Force et faiblesse: la guerre se transforme. Par Richard Prasquier

14 Mai 1948. Les soldats anglais s’embarquent à Haifa et l’indépendance d’Israël est proclamée à Tel Aviv dans l’après midi. C’est le Yom Haatzmaout. Mais depuis six mois déjà, se déroulaient des combats entre Juifs et arabes dans la Palestine mandataire.

Trois jours auparavant, dans la nuit du 10 au 11 mai, avait eu lieu la prise de Safed, qui a permis aux troupes juives de sécuriser Tibériade et de relier les kibboutzim du nord de la Galilée au centre du pays. Construite en hauteur sur une crête montagneuse, dominée par sa citadelle, Safed, Tzfat en hébreu, avait une importance stratégique majeure et l’offensive du Palmach partant du quartier juif situé en contre-bas paraissait très incertaine. Un nouvel engin de guerre a permis la victoire. C’était la Davidka, dont on voit un exemplaire près du marché Mahane Yehouda à Jérusalem, un mortier qui portait le nom de son concepteur, David Leibowitch.

Fabriquée dans la clandestinité sans usinage professionnel, avec un obus dépassant un tube trop court parce qu’on manquait de métal, la Davidka était imprécise et peu puissante, un désastre technique qui, à cause de ses imperfections, faisait un bruit épouvantable. Or ce vacarme fut son meilleur atout. Persuadés que les Juifs disposaient d’une arme dévastatrice, peut-être une bombe atomique, les défenseurs de Tzfat ont paniqué et lâché prise.

Pendant longtemps, au moins jusqu’à la guerre des Six Jours, la Davidka a symbolisé l’ingéniosité d’un Israël numériquement débordé face à son environnement hostile.

Puis les images se sont modifiées, le geek de la Start up Nation a remplacé le kibboutznik en sandales et la Davidka a fait place au Dôme de fer. Israël ne bricole plus ses armes sous une blanchisserie, il est devenu une référence mondiale dans des industries de pointe.

Mais aujourd’hui encore, l’efficacité des armes ne dépend pas uniquement de leur sophistication technologique. Dans la guerre du Liban contre le Hezbollah, Israël n’est plus le combattant sans moyens qu’il était en 1948. Mais certains de ses pires ennemis ne manquent pas non plus d’ingéniosité.

Pendant leur guerre contre le géant russe, les Ukrainiens ont développé l’usage des drones. Aujourd’hui on parle beaucoup des drones FPV, First person view, drones à la première personne. Le pilote, parfois à plusieurs kilomètres de distance, reçoit le signal d’une caméra embarquée sur l’appareil. Il manipule son petit drone comme dans un jeu video et, s’il est bien entrainé, dépose une charge explosive dans des tranchées, sur des véhicules ou des soldats.

Depuis peu, on a recours à un guidage par fil, comme à l’ancienne, mais ici, le fil est une fibre optique. La video, grâce aux énormes débits qu’elle permet, est d’une grande précision. Surtout, le signal, parce qu’il ne passe plus par une onde radio, est strictement insensible aux brouillages extérieurs.

Bien qu’ils aient à proprement parler un fil à la patte et qu’ils soient donc tributaires du terrain, ces petits drones sont redoutables. Leur fabrication nécessite des composants de télécoms assez banals. L’intégration dans l’appareil et la gestion du déroulement des câbles sont faits dans de petits ateliers de mécano-optique.

Ces drones très peu coûteux, utilisables en masse, ont transformé le champ de bataille russo-ukrainien où les déplacements de troupes sont devenus problématiques.

Le Hezbollah les utilise désormais aussi, et ils sont un danger pour les soldats israéliens, les blindés et les habitants proches de la frontière. La parade est difficile, comme l’a reconnu récemment le Premier Ministre israélien et la décision de déplacer les populations au sud Liban a dû être influencée par le danger de ces drones filoguidés malaisément détectables.

Dans le détroit d’Ormuz, chacun est frappé par le contraste entre les massifs bâtiments américains et la flotte moustique iranienne et ses vedettes petites et agiles.

L’histoire de David et Goliath, à laquelle renvoyait inévitablement le nom de Davidka, est un exemple de ce thème mythologique universel du petit astucieux narguant le colosse. Certains observateurs, par haine des Etats-Unis, en sont venus à oublier que le chétif Iranien est avant tout un état criminel.

Inversement, à posséder la force, on risque l’hubris, la tentation de se croire invincible. Soyons convaincus qu’Israël n’a pas acquis ce terrible défaut et qu’il n’a pas perdu son ingéniosité légendaire…

© Richard Prasquier

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