Eloge de la sieste. Par Hubert Bouccara

Je profite de ces jours de repos et de faire des siestes…

Éloge de la sieste.

Il est un art discret, longtemps méprisé, parfois moqué, mais infiniment sage : la sieste.

Ni paresse ni fuite, elle est une parenthèse. Un geste de tendresse que l’on s’accorde à soi-même, au milieu du tumulte des heures.

La sieste commence souvent par un soupir. Le monde, trop bruyant, trop rapide, consent enfin à baisser le ton. Les paupières deviennent lourdes, non comme un fardeau, mais comme des rideaux que l’on tire pour tamiser la lumière. 

Le corps, ce fidèle compagnon trop souvent sommé de tenir bon, s’abandonne quelques instants à la gravité.

Dans cet entre-deux, le temps se plie. Dix minutes peuvent valoir une nuit entière. Le sommeil n’y est pas profond : il est feutré, poreux, traversé d’images légères, de souvenirs flous, d’idées qui dérivent. On n’y disparaît pas, on s’y repose simplement d’exister.

La sieste est un acte de résistance douce. Elle dit non à la tyrannie de la productivité continue, à l’illusion qu’il faudrait être éveillé pour être utile. Elle rappelle que l’esprit s’aiguise dans le repos, que la créativité naît souvent les yeux clos, et que la lucidité aime les détours par le silence.

Les enfants la connaissent instinctivement. Les chats en ont fait une philosophie. Les anciens la défendent comme une sagesse héritée du soleil. Elle traverse les cultures, les âges, les saisons, fidèle à elle-même : modeste, efficace, bienveillante.

Et lorsque l’on se réveille, il y a ce miracle discret : le monde est le même, mais nous, nous ne le sommes plus tout à fait. Les pensées sont plus claires, les gestes plus lents, la patience retrouvée. La sieste ne vole rien au jour ; elle le rend habitable.

Ainsi, louons la sieste.

Pour ce qu’elle offre sans bruit.

Pour ce qu’elle répare sans promesse.

Pour ce qu’elle nous apprend : parfois, fermer les yeux est la meilleure façon de rester pleinement vivant.

© Hubert Bouccara

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