Il y a des couples qui construisent une maison, une famille, une vie tranquille. Et puis il y a Beate et Serge Klarsfeld. Eux ont construit quelque chose de beaucoup plus encombrant : une mémoire.
Lorsque j’ai appris que leur histoire allait être portée à l’écran par Yvan Attal, je me suis dit que le cinéma avait enfin trouvé une histoire à la hauteur de ces deux personnages. Car derrière la traque de Klaus Barbie, derrière les archives, les procès et les noms retrouvés, il y a avant tout une histoire d’amour assez extraordinaire.
Beate, l’Allemande, et Serge, le Juif français. Deux histoires qui, à première vue, auraient dû les séparer et qui, au contraire, les ont réunis dans un même combat. Ce qui me touche chez eux, c’est cette idée toute simple et pourtant vertigineuse : ils ont refusé que le passé devienne une excuse pour ne plus rien faire.
Serge avait perdu son père à Auschwitz. Beate était née dans l’Allemagne de la guerre. Elle aurait pu détourner les yeux. Elle a fait exactement l’inverse.

Elle n’a jamais semblé avoir appris l’art de se taire au bon moment. Elle dérange, elle provoque, elle insiste. Là où d’autres auraient attendu que les institutions fassent leur travail, elle a décidé de les pousser, parfois violemment, à le faire.
Serge, lui, est l’autre moitié de cette incroyable mécanique. Plus cérébral, plus méthodique, il rassemble les preuves, les noms, les témoignages. À eux deux, ils ont formé un tandem redoutablement efficace.
C’est cela que j’aimerais voir à l’écran : pas seulement les chasseurs de nazis, mais l’homme et la femme derrière les héros. Le couple qui travaille, qui doute peut-être, qui se dispute sûrement, qui prend des risques, qui poursuit son objectif quand tout le monde lui conseille de passer à autre chose.
Car passer à autre chose était précisément ce qu’ils refusaient.

Et je crois que c’est ce qui rend leur histoire si actuelle. Nous vivons à une époque où la mémoire est parfois réduite à des cérémonies, des dates et des discours. Les Klarsfeld nous rappellent qu’elle peut aussi être une action. Une obstination. Presque une insoumission.
J’attends beaucoup de ce film, notamment de Diane Kruger et de Dany Boon, qui vont devoir faire oublier leurs propres images pour devenir Beate et Serge. Le choix est d’ailleurs assez fascinant : Diane Kruger, Allemande, pour incarner une femme qui a consacré sa vie à poursuivre les criminels nazis ; Dany Boon, si souvent associé à la comédie, pour entrer dans la gravité de Serge Klarsfeld.
Mais au fond, ce qui m’intéresse le plus n’est pas de savoir si le film sera spectaculaire. L’histoire l’est déjà suffisamment.
J’aimerais qu’il soit humain.
Qu’on y sente la fatigue, la peur, la colère, l’amour et cette incroyable énergie qui permet à deux personnes de continuer lorsque tant d’autres ont renoncé.
Parce que les Klarsfeld n’ont pas seulement recherché des criminels. Ils ont recherché les traces de ceux qui avaient disparu.
Et peut-être est-ce finalement leur plus belle victoire : avoir refusé que les victimes disparaissent une deuxième fois, cette fois dans l’oubli.
Leur combat n’appartient pas au passé. Il nous regarde encore.
Sylvie Bensaid
_______
Photo 1 de Nicolas Richoffer -Travail personnel, CC BY-SA 4.0, wikipédia.

Poster un Commentaire