ceux qui travaillent méthodiquement à fragmenter le commun se présentent comme les victimes permanentes du débat.
Le plus inquiétant in fine, bien davantage que le fracas, c’est l’habituation. La France ne bascule pas sous le bruit des bottes: elle est en train de s’effacer sous le bruit des pantoufles.
© Sarah Cattan
🚨 Dans une vidéo, le recteur de la Grande mosquée de Paris Chems-Eddine Hafiz s’indigne que du porc soit mangé lors de banquets en France. pic.twitter.com/eKnhcXJWUV
— Frontières (@Frontieresmedia) May 5, 2026
En dénonçant le banquet récemment organisé à Caen par le #Canonfrançais, au motif que son menu, un cochon à la broche, « exclurait symboliquement ceux qui ne ressemblent pas » aux convives, le recteur de la Grande Mosquée de Paris, dans son dernier billet hebdomadaire, franchit… pic.twitter.com/LG4a9pg1ll
— Gilles PLATRET (@gillesplatret) May 5, 2026
