Edith Ochs. Strasbourg, la fanfare des quat’z arts (1)

Hôtel de ville de Strasbourg

Strasbourg est la capitale des Droits de l’Homme. Elle abrite le Parlement européen depuis 1949, le Conseil de l’Europe, le Palais de l’Europe et la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH). Bruxelles est à 400km, et Luxembourg à 220km. Capitale de l’Alsace, Strasbourg est, en un sens, une « ville d’eau ».

Située sur « l’une des plus grandes réserves d’eau potable d’Europe », elle est arrosée par divers affluents du Rhin… arrosée et souvent inondée, de sorte qu’ils ont été canalisés, encerclant des îles et traversant des quartiers bien délimités. Capitale européenne, l’écologie y a pleinement sa place.

Un an déjà… Strasbourg serait sans doute restée cette belle ville un peu assoupie, aimée mais ignorée de beaucoup sauf de ses enfants et des parlementaires européens si, aux élections municipales de juin 2020, les habitants ne s’étaient massivement abstenus, livrant la mairie à une écologiste, Jeanne Barseghian assistée de membres d’associations diverses. 

Avec son élue verte, Strasbourg est sortie de l’anonymat, parfois de façon cocasse, mais déclenchant aussi effarement, voire inquiétude quand le mot « laïcité » a été banni du règlement intérieur du conseil municipal en décembre dernier. 

Les associatifs auraient-ils donc des centres d’intérêts particuliers, et des contacts liés à leurs activités antérieures à leur prise de fonctions ? On aurait pu se poser cette question quand on a parlé de l’importante subvention — 2,5 millions d’euros — pour la mosquée « turque » de Millî Görüs, mouvement fondamentaliste, proche des Frères musulmans, donc chère au cœur d’Erdogan. 

« Enchantez-nous, » lance Jeanne Barseghian, la maire EELV de Strasbourg, au chef de chœur de sa chorale après avoir annoncé au conseil municipal quelques instants « suspendus ». Au lendemain du premier tour des régionales qui ont connu 70% d’abstention, l’élue partage sa passion avec une assistance clairsemée. La chorale, ça soude une équipe, et elle appartient à deux chorales strasbourgeoises. « Elle est l’un des piliers du groupe, » dit Laurène qui la retrouve au chant tous les jeudis soirs.

Chef d’orchestre, c’est le titre que Mme Barseghian se donnait avant son élection à la tête d’une liste Strasbourg Écologiste & Citoyenne, regroupant des personnalités très diverses, Parti communiste, Place Publique, Verts, Générations. Ainsi que des membres de la « société civile », en un sens, tels que Mme Khadija Ben Annou, qui se présente voilée sur la photo, ce qui entraîne dès le 25 juin 2020 un édito de Michel Taube, dans Opinion internationale, intitulé : « Pas de femmes voilées en politique ! Pas de listes communautaristes. » La déclaration de foi de Mme Ben Annou tient en peu de mots : « Pour moi le respect de l’humain, des animaux et de notre environnement sont essentiels. » 

Le financement de la mosquée Eyyub Sultan

Originaire de Suresnes, la souriante quadragénaire est une militante associative de longue date, ce qui n’est sans doute pas étranger au fait que ses conseillers sont aussi issus d’associations. Cela donne probablement un ancrage local aux élus, dont les relais sur le terrain ne compensent pas toujours le manque d’expérience ni, peut-être, le manque d’indépendance. Les activités antérieures à l’entrée en fonction, auxquelles ces élus sont liés de longue date, ne font-elles pas craindre un certain penchant qui privilégierait ceux qui ont partagé votre parcours ? »

Le financement de la mosquée Eyyub Sultan a été voté en conseil municipal du 22 mars 2021. Jean-Philippe Vetter, un conseiller LR, a annoncé que son groupe votera contre car c’est « une délibération incomplète et qui met la charrue avant les bœufs ». Catherine Trautmann, qui fut membre du gouvernement Jospin, a fait savoir que son groupe ne prenait pas part au vote. Résultat : 22 voix pour, 7 contre, zéro abstention.

Quand la révélation du financement de la mosquée Eyyub Sultan a fait scandale, les questions ont surgi. Pourquoi la plus grande mosquée d’Europe, dit-on, consacrée au rite turc dont les fidèles sont surtout nombreux en Allemagne, se construisait-elle à Strasbourg ? « Dans l’objectif d’asseoir son influence sur les communautés turques en France, [Millî Görüs] s’attache à contrôler les lieux de culte fréquentés par les membres de ces communautés, » remarque la préfète dans un communiqué. Et elle rappelle que Millî Görüs refuse d’approuver la charte élaborée par le Conseil français du culte musulman (CFCM). 

Loin de se démonter, le premier adjoint Syamak Agha Babaei en charge des marchés publics, a contre-attaqué en soutenant tout ignorer de Millî Görüs, accusant même la préfète de mensonge et la défiant de prouver le contraire. « Il n’y a aucune note, tempête-t-il. S’il y a danger, pourquoi [Darmanin] n’agit pas, pourquoi il tweete ? (…) Produisez les pièces qui démontrent le danger. » Et il ajoute : « Je suis très inquiet, on abîme l’État de droit. »

Cet écologiste de fraîche date, qui a quitté le PS en 2015 pour protester contre le projet de déchéance pour les binationaux coupables d’actes de terrorisme, plaide « l’ignorance ». S’il n’a pas été averti, ce qui est peu probable, de la présence des Frères musulmans dans le mouvement Millî Görüs, on peut se demander pourquoi Mme Hülliya Turan, la 8e adjointe, secrétaire départementale du PC Bas-Rhin et militante de longue date dans des associations turques, en aurait fait mystère. 

« Nous n’avons pas su nous présenter », regrette Millî Görüs. Finalement, la polémique a profité à la mosquée puisque désormais les dons « affluent », précisent les Dernières Nouvelles d’Alsace le 12 juin. On peut signaler aussi que l’école maternelle privée, adossée à la mosquée, pourra être construite : le tribunal administratif a suspendu provisoirement l’arrêté de la préfète Josiane Chevalier.

© Edith Ochs

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Edith est journaliste et se consacre plus particulièrement, depuis quelques années, aux questions touchant à l’antisémitisme. Blogueuse au Huffington Post et collaboratrice à Causeur, Edith est également auteur, ayant écrit notamment (avec Bernard Nantet) “Les Falasha, la tribu retrouvée” ( Payot, et en Poche) et “Les Fils de la sagesse – les Ismaéliens et l’Aga Khan” (Lattès, épuisé), traductrice (près de 200 romans traduits de l’anglais) et a contribué, entre autres, au Dictionnaire des Femmes et au Dictionnaire des intellectuels juifs depuis 1945.    

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