Tu iras avec Joseph, car ici on n’aime pas les palestiniens.
Aïe aïe… tout cela ne sonne pas très politiquement correct. Uccle ? Ohain ? Vilvoorde ? Non. Cela se passe à Dubaï.
Celui qui parle est le muhandes Molham, un réfugié palestinien né à Damas. Son grand-père avait fui Safed lors de la guerre de 1948, au moment de la création de l’État d’Israël.
Il m’explique que la Syrie n’a jamais accordé la nationalité aux réfugiés palestiniens. Résultat : sauf exception — comme son départ, il y a vingt-cinq ans, vers Dubaï — il voyage avec un titre de voyage d’apatride, un statut de réfugié. Aucun pays, ou presque, ne lui facilite réellement l’obtention d’un visa.
Dès lors, fortune faite, notre cher Molham deviendra turc la semaine prochaine. En Turquie, la nationalité s’achète : environ 250 000 dollars.
Joseph, lui, est un chrétien indien, probablement issu des basses castes si l’on en juge par son teint très foncé — ce qui, dans son histoire personnelle, a sans doute pesé dans son choix de départ vers d’autres horizons, d’autres croyances, d’autres dieux.
Et voici donc Ibrahim Jakub — Jacques dans la vie civile —, Abraham Jacov selon sa carte d’identité, juif jusqu’au bout des ongles de ses doigts légèrement crochus, signe ancestral qui, dit-on, ne trompe aucun éléphant, accompagnant Joseph le chrétien indien, en route pour rencontrer les représentants de Son Altesse, l’émir de Dubaï.
Peu après, reprenant mon bâton de pèlerin, j’éviterai la Mecque, interdite aux non-musulmans.
En revanche, Riyad m’accueillit à bras ouverts. Mes hôtes me prennent pour un Allemand, sans doute à cause de mon nom. À leur question — « Êtes-vous né à Bruxelles ? » — je répondis : « Of course. Where else ? »
Lors de ma demande de visa pour l’Arabie saoudite, quelques semaines plus tôt, j’avais dû indiquer, faute d’autre choix dans les formulaires, comme lieu de naissance, en référence à Haïfa : « territoires palestiniens occupés ».
Pour éviter toute erreur — et n’osant tromper les Saoudiens — je me suis même renseigné auprès du consulat du royaume de MBS afin de choisir la formulation la plus correcte à leurs yeux.
Mashallah… voilà donc l’arroseur arrosé, en guise de prologue au pays des Mille et Une Nuits.
© Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics (né en 1952) témoigne de ce qui est …
Pour aller plus loin:
Source : Fondation Auschwitz https://t.co/IeWc3L3SsP
— cattan (@sarahcattan_) April 16, 2026
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