Haggai Levi (Photo Albert Facelly)
Haggai Levi est dans tous les médias en ce moment. Sa nouvelle série consacrée à Etty Hillesum plaît beaucoup aux médias français, y compris ceux qui abhorrent Israël. Il faut dire que Levi a eu l’idée originale de transposer l’histoire de Hillesum dans les années 1980. En l’écoutant au micro de Guillaume Erner sur France Culture, on comprend qu’il s’identifie à Etty, et que les nouveaux nazis, comme Erner l’explique sans état d’âme, sont évidemment… les Israéliens. Mais qui est Haggai Levi ?
Si son nom ne vous dit rien, vous connaissez certainement une ou plusieurs des séries qu’il a réalisées ces vingt dernières années. La plus célèbre de toutes, “BeTipoul”, a été adaptée en France sous le nom “En thérapie”. Levi a également à son actif d’autres succès, comme “Our boys” et “Scènes de la vie conjugale” (d’après Ingmar Bergman). Mais ce qui lui vaut un grand portrait dans le dernier Magazine du journal Le Monde et des interviews dans la plupart des grands médias en France n’est pas seulement sa nouvelle série, “Etty”, mais aussi le fait qu’il envisage aujourd’hui de quitter en Israël, peut-être pour aller s’installer en Italie, pays dont était originaire son grand-père, le musicologue Leo Levi.
Levi fait donc partie lui aussi, comme Dov Halfon que nous évoquions récemment dans ces colonnes, de ces “Yordim” New Age, qui décident de quitter Israël pour des raisons idéologiques, ce qui leur vaut la sympathie du plus antisioniste des quotidiens français… “Déplorant la politique de son pays depuis le 7-Octobre, il envisage de s’installer en Italie, terre de ses ancêtres ” écrit le quotidien Le Monde en sous-titre de son article. On comprend entre les lignes que c’est la “solution” préférée du journal antisioniste : que chaque Israélien d’origine européenne retourne “chez lui”, et qu’il laisse la Palestine aux “Palestiniens”! (Cette “solution finale” de la question israélienne est précisément celle préconisée par tous nos ennemis, du Fatah au Hamas…)
Mais revenons à Levi et à ses “tourments”… Après le succès international de “Betipoul” (“En thérapie”), il a entamé une tournée mondiale qui l’a conduit au Brésil, en Pologne, au Japon et en Serbie. Il a même vécu un an à Los Angeles, ville qu’il n’a pas aimée : “C’est un lieu sans culture. Du moins, la seule culture est cinématographique et télévisuelle, mais il s’agit d’une industrie, dominée par l’argent. Par ailleurs, Los Angeles n’est pas vraiment une ville. Je me sentais seul, là-bas. Je pouvais passer un mois dans le plus bel hôtel de la ville, dans un confort incroyable : rien à faire, je me trouvais isolé. »
A travers ces lignes se fait jour le dilemme du “Yored”, ou celui de l’Israélien partagé entre son amour déçu pour son pays (Israël) et le confort de la vie en exil… Eternel dilemme du Juif de diaspora, qu’on rencontre déjà dans la Bible ! Pour Hagai Levi, comme pour beaucoup d’artistes et de créateurs israéliens vivant à l’étranger, ce dilemme est devenu encore plus oppressant depuis le 7-Octobre. Voilà comment il l’explique au journaliste du Monde: « Aller en Europe signifiait pour moi respirer. J’éprouvais une telle rancœur à l’égard de mon gouvernement. Vous ne pouvez pas mesurer ma colère, aujourd’hui encore. J’ai pris conscience de la haine qui m’a envahi après le 7-Octobre. Une haine devenue l’un des sujets centraux d’Etty. Il m’arrivait de croiser des manifestations propalestiniennes à Amsterdam, mais ma colère était telle que l’antisémitisme qui pouvait affleurer dans certains slogans ne me concernait pas. La rancœur à l’égard des dirigeants de mon pays a pris le pas sur tout. »
La haine des opposants au gouvernement
Ces lignes sont révélatrices de l’état d’esprit de bien des opposants au gouvernement. Levi divulgue avec sincérité le “pot aux roses”, lorsqu’il avoue que la rancœur et la colère contre Nétanyahou étaient chez lui (et chez des milliers de ses semblables, qui manifestent boulevard Kaplan à Tel-Aviv et ailleurs chaque semaine depuis des mois et des années…) plus forte que tout autre sentiment. La “haine” qui l’a envahi après le 7-Octobre est le ressort de bien des phénomènes complexes et parfois déroutants que traverse notre pays depuis lors. Malgré la guerre sur sept fronts, les morts des soldats et leur héroïsme, malgré la résilience extraordinaire de la société israélienne dans son ensemble, c’est cette haine inextinguible qui continue d’alimenter les manifestations contre le gouvernement et les tentatives incessantes de le faire tomber.
Pour revenir à la carrière cinématographique de Levi, sa nouvelle série ”Etty”, basée sur la vie de la jeune Etty Hillesum, lui vaut les honneurs de tous les médias en France et ailleurs. Au-delà de ses qualités cinématographiques, dont je ne doute pas, cela montre qu’il est plus facile d’être adulé par Arte et Le Monde quand on parle de la Shoah… Le summum est atteint par Guillaume Erner, journaliste qu’on peut écouter sur France Culture chaque matin, qui n’hésite pas à parler sans frémir d’un “gouvernement nazi” en Israël, au cours de son entretien avec Haggai Levi ! (Nous reviendrons en temps voulu sur le cas Erner).
“Aujourd’hui, écrit Le Monde, “le showrunneur s’interroge pourtant de nouveau sur son lieu de vie idéal.” Quel est le “lieu de vie idéal”? La question est bien de notre époque… Souvenez-vous de la distinction faite par l’essayiste britannique David Goodhart entre les “gens de partout” (Anywheres) et le “peuple de quelque part” (Somewheres). Hagai Levi, comme bien d’autres Israéliens de son milieu (celui des artistes et des “showrunneurs”), s’interroge sur sa place dans le monde. Il fait évidemment partie des Anywhere, sa carrière lui permettant de vivre aussi bien à Paris, Berlin qu’à Los Angeles. Mais il a compris qu’il n’y serait jamais chez lui… Cruel dilemme de l’Israélien exilé ! Haggai Levi, qui confie au journaliste du Monde avoir suivi une thérapie durant “toute sa vie”, n’en a pas fini avec les psys.
© Pierre Lurçat
Source: “En thérapie”: Haggai Levi et les tourments d’un Israélien exilé volontaire
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