Par Julien Brünn
Dieu merci, Douglas Murray n’est pas juif ! On peut donc lire son livre, Les démocraties et la mort. Israël, l’islamisme et nous, comme un témoignage et une réflexion « neutres », ou presque, sur le 7 octobre et ses suites. Presque, parce que, si Murray n’est pas juif, il est néanmoins conservateur (s’il avait été conservateur et juif, c’en serait médiatiquement fini de lui…). Il s’est déjà illustré par des bouquins comme L’étrange suicide de l’Europe ou Abattre l’Occident : comment l’antiracisme est devenu une arme de destruction massive (tous deux traduits de l’anglais et publiés chez L’artilleur).
Dès le lendemain du 7 octobre 2023, le non juif Douglas Murray s’est donc envolé pour Tel Aviv afin d’enquêter, d’abord sur l’ampleur et la profondeur inimaginable – inimaginable en tout cas pour « nous » – de la sauvagerie de ce qui venait de se produire, et aussi sur la nature de ce qui allait suivre. Sur la sauvagerie, tout a peut-être été dit, mais tout n’a pas été vu ni senti. Douglas Murray a pu voir d’assez près les cendres presqu’encore chaudes des corps que les miliciens du Hamas avaient brûlés, il a rencontré les parents des suppliciés, les violés, les éventrés, les décapités, et les parents de ceux dont on ignorait encore le sort.
Sur ce qui s’est produit après, il faut distinguer Israël et le reste du monde. Dans un Israël pourtant profondément divisé avant le 7 octobre, l’unité s’est reformée (provisoirement) pour enfin combattre le véritable ennemi. L’ennemi, en Israël, en tout cas le temps de cet « après 7 octobre », le temps de la guerre, est facilement identifiable. C’est le Hamas, un mouvement non pas nationaliste comme l’était, quoi qu’on en pense, l’OLP d’Arafat, mais islamiste. Un mouvement qui fait ce qu’il dit. C’est-à-dire le pire. Et le fera, et le refera encore. Quoi qu’en pense le monde. Le 7 octobre n’était pas un dérapage commis par des miliciens surexcités mais une tuerie planifiée, y compris dans ses aspects les plus atroces. Exemple cité par Douglas Murray : un des porte-parole du Hamas, deux semaines après le 7 octobre. Il s’exprime au micro d’une radio libanaise : « Nous le disons avec une conviction totale. Il faut donner une leçon à Israël, et nous le ferons encore et encore. Le déluge d’Al-Aqsa (nom donné par le Hamas à l’opération du 7 octobre) n’était que la première fois. Il y en aura une deuxième, une troisième, une quatrième, car nous en avons la détermination. (…) Question du journaliste : Cela signifie-t-il la destruction d’Israël ? Réponse : oui, bien sûr. L’existence d’Israël n’a pas de sens. L’existence d’Israël cause de la douleur, du sang et des larmes. C’est Israël, pas nous. Nous sommes les victimes de l’occupation. Personne ne devrait donc nous blâmer pour ce que nous faisons. Le 7 octobre, le 10, un million de fois encore – toutes nos actions sont légitimes. » (p. 250)
Au fil de son enquête, se dégage une évidence pas si évidente : le moteur idéologique et émotionnel du Hamas, c’est le culte de la mort. Pas seulement la mort, mais le culte de la mort. C’est d’ailleurs son titre originel en anglais : « On democraties and death cults » : sur les démocraties et les cultes de la mort (chroniqué par Michèle Tribalat dans Causeur en avril 2025, date de sa sortie en Grande-Bretagne). Et la question qui surgit de cette découverte est celle-ci : comment combattre un ennemi qui voue un tel culte à la mort avec une psychologie occidentale qui voue, elle, un culte à la vie ? Réponse de Douglas Murray : en combattant sans faiblir moralement, « à l’israélienne ». Si Israël n’a pas totalement anéanti le Hamas, du moins a-t-il récupéré ses otages, les morts et les vivants. Fermeté morale, donc, face à un ennemi qui n’en a pas.
Sans doute. Mais là où les choses se compliquent, c’est à l’extérieur d’Israël. Nous avons tous été témoins, comme Douglas Murray, du spectaculaire renversement qui s’est opéré dans le monde. En l’espace d’une semaine, Israël, d’agressé et de victime, est devenu l’agresseur « génocidaire ». Ce renversement, attendu dans l’ancien Tiers-Monde où l’anti-israélisme sert de ferment identitaire comme l’antisémitisme a servi de ferment identitaire dans l’Europe des nations des XIX et XXe siècles, a été plus spectaculaire encore dans le monde occidental. Ses apprenties élites ont immédiatement épousé les thèses les plus extrêmes du Hamas (« libération de la Palestine de la rivière à la mer »), et ses élites gouvernantes n’ont pas tenu très longtemps la posture de la fermeté morale, passant rapidement de « Israël a le droit de se défendre » à « on ne combat pas la barbarie par la barbarie » (Emmanuel Macron). Cette absence de fermeté morale est d’autant plus préoccupante que dans le monde occidental, l’« ennemi » n’est pas aussi facilement identifiable qu’en Israël. Il est intérieur.
À propos de la prétendue « occupation » (de la rivière à la mer) inlassablement brandie en justification, Douglas Murray cite les réflexions de Vassili Grossman sur l’antisémitisme : « Dites-moi de quoi vous accusez les Juifs, je vous dirai de quoi vous êtes coupable. » Ainsi, poursuit Murray, « les pays musulmans accusent Israël de colonialisme alors que l’histoire entière de l’islam est faite de colonisations. » (p 172)
CQFD.
© Julien Brünn

Et la recette contre ???
Deux soldats sont tombés hier encore, Huit cent soixante six depuis le 7 octobre. hamas n’est pas mort.