L’affaire Quatremer. Par Julien Brünn

Donc, le jovial et facétieux (mais ni sourd, ni muet, encore moins aveugle) correspondant de Libération à Bruxelles, patrie d’Hergé, est dans la tourmente. Dénouement dans le prochain épisode, après une convocation disciplinaire en bonne et due forme par les « Ressources humaines » du journal (« humaines » mon cul !). Motif : des tweets et des retweets moqueurs ont « blessé » des membres de la rédaction ; les pauvres en ont « souffert ». Des tweets contre qui ? Personne en particulier. Contre quoi alors ? Le wokisme flottant dans l’air du temps et plus particulièrement dans certaines rédactions, dont celle de Libération. Des tweets contre le wokisme ? Houlà, son compte est bon… Presque pas besoin d’aller plus loin. Le tweet retweeté était en effet celui d’une journaliste du Point. Déjà, ça sent mauvais, quel que soit son contenu : avec Le Point, on frôle le fascisme. Mais après lecture, c’est encore plus terrible : le tweet ironisait sur les jeunes journalistes de Médiapart ou de Libération « qui ont un peu de mal avec la déontologie », écrivait la journaliste du Point (fasciste !), car ils refusent d’admettre la décision finale de la Cour de cassation dans l’affaire Adama Traoré, laquelle entérine définitivement l’innocence des policiers impliqués dans l’histoire. Ce n’était qu’un « re »-tweet : nous insistons sur le « re », car ce n’est pas Quatremer qui l’a écrit – du reste il aurait peut-être dû –, mais le « re » vaut complicité dans ce crime. Or crime il y eut : car, ont écrit les élus du personnel porte-parole des souffreteux, si « la liberté d’expression est protégée, elle n’est pas absolue. Ce droit fondamental ne peut pas être le cheval de Troie du racisme, des discriminations et de la haine fondées sur la religion ou l’origine, du sexisme et de l’homophobie ».  Tu te reconnais, Quatremer ? Une autre fois, Quatremer a souligné sur LCI que la presse de droite a couvert la montée de l’antisémitisme, contrairement à la presse de gauche. On ne sait pas pourquoi, des journalistes de Libération se sont sentis visés. Ils en ont donc terriblement « souffert » et ont demandé la tête du traître blasphémateur.

Moralité : en un demi-siècle, Libération n’a pas beaucoup changé, je vais vous raconter pourquoi. Il y a un demi-siècle, un autre moi avec un autre cerveau était journaliste à Libération. Le moi que je suis devenu s’en excuse platement, sans pour autant le regretter. Bref, survient le raid d’Entebbe. Le commando israélien libère la centaine d’otages détenus par les pirates de l’air palestiniens, au nez et à la barbe de « l’hospitalier » Amin Dada. Au comité de rédaction de Libé qui suivit s’impose l’idée que le raid israélien est un acte terroriste. Quand votre serviteur fait remarquer qu’il s’agit quand même d’un acte de contre-terrorisme plutôt que de terrorisme, il se fait vertement rembarrer, sans possibilité de discussion. Résultat, la Une du lendemain : « Championnat de terrorisme, Israël en tête ». 

Et ce n’est pas fini. Deux ans plus tard, à l’occasion de la diffusion du feuilleton « Holocauste » par Antenne 2, le même Libé publie un article d’un certain Pierre Guillaume, épigone du négationniste Robert Faurisson. Je réponds le lendemain par un court article : « Quand l’antisémitisme transpire dans nos colonnes », dans lequel j’explique que ledit Pierre Guillaume a le droit de s’exprimer, certes (j’ai toujours été contre les lois limitant la liberté d’expression), mais qu’il peut le faire grâce à sa propre maison d’édition, La vieille taupe, plutôt que par le truchement de Libé. Ai-je à l’époque plaidé la « souffrance » comme mes jeunes collègues d’aujourd’hui contre Quatremer ? Un peu, c’est vrai, mais pas vraiment non plus. Je plaidais pour le droit de s’exprimer là où chacun peut le faire. Mais l’essentiel n’est pas là. Il est dans l’effet de meute contre moi qui s’est aussitôt manifesté à la rédaction.

D’abord à la fabrication, ils ont réussi à faire sauter « dans nos colonnes », puis la claviste m’inonde de notes cruelles (les fameuses à l’époque « notes de la claviste »), puis le véritable procès qui me fut intenté par le comité de rédaction : « Il faut faire tomber tous les tabous », disait-on à l’époque. Quelques temps plus tard, je quittais ce journal.

Pardon pour ces épanchements personnels. Ils sont destinés à illustrer une certaine continuité du journal en question, même si la situation n’est pas identique : elle est pire, car le « wokisme » s’est généralisé.

Cher Jean : solidarité totale, en connaissance de cause. J’espère simplement que ce billet dans « Tribune juive » (nazis, avec ou sans prépuce !) ne va pas s’ajouter aux actes d’accusation dont la meute va t’accabler vendredi.

Amitiés.

© Julien Brünn

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