ONU : quand le procès permanent d’Israël finit par brouiller la réalité

 

La paix ne peut pas se construire sur une contre-vérité

En affirmant mercredi 22 septembre, à l’ONU que « le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie », Emmanuel Macron a prononcé une phrase factuellement inexacte. Au-delà de la controverse, cette déclaration fragilise les amis d’Israël en France, dans un pays déjà confronté à un niveau historiquement élevé d’antisémitisme, détériore la confiance entre Paris et Jérusalem et offre un argument aux propagandistes du Hamas. Une clarification est nécessaire : défendre les Palestiniens n’impose pas de nier le terrorisme, ni d’oublier le pogrom du 7 octobre 2023, pas plus que défendre Israël ne dispense de reconnaître les souffrances palestiniennes.

À chaque Assemblée générale des Nations unies, un phénomène finit par interroger : quelle que soit l’ampleur des crises qui ravagent la planète, Israël semble occuper une place singulière dans le réquisitoire international.

Le problème n’est évidemment pas de critiquer Israël ; une démocratie peut être critiquée et son gouvernement doit pouvoir rendre des comptes. Les souffrances des civils palestiniens doivent être entendues, les violences commises contre eux condamnées et leurs droits politiques défendus.

Mais l’exigence légitime envers Israël, qui a subi un véritable pogrom le 7 octobre 2023, ne devrait jamais conduire à arranger les faits.

C’est pourtant ce qui vient de se produire à la tribune de l’ONU.

Emmanuel Macron y a affirmé, avec force et conviction, que « le Hamas n’a jamais sévi en Cisjordanie ».

La phrase pose un problème simple : elle est factuellement inexacte.

Le Hamas ne gouverne certes pas la Cisjordanie comme il gouvernait Gaza et l’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah, y combat elle-même ses réseaux, mais absence de gouvernement ne signifie pas absence du Hamas.

L’Union européenne a notamment sanctionné Maher Rebhi Obeid, membre du bureau politique du Hamas, en précisant qu’il était chargé de diriger des opérateurs terroristes de l’organisation en Cisjordanie.

La distinction est donc essentielle et elle aurait permis au président français de tenir un discours beaucoup plus solide : le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie ; ses réseaux et ses activités terroristes y sont néanmoins documentés, avec des assassinats la semaine dernière encore d’un franco-israélien.

Si la parole française se veut exigeante envers Israël, elle doit être lucide sur le terrorisme, car une intention diplomatique, même respectable, ne justifie jamais une contre-vérité.

Une phrase immédiatement exploitable par les propagandistes

Les mots prononcés à l’ONU ne resteront pas enfermés dans les archives diplomatiques. Ils seront extraits de leur contexte, reproduits sur les réseaux sociaux et utilisés pour affirmer que la présence du Hamas en Cisjordanie serait une invention destinée à justifier les politiques israéliennes.

Ils pourront également servir à banaliser le Hamas en le présentant comme une organisation strictement cantonnée à Gaza, voire comme un acteur politique presque ordinaire dont la dimension terroriste serait secondaire.

Cette récupération ne concernera pas tous ceux qui manifestent en faveur des Palestiniens.

Il est essentiel de rappeler que défendre les civils de Gaza, demander davantage d’aide humanitaire ou soutenir les droits politiques des Palestiniens ne signifie pas soutenir le Hamas. De nombreuses personnes agissent sincèrement au nom de considérations humanitaires. Les assimiler aux relais d’une organisation terroriste serait injuste et contre-productif.

Mais il existe aussi des militants et des organisations qui refusent de condamner le 7 octobre, glorifient ses auteurs, réclament la disparition d’Israël ou relaient les éléments de langage du Hamas. Ce sont eux qui instrumentaliseront cette phrase.

Une démocratie doit savoir distinguer la solidarité avec les Palestiniens de la complaisance envers le Hamas, comme elle doit distinguer le soutien à Israël de l’approbation systématique de son gouvernement.

 Le risque d’alimenter un antisémitisme déjà excessif

Une déclaration présidentielle ne crée évidemment pas, à elle seule, l’antisémitisme. Il serait excessif et intellectuellement contestable de lui imputer directement les actes qui pourraient survenir, mais les paroles publiques contribuent à définir le climat dans lequel les passions s’expriment.

Or, l’antisémitisme se maintient en France à un niveau historiquement élevé. Le ministère de l’Intérieur a recensé 1 320 actes antisémites en 2025. Malgré une baisse de 16 % par rapport à 2024, le ministère souligne que leur niveau demeure exceptionnellement élevé et que les trois années ayant suivi le 7 octobre 2023 figurent parmi les plus préoccupantes des vingt-cinq dernières années.

Dans ce contexte, toute minimisation du Hamas peut être exploitée par ceux qui cherchent à inverser les responsabilités : les terroristes disparaissent du récit, Israël devient l’unique coupable et les Juifs de France sont sommés de répondre personnellement de toutes les décisions israéliennes.

La mécanique est désormais connue :

  • la critique légitime d’une politique devient la condamnation globale d’Israël ;
  • la condamnation d’Israël devient la contestation de son droit à l’existence ;
  • l’hostilité envers Israël se déplace vers ceux qui lui sont supposés liés ;
  • les Juifs de France deviennent les destinataires d’une colère dont ils ne sont pourtant pas responsables.

Tous les soutiens de la cause palestinienne ne participent évidemment pas à cette dérive, mais nier son existence serait une nouvelle faute.

La lutte contre l’antisémitisme exige de refuser simultanément deux amalgames : assimiler tous les Palestiniens au Hamas et assimiler tous les Juifs aux décisions du gouvernement israélien.

Quand la diplomatie perd le sens de la mesure

L’incident pose une question plus large concernant les Nations unies elles-mêmes.

L’ONU doit évidemment examiner la politique israélienne, les implantations, la situation à Gaza et les droits des Palestiniens. Elle le fait d’ailleurs régulièrement à travers de multiples résolutions et instances spécifiques.

Mais cette attention devient problématique lorsqu’elle donne le sentiment que l’indignation internationale fonctionne avec une intensité différente selon les pays concernés.

Soudan, Syrie, Yémen, Ukraine, Iran : notre époque ne manque malheureusement ni de guerres, ni de répression, ni de populations martyrisées.

L’universalisme perd sa crédibilité lorsqu’il paraît devenir sélectif et c’est précisément pourquoi la France devrait être particulièrement attentive à l’équilibre de sa parole.

Ni déni du terrorisme, ni déni des souffrances palestiniennes

Le débat public nous enferme trop souvent dans une alternative absurde.

Il faudrait choisir entre le 7-Octobre et Gaza, entre la sécurité d’Israël et les droits des Palestiniens, entre combattre le Hamas et critiquer le gouvernement israélien.

Je refuse ce choix stupide. On doit condamner sans réserve les massacres du 7-Octobre, exiger la disparition de la menace terroriste et reconnaître le droit d’Israël à vivre en sécurité.

On doit simultanément demander la protection des civils palestiniens, condamner les violences d’extrémistes israéliens et défendre le droit des Palestiniens à disposer d’un avenir politique.

L’Union européenne elle-même sanctionne d’ailleurs à la fois des responsables du Hamas et des Israéliens extrémistes responsables de violations contre des Palestiniens.

Ce n’est pas de l’indécision ; c’est refuser de sacrifier une vérité pour défendre son camp.

La paix commence par la vérité

L’erreur présidentielle pourrait être facilement corrigée ; non par une polémique supplémentaire, mais par une clarification : le Hamas ne gouverne pas la Cisjordanie, mais il y possède des réseaux et y mène des activités terroristes condamnables.

Une telle précision n’enlèverait rien aux droits des Palestiniens et rendrait simplement à la diplomatie française ce dont elle a le plus besoin pour prétendre peser : la crédibilité.

En effet, la diplomatie n’est pas l’art d’arranger les faits pour conforter son récit ou satisfaire son auditoire, mais l’art difficile de construire une issue politique à partir de la réalité tout entière.

À force de regarder le Proche-Orient à travers des vérités partielles, l’ONU comme la France risquent finalement de manquer leur mission.

La paix ne se construira ni sur le déni des souffrances palestiniennes, ni sur celui du terrorisme qui frappe Israël, ni en minimisant les crimes, les réseaux et l’idéologie du Hamas.

Elle commencera toujours par quelque chose de beaucoup moins spectaculaire qu’un discours à la tribune de l’ONU : la vérité des faits.

Jean-Luc SCEMAMA

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1 Comment

  1. La « cause palestinienne » pour l’immense majorité des Palestiniens, y compris les « civils innocents » n’est pas un état démocratique vivant en paix avec Israël, mais
    la destruction pure et simple de l’Etat d’Israël. Il y a peut-être des naïfs, mais la plupart de ceux et celles en Occident qui défendent cette cause sans jamais la définir , savent exactement ce que cela veut dire.

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