Les intellectuels juifs face à la guerre en Israël (I) : le serment solennel d’André Neher
“Al qeshé ôref, le peuple à la nuque d’acier : c’est la définition biblique du peuple juif. Or, en hébreu moderne, ôref, ce n’est pas la nuque, mais l’arrière, l’arrière d’un front de combat. Je traduis donc : le peuple Juif de la diaspora est l’arrière du front d’Israël… un arrière d’acier »
André Neher
Le 4 juin 1967, “aux heures de suprême angoisse pour Israël”, le regretté André Neher prononçait les mots qui suivent devant l’Assemblée générale du judaïsme français, convoquée de toute urgence. “Al qeshé ôref, le peuple à la nuque d’acier : c’est la définition biblique du peuple juif. Or, en hébreu moderne, ôref, ce n’est pas la nuque, mais l’arrière, l’arrière d’un front de combat. Je traduis donc : le peuple Juif de la diaspora est l’arrière du front d’Israël… un arrière d’acier”[1].
La remarque linguistique faite par Neher est tout aussi pertinente aujourd’hui qu’alors. En hébreu moderne, le “pikoud ha-Ôref” désigne le “commandement de l’arrière”, ce département de Tsahal qui a la mission cruciale de faire en sorte que la population civile soit disciplinée et obéisse aux consignes pour minimiser le nombre de victimes civiles des missiles iraniens et libanais. Mission largement atteinte, le peuple d’Israël sachant lorsqu’il le faut faire preuve d discipline !
Le “Ôref” désigne donc à la fois l’arrière du front en Israël même, et comme l’écrivait Neher, l’arrière du front d’Israël en diaspora. A la même époque où il prononçait ce discours, un autre Juif courageux, le rabbin Jacob Kaplan, affrontait publiquement le président De Gaulle, après ses propos scandaleux sur les Juifs “peuple d’élite, sûr de lui et dominateur”. Autres temps, autres rabbins… hélas ! Le grand-rabbin Korsia n’a pas eu le courage du grand-rabbin Kaplan.
Face à un président français qui a depuis longtemps dépassé tous ses prédécesseurs en matière de détestation d’Israël, Haïm Korsia n’a non seulement pas eu un mot de protestation. Pire encore : il accepte en pleine guerre d’être fait “commandeur de la Légion d’honneur” à l’Elysée, des mains d’Emmanuel Macron, lequel n’a de cesse d’attaquer Israël en se faisant l’allié objectif du Hezbollah libanais et de l’Iran.
Mais cet exemple malencontreux de défection de l’arrière d’Israël ne représente nullement l’ensemble de la diaspora juive, qui est majoritairement et inconditionnellement unie derrière Israël, son armée et son gouvernement. Am qeshé ôref, le peuple à la nuque raide a la tête haute et se tient droit et fier, jusqu’à la victoire ! Shabbat shalom et Hodesh tov !
© Pierre Lurçat

[1] Discours repris dans le beau livre d’André Neher, Dans tes portes, Jérusalem, Albin Michel 1972.

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