De Boualem Sansal à Kamel Daoud, en passant par l’audiovisuel public et certains libraires militants, le chroniqueur du Figaro-Vox dénonce une gauche qui réserverait systématiquement ses critiques les plus virulentes à ceux qui défendent la France.
« J’avais beau l’annoncer à grand renfort de superlatifs, je restais en dessous de la vérité : l’intolérance d’extrême gauche est à son sommet. Plus l’extrême gauche politique et médiatique perd de son prestige moral et intellectuel, plus elle devient méchante. La semaine qui s’achève vient de me donner raison au-delà de toute désespérance. Boualem Sansal en est l’illustration la plus tragique et tristement ironique : il en vient à envisager de quitter la France. Embastillé en Algérie pour «atteinte à l’unité nationale» après avoir osé critiquer les frontières et l’histoire officielle du régime, l’écrivain franco-algérien fut souvent défendu du bout des lèvres par une partie de l’intelligentsia française d’extrême gauche, au demeurant plus de gauche qu’intelligente.
Illustration la plus confondante : cette émission de service public sur France 5 où il fut attaqué sans être défendu, alors qu’il était encore dans les geôles de la dictature algérienne : «il se trouve que Boualem Sansal alimente un discours hostile à l’encontre des immigrés et des musulmans, il reprend tous les thèmes d’Éric Zemmour (…) quand des intellectuels du milieu culturel le présentent comme un homme des lumières, ils se trompent complètement. Ils sont aveugles ou complices». Libéré en novembre 2025 et de retour en France, le ton s’est fait encore plus aigre. La trop fameuse affaire Grasset et ses prises de position lucides sur l’islamisation et les menaces qui pèsent sur la France ont provoqué un «malaise grandissant», pour reprendre une expression lue dans Le Monde. Vilipendé par ceux qui autrefois l’encensaient, Sansal paye le prix de son amour pour une France qu’il a trop défendue à leurs yeux. Sur France 5, toujours, la responsable littéraire du journal Le Monde le tient pour un piètre écrivain qui vendrait peu de livres. Son roman 2084 : la fin du monde a trouvé 400.000 lecteurs. La gauche préfère visiblement le dictateur algérien au dissident franco-algérien qui refuse de haïr son pays d’accueil. Samedi, l’écrivain résistant a été intronisé à l’Académie royale de Bruxelles. D’aucuns lui ont reproché à nouveau ses récents positionnements : c’est un géant au milieu des nains.
Le même scénario consternant de ce psychodrame se retrouve avec Kamel Daoud. Le 21 avril 2026, l’auteur du roman Houris, prix Goncourt 2024, a été condamné par contumace à trois ans de prison ferme et à une lourde amende par le tribunal d’Oran. Son délit aura été d’avoir évoqué dans un roman, qui n’a pas été publié en Algérie, les traumatismes de la décennie noire algérienne, en violation de la loi d’amnistie qui impose le silence sur ces années de terreur islamiste. La seule guerre qu’il convient d’évoquer est celle contre la France.
- La dictature du ressentiment a ses saints : ceux qui haïssent la nation, ses enfants, et bénissent ses assassins.
Par amnésie décrétée, les terroristes islamistes ont été amnistiés, mais un plus lointain passé continue à être ressassé à titre d’identité. La ministre française de la Culture a réagi, mais sans oser écrire le mot Algérie. J’affirme que l’auditeur de France Inter qui signe cette chronique, dont la fidélité assidue ne saurait être questionnée, n’a pas une seule fois, jusqu’au moment où ces lignes sont écrites, entendu évoquer ne serait-ce que prestement cette condamnation. On voudra bien comparer avec les innombrables éditoriaux consacrés à l’affaire Grasset. Sans entrer dans le débat de fond, le mot qui vient à la surface est celui de disproportion.
Autre cruel exemple de l’intolérance, et même de la censure qui vient : l’attitude de certains libraires de la gauche extrême. C’est ainsi que, dans une tribune du Monde, des libraires se vantent «d’escamoter» les ouvrages de Philippe de Villiers et d’Éric Zemmour, ou plus largement ceux du groupe Hachette. Ils ne refusent pas la vente, car la loi l’interdit, mais ne les conseillent pas et remisent dans des arrière-salles ces livres boycottés. Ils y voient un acte de «résistance culturelle» contre «l’extrême droite». On censure ainsi par le bas au nom du Bien à Paris, tandis que l’on tolère la censure d’État à Alger. Ceux qui pleuraient hier sur la liberté d’expression perdue serrent aujourd’hui les ciseaux d’Anastasie dans leur main gauche.
À ce stade, il nous faut évoquer l’audiovisuel public. Le député Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur sa neutralité et son financement, aura été traité tout au long de celle-ci comme jamais un rapporteur ne l’avait été. On comparera avec quelle plus grande urbanité son alter ego insoumis l’a été lorsqu’il se comportait avec tout autant d’esprit critique à l’égard des responsables de C8. Charles Alloncle vient donc de remettre son rapport : austérité nécessaire, fusion de chaînes, réduction de la gabegie, mise en cause des partis pris exclusifs du pluralisme et des biais idéologiques. La réaction de la gauche médiatique a été immédiate : «maccarthysme», «tribunal inquisitoire», «attaque contre la culture». Le jour où cette chronique est publiée est aussi celui où l’on saura si le rapport sera autorisé à la publication. Si tel n’est pas le cas, ce sera la seconde fois dans toute l’histoire parlementaire.
Pour rester dans le domaine de l’audiovisuel public, on apprend que Delphine Ernotte, présidente de France Télévisions, diligente une procédure pénale à l’encontre de Patrick Sébastien, avec lequel elle est en conflit permanent, concernant une chanson paillarde la ciblant et taxée de sexiste, dans laquelle le fameux chansonnier blanc de plus de cinquante ans utilise des allusions crues comme «en caressant mes noix de coco» . Je ne m’autoriserai aucune remarque juridique ou morale à ce sujet. En revanche, je ne connais que trop ce que j’appelle l’humour à sens inique du service public. C’est ainsi, pour ne prendre que l’exemple le plus topique, que le chansonnier Frédéric Fromet, dans l’émission Par Jupiter, présentée par Guillaume Meurice et Charline Vanhoenacker, a chanté sur France Inter : «Jésus est pédé, il n’y a pas que l’hostie qu’il faut sucer», sans que sa direction ou l’Église de France ne songent à diligenter une action judiciaire.
Je ne peux terminer cette chronique sans aborder le cas de Virginie Despentes. Celle-ci fait partie des signataires d’un texte dans l’affaire Grasset, qui ne fait pas l’objet de cette chronique consacrée à l’intolérance d’extrême gauche à son sommet. Sa signature n’a pas posé question et elle a été reçue avec égards sur certaines chaînes de télévision. Six jours après l’attentat de Charlie Hebdo, elle écrivait dans Les Inrocks : «J’ai été Charlie, le balayeur et le flic à l’entrée. Et j’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir.» Les frères Kouachi, assassins de journalistes français, de policiers et de juifs, devenaient ainsi des «gars» désespérés, révoltés légitimes contre une France détestable.
En creux, la haine de la France et de ses enfants : les victimes reléguées au rang de symboles haïssables, les bourreaux «aimés» pour leur geste. Aujourd’hui encore, quand on veut bien lui rappeler ce texte, ce qui n’est pas le cas sur l’audiovisuel de service public ou chez Quotidien, Despentes hausse les épaules avec dédain. Cette gauche qui traîne sans cesse dans la boue De Villiers ou Zemmour réserve à la romancière un respect souverain, précisément parce qu’elle déteste la souveraineté de la France. La dictature du ressentiment a ses saints : ceux qui haïssent la nation, ses enfants, et bénissent ses assassins.
Il ne s’agit pas d’anecdotes, il s’agit d’un système : on préfère l’Autre avec majuscule, la dictature algérienne, l’islamiste, l’étranger radical, à l’enfant de la France qui ose la défendre. Cette intolérance d’extrême gauche qui monte n’est pas un excès. Elle est le cœur d’une idéologie masochiste qui a renoncé à la nation pour mieux sacraliser ses ennemis. La combattre est un combat sacré ».
© Gilles-William Goldnadel

Merci pour votre article
ce sont des lâches
qui n’osent pas affronter la vérité
ils sont englués dans la bienpensante