L’auteur est professeur de sciences à l’Université du Québec et président du Dialogue judéo-chrétien de Montréal. Il s’exprime à titre personnel.

Le 24 août 2026, le conseil municipal de Montréal devait se prononcer sur une motion de l’opposition, reportée de la séance du 15 juin. Cette motion lui proposait notamment de boycotter les représentants officiels israéliens à Montréal et de reprendre à son compte des accusations aussi graves que celles de « génocide » et d’« apartheid » envers Israël.
J’avais assisté à la séance du 15 juin, alors que les élus débattaient dans une atmosphère particulièrement tendue, au milieu de vociférations assourdissantes de manifestants à l’entrée de la salle du conseil. Depuis, de nombreuses voix — institutions juives, citoyens montréalais et Conseil du Dialogue judéo-chrétien de Montréal — ont exprimé leurs préoccupations à l’endroit de cette motion.
Lors de la séance du 24 août, la version initiale a été profondément amendée. Les références à un génocide ou à un régime d’apartheid ont été retirées, de même que la demande de rompre les liens institutionnels avec Israël et ses représentants à Montréal.
Dans le texte final de la motion, le conseil municipal de Montréal exprime haut et fort « sa profonde compassion envers toutes les victimes civiles des conflits qui touchent actuellement le Moyen-Orient ainsi qu’envers toutes les familles montréalaises qui vivent les conséquences de ces tragédies ».
Cette distinction est essentielle : compatir avec les victimes d’une guerre est une chose; transformer une instance municipale en tribunal politique international en est une autre. Le résultat du vote (54 pour et 6 contre) mérite qu’on s’y attarde : au-delà du vote municipal, c’est une certaine conception du débat public qui était en jeu.
1. Le poids des images et des récits
Le débat montréalais s’inscrit dans un contexte médiatique qui porte à réfléchir. Depuis des années, le public québécois est exposé à un flot d’images consacrées aux souffrances palestiniennes. Celles-ci sont réelles et tragiques. Mais l’équilibre du regard porté sur le conflit doit être questionné.
À titre d’exemple, La Presse+ publie fréquemment des photographies de victimes palestiniennes, alors que les victimes israéliennes sont beaucoup plus rarement présentes dans la représentation visuelle du conflit. Une sélection répétée des images finit inévitablement par façonner la perception du lecteur.
On retrouve parfois un phénomène comparable dans la couverture du conflit au Liban, où l’accent est mis sur les actions israéliennes sans toujours rappeler les attaques du Hezbollah, son implantation dans des zones civiles et les conséquences de ses actions. Les voix libanaises qui dénoncent la domination et les violences du Hezbollah mériteraient également d’être entendues.
Il ne s’agit pas de demander aux médias de défendre Israël, mais plutôt de faire ce que leur mission exige : présenter la complexité d’un conflit et résister à un récit manichéen.
2. Israël n’est pas au-dessus de la critique
Le débat montréalais doit aussi être replacé dans le contexte du traitement réservé à Israël par certaines instances internationales. L’ONU a consacré au fil des décennies un nombre considérable de résolutions à Israël, une disproportion qui interpelle lorsqu’on la compare à d’autres conflits. Cela ne signifie nullement qu’Israël doive être soustrait à la critique. Mais un traitement systématiquement hostile peut finir par compromettre la crédibilité de l’institution qui le pratique.
De même, une accusation aussi lourde que celle de génocide exige une rigueur juridique et factuelle qui ne peut être remplacée par un slogan politique.
Il serait toutefois erroné de mettre toutes les critiques d’Israël sur le compte de l’antisémitisme. Israël est une démocratie et ses dirigeants doivent répondre de leurs décisions. Certaines déclarations de ministres du gouvernement Netanyahou, notamment celles de Bezalel Smotrich et d’Itamar Ben Gvir, sont profondément controversées et nuisent à l’image du pays. Leur présence au gouvernement peut légitimement être contestée.
3. Une sécurité devenue existentielle
Depuis les massacres du 7 octobre, Israël raisonne avant tout en fonction de sa sécurité existentielle. Les opérations à Gaza, au Liban et en Syrie répondent notamment à la volonté d’empêcher des forces hostiles de s’installer à proximité de son territoire.
On peut contester certaines décisions militaires, leur ampleur ou leur coût humain. Mais on ne peut comprendre la politique israélienne sans tenir compte des attaques du Hamas et du Hezbollah, de l’utilisation d’infrastructures civiles à des fins militaires et de la menace constante qui pèse sur les populations israéliennes.
Le droit d’Israël à se défendre n’est pas négociable. Mais le devoir de rechercher une paix durable ne l’est pas davantage.
4. Montréal doit rester un lieu de dialogue
C’est précisément pourquoi le conseil municipal de Montréal doit éviter de devenir le prolongement des affrontements du Moyen-Orient.
Une ville peut condamner le racisme, l’antisémitisme, l’islamophobie et toutes les formes de haine. Elle peut exprimer sa compassion envers les victimes, quelles qu’elles soient. Elle devrait cependant hésiter avant de s’ériger en arbitre d’un conflit international d’une complexité exceptionnelle, encore moins en adoptant des mesures d’ostracisme visant un État ou ses représentants.
Le vote du 24 août montre qu’une motion formulée initialement en termes de condamnation politique unilatérale peut être amendée pour devenir une expression de solidarité et un appel au dialogue et à la résolution pacifique des conflits. C’est la meilleure voie pour Montréal.
David Bensoussan

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