
Et Libération ? Et Reporters sans frontières ? Et Pierre Haski ? Et l’Agence France-Presse ? Et tous les autres ?
Il aura donc fallu presque trois ans.
Trois ans de guerre, de chiffres assénés quotidiennement, de dépêches reprises en boucle, de plateaux de télévision, de unes, d’indignation. À force d’être répétées, les mêmes informations ont fini par devenir des vérités que presque personne n’osait plus discuter.
Et voilà que Libération découvre un énorme problème.

Le 25 août 2026, CheckNews publie une enquête au titre assez extraordinaire :
« Gaza : comment les nécrologies de combattants publiées par le Hamas percutent le décompte des journalistes tués par l’armée israélienne. »
« Percutent » !
Le mot est joli.
La réalité l’est beaucoup moins.
Les milliers de nécrologies publiées par le Hamas et le Jihad islamique palestinien révèlent que plusieurs dizaines de personnes comptabilisées comme journalistes étaient également membres de leurs branches armées.
Vous avez bien lu.
Pas sympathisants.
Pas vaguement proches du Hamas.
Membres des branches armées.
Et qui nous l’apprend finalement ?
Le Hamas lui-même !
Pendant des mois, Israël avait affirmé que certains de ces « journalistes » appartenaient également au Hamas ou au Jihad islamique.
On répondait : preuves ?
Très bien.
C’est même exactement ce que doit faire un journaliste.
Mais pourquoi cette exigence de preuve, parfaitement légitime lorsqu’il s’agissait d’Israël, devenait-elle soudain beaucoup moins exigeante lorsque l’information venait de Gaza ?
Car on les a comptés, les morts.
On les a comptés, les journalistes.
On les a comptées, les femmes.
On les a comptés, les enfants.
Et on nous a répété les chiffres matin, midi et soir.
Or une grande partie de ces chiffres provenait d’une administration contrôlée par le Hamas.
Cela aurait dû provoquer une prudence obsessionnelle.
Ce ne fut pas toujours le cas.

Prenons Reporters sans frontières.
Le 7 mars 2024, l’organisation publiait :
« 103 journalistes tués en 150 jours à Gaza ».
Cent trois.
En octobre 2025, elle allait encore plus loin. Elle accusait l’armée israélienne d’avoir commis un « massacre inédit dans l’histoire récente contre la presse palestinienne » et dénonçait une campagne établissant une « équivalence dangereuse entre journaliste et terroriste ».
Relisons tranquillement cette phrase aujourd’hui.
« Équivalence dangereuse entre journaliste et terroriste ».
Nous savons désormais que certains de ces journalistes étaient bel et bien membres d’organisations armées.
Pas selon Israël.
Pas selon Benjamin Netanyahou.
Pas selon l’armée israélienne.
Selon le Hamas et le Jihad islamique eux-mêmes !
Le Comité pour la protection des journalistes a d’ailleurs été obligé de rouvrir ses dossiers.
Le 25 juin 2026, il annonce une révision de sa base.
Les nécrologies publiées par les organisations islamistes identifient comme combattants des hommes auparavant enregistrés comme journalistes.
Huit noms sont retirés pour cette raison.
Douze autres le sont pour d’autres problèmes.
Vingt noms disparaissent donc d’une liste.
Et deux mois plus tard, Libération parle de plusieurs dizaines de journalistes qui étaient également membres des branches armées.
Alors quelques questions s’imposent.
Combien étaient-ils ?
Combien de combattants ont été présentés au monde comme des journalistes tués par Israël ?
Combien de leurs noms ont servi à fabriquer les statistiques reprises pendant trois ans ?
Combien ont fait l’objet de communiqués indignés ?
Combien de fois Israël avait-il signalé leur appartenance au Hamas ou au Jihad islamique avant que ces accusations soient balayées ou présentées comme de la propagande ?
Et qui va maintenant reprendre les listes nom par nom ?
Il faudrait peut-être le demander à Pierre Haski.
Le président de Reporters sans frontières n’est pas exactement un débutant qui aurait découvert le Proche-Orient en regardant les informations.

Il a travaillé à l’Agence France-Presse. Il a été journaliste à Libération. Il a été correspondant à Jérusalem. Il préside Reporters sans frontières depuis 2017.
Il connaît parfaitement le journalisme, la région et la propagande de guerre.
Alors une question toute simple doit lui être posée.
Lorsque Reporters sans frontières accusait Israël d’entretenir cette fameuse « équivalence dangereuse entre journaliste et terroriste », quelles vérifications avaient été faites, nom par nom, pour s’assurer que les hommes figurant sur ses listes n’appartenaient pas également aux organisations armées ?
Ce n’est pas une attaque personnelle contre Pierre Haski.
C’est une question qu’il doit désormais accepter.
Parce que le Hamas vient lui-même d’apporter une partie de la réponse.
Et l’Agence France-Presse ?
Soyons précis. Elle n’a pas caché que les chiffres du ministère de la Santé de Gaza provenaient de l’administration contrôlée par le Hamas. Elle a également indiqué dans ses dépêches que ce ministère ne distinguait pas les civils des combattants.
Mais qui lit une dépêche jusqu’au dernier mot ?
L’Agence France-Presse diffuse une information. Cinquante journaux la reprennent. Puis les radios. Puis les télévisions. Puis les sites internet. Puis les réseaux sociaux.
Le chiffre reste.
Les réserves disparaissent en route.
Et qu’a entendu le public pendant trois ans ?
Des dizaines de milliers de morts.
Des femmes.
Des enfants.
Des journalistes.
Et les combattants ?
Combien ?
Le ministère de la Santé de Gaza ne les distinguait pas.
Ce n’est pas une accusation israélienne.
L’Agence France-Presse le précisait elle-même.
L’Associated Press aussi.
Et c’est ainsi que s’est installée une confusion énorme.
Le nombre total des morts à Gaza n’est pas le nombre des civils morts à Gaza.
C’est pourtant simple.
Un combattant du Hamas tué dans un affrontement entre dans le total des morts.
Un enfant tué dans un bombardement aussi.
Une femme aussi.
Additionner ces morts est nécessaire.
Les confondre est une faute.
À force d’entendre « morts à Gaza », une partie du public a entendu « civils tués par Israël ».
Ce n’est pas la même chose.
L’Associated Press avait d’ailleurs examiné dès 2024 les données détaillées du ministère de la Santé.
Parmi les morts complètement identifiés, les femmes et les enfants représentaient 64 % en octobre 2023.
Puis 62 %.
Puis 57 %.
Puis 54 % fin avril 2024.
Et parmi les nouveaux morts complètement identifiés au cours du seul mois d’avril, femmes et enfants ne représentaient plus que 38 %.
Attention : cela ne signifie évidemment pas que tous les hommes adultes étaient des combattants.
Mais l’inverse est tout aussi vrai.
On n’avait aucun droit de transformer tous les morts en civils.
Le bilan définitif de cette guerre est aujourd’hui inconnu.
Personne ne le sait aujourd’hui.
Il pourra même être supérieur aux chiffres actuellement documentés lorsque tous les corps auront été retrouvés.
Il ne s’agit donc évidemment de nier ni les morts palestiniens, ni les souffrances de la population de Gaza, ni les enfants tués.
Ce n’est pas le sujet.
Le sujet est de savoir qui était civil et qui était combattant.
Dans une guerre, ce n’est tout de même pas un détail !
Quarante mille morts ne signifie pas quarante mille civils.
Cent journalistes morts ne signifie pas cent journalistes civils tués parce qu’ils étaient journalistes.
Et voilà qu’en 2026 nous découvrons que certains de ceux que nous pleurions comme journalistes étaient également honorés comme combattants par le Hamas lui-même.
Il reste aussi une date dont la place s’est curieusement réduite au fil des mois.
LE 7 OCTOBRE 2023.
Cette guerre n’a pas commencé parce qu’un beau matin Israël a décidé d’attaquer Gaza.
Le 7 octobre, le Hamas et d’autres groupes armés ont franchi la frontière israélienne.
Environ 1 200 personnes ont été tuées, en majorité des civils.
Des hommes, des femmes, des enfants, des personnes âgées.
Environ 250 personnes ont été enlevées.
Puis Israël est entré en guerre.
On peut critiquer cette guerre.
On peut dénoncer certaines décisions du gouvernement Netanyahou.
On peut enquêter sur les opérations de l’armée israélienne.
On peut même considérer qu’Israël est allé beaucoup trop loin.
Mais on ne peut pas changer la chronologie.
Or, mois après mois, le 7 octobre a reculé.
Israël est devenu le sujet principal.
Puis l’accusé permanent.
Et le Hamas s’est doucement effacé derrière la population palestinienne.
On finissait presque par oublier contre qui Israël faisait la guerre et pourquoi elle avait commencé.
Pendant ce temps, en France, les images et les chiffres tournaient en boucle.
À la télévision.
Dans les journaux.
Sur TikTok et Instagram.
Dans les universités.
Dans les manifestations.
Une génération entière a reçu quotidiennement une image d’Israël presque exclusivement construite autour des morts de Gaza.
Et l’antisémitisme a explosé.
Il ne s’agit évidemment pas de prétendre que les journalistes ont créé l’antisémitisme.
Mais qu’on ne vienne pas non plus expliquer que trois années d’images, de chiffres, de titres et d’accusations n’ont aucun effet sur l’opinion.
Ce serait grotesque.
Les journalistes savent très bien qu’ils influencent l’opinion. Sinon à quoi serviraient-ils ?
Ils ne peuvent pas revendiquer cette influence lorsqu’ils dénoncent une injustice et prétendre soudain n’en avoir aucune lorsqu’on leur demande des comptes.
Présenter un combattant comme un journaliste a une conséquence.
Laisser confondre morts et civils a une conséquence.
Traiter systématiquement une affirmation israélienne avec suspicion tout en reprenant des chiffres provenant de Gaza parce qu’ils sont les seuls disponibles a une conséquence.
Et il faut aller plus loin.
Ceux qui ont participé à cette énorme machine médiatique doivent aujourd’hui s’interroger sur leur part de responsabilité dans le climat qui s’est installé en France.
Des Juifs insultés.
Des écoles juives protégées.
Des synagogues surveillées.
Des étudiants juifs pris à partie.
Le mot « sioniste » devenu chez certains une injure à peine codée.
Cela ne vient évidemment pas d’un article de Libération ou d’une dépêche de l’Agence France-Presse.
Mais prétendre que le climat médiatique n’y est pour rien serait une plaisanterie.
Il faut pourtant rendre justice à Libération.
L’enquête de CheckNews est une bonne enquête.
Elle dérange le récit dominant de ces dernières années et Libération la publie.
C’est tout à son honneur.
Mais maintenant il faut aller jusqu’au bout.
Que Libération reprenne ses propres archives.
Que Reporters sans frontières reprenne ses listes.
Que les grandes rédactions françaises reprennent leurs articles.
Que l’on retourne aux dépêches.
Nom après nom.
Combien de « journalistes » étaient également des combattants ?
Combien avaient été signalés comme tels par Israël ?
Qu’écrivait-on alors ?
Quels chiffres ont depuis été corrigés ?
Quels articles ont été rectifiés ?
Quelles accusations ont été maintenues ?
Et surtout : les rectifications auront-elles droit à la même place que les accusations ?
Pas une petite note trois ans plus tard.
Pas un astérisque.
Pas un discret « mis à jour ».
La même place.
Car voilà finalement l’incroyable conclusion de cette histoire.
Pendant des années, Israël disait que certains de ces hommes présentés comme journalistes appartenaient aux organisations armées.
On répondait :
Propagande israélienne.
Des preuves !
Très bien.
Puis le Hamas publie ses nécrologies.
Et le Hamas rend lui-même hommage à certains de ces hommes comme à ses combattants.
Le Comité pour la protection des journalistes révise ses listes.
Libération enquête.
Les doubles appartenances apparaissent.
Il aura donc fallu que le Hamas parle pour que l’on commence à écouter ce qu’Israël disait.
Il n’a jamais été question de croire Israël sur parole.
La question est de savoir pourquoi certains ont été tellement moins exigeants avec le Hamas.
Quand une erreur dure trois ans, nourrit des milliers de titres, des millions de commentaires et participe à fabriquer dans l’opinion la représentation d’une guerre entière, on ne tourne pas simplement la page.
On rend des comptes.
Paul Germon

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